Le gouvernement fédéral prévoit de solliciter des influenceurs pour lutter contre la haine et la discrimination en ligne et apprendre aux jeunes à signaler ces phénomènes. C’est ce qu’a annoncé le ministre de l’Egalité des chances Rob Beenders (Vooruit) dans une interview accordée au quotidien De Standaard. "Une campagne gouvernementale traditionnelle n'est pas l'outil le plus adapté dans ce cas de figure. Nous devons nous attaquer au problème là où les jeunes sont présents, c'est-à-dire sur les réseaux sociaux", estime le ministre aussi chargé de la Protection des consommateurs.
Le gouvernement fédéral fait appel à des influenceurs pour lutter contre la haine en ligne
"Les mots ont un impact, bien plus que vous ne le pensez. Vous êtes témoin de haine ou de discrimination en ligne ? Signalez-le via les canaux officiels et n'oubliez pas : l'univers en ligne n'est pas anonyme pour la personne qui lit le message."
Ce message émane de l'influenceur Kobe Mertens. En avril, il a été chargé par le gouvernement fédéral de piloter une campagne de sensibilisation à la haine en ligne. L'essai s'est révélé concluant, incitant le ministre Beenders à prévoir un déploiement plus large de la campagne dès le mois de septembre. Un budget de 33.396 euros a été prévu à cet effet.
"Nous demandons à des influenceurs disposant de communautés solides et engagées de partager leurs propres expériences", précisait Rob Beenders à VRT NWS, "mais toujours avec un message clair : la haine en ligne ne sera pas tolérée et il existe des démarches concrètes que les victimes peuvent entreprendre."
L'objectif principal est d'orienter les jeunes vers les canaux appropriés pour signaler la haine en ligne, tels qu'Unia et l'Institut pour l'égalité des femmes et des hommes. Beenders souligne qu'une campagne gouvernementale traditionnelle - comme des panneaux d'affichage en bord de route ou des spots télévisés - ne constitue pas l'outil le plus adapté dans ce cas précis. "Nous devons nous attaquer au problème là où les jeunes sont actifs, c’est-à-dire sur les réseaux sociaux."
Démasquer les profils anonymes
Le ministre fédéral indique également que le gouvernement a élargi le mois dernier les compétences du service de médiation des télécoms. Les victimes de haine en ligne pourront dorénavant y demander l'identité de leurs tourmenteurs. "Celui qui diffuse de la haine ne doit plus pouvoir s'en sortir sans conséquence", estime Rob Beenders.
Il n'est pas nécessaire de recevoir des dizaines de messages haineux - un seul message anonyme suffit - pour saisir le Service de médiation pour les télécommunications. "Il peut alors demander l'identité des trolls anonymes et la communiquer aux victimes ainsi qu'à la police", précise le ministre Beenders.
Actuellement, il est déjà possible de s'adresser au Service de médiation - à condition que le numéro de téléphone soit visible - pour identifier l'auteur de harcèlement ou de menaces reçus par SMS ou par appel téléphonique. Des travaux sont toujours en cours concernant la procédure applicable aux profils anonymes sur les réseaux sociaux. Le ministre vise une mise en œuvre au 1er janvier 2027.
Des experts ont néanmoins soulevé des questions au sujet de cette nouvelle législation. Début juin, un professeur spécialisé en sécurité informatique et en cryptographie l'avait qualifiée d'"inquiétante", notamment parce qu'elle confiait cette responsabilité à un médiateur. "C'est en réalité une mission qui incombe à la police", a fait remarquer l'expert.
