La célèbre bière blonde Stella Artois fête ses 100 ans. Lancée en 1926, elle tire son nom du latin stella (étoile) et est devenue au fil des décennies une fierté belge et une marque mondialement connue. À Louvain, où elle est née, son histoire se confond avec celle du développement économique de la ville. La brasserie a permis la création de centaines d’emplois et a contribué à transformer le paysage urbain. "Après leur travail, les ouvriers dépensaient leur salaire en ville. L’argent revenait ainsi directement dans l’économie locale." Deux anciens employés reviennent sur cette époque.
Stella Artois fête ses 100 ans : comment la célèbre bière a contribué à l'essor de Louvain
Stella Artois a-t-elle été lancée en 1926 ou en 1366 ?
Stella Artois fête cette année son 100e anniversaire. Pourtant, les plus attentifs remarqueront que le logo de la marque affiche le millésime 1366. Cette date ne correspond pas au lancement de la célèbre pils, mais à la première mention de la brasserie Den Hoorn. Cette dernière a été rachetée en 1717 par Sebastiaan Artois et constitue ainsi l'ancêtre de l'actuel groupe AB InBev. La bière Stella Artois, quant à elle, a bien été commercialisée pour la première fois en 1926.
Au fil des siècles, beaucoup d’habitants de Louvain ont travaillé dans les différentes brasseries de la ville, tandis que les caisses communales se remplissaient grâce aux accises sur la bière.
À partir de 1926, l’emploi a véritablement connu un essor spectaculaire. La brasserie Artois jouissait déjà d’une belle popularité, mais c’est la pils Stella Artois qui lui a permis de devenir un acteur mondial.
De 70 à 2 800 employés
Il y a un siècle, la pils était encore une invention relativement récente venue de Tchéquie, introduite dans nos régions principalement par l’Allemagne. "Artois avait déjà brassé ce type de bière à plusieurs reprises, mais c’est Stella qui a véritablement rencontré un immense succès. Elle est rapidement devenue la bière phare de l’entreprise et, dans les années 1960, elle est devenue leader du marché en Belgique" raconte Guy Vanautgaerden.
Il a travaillé pendant des années comme directeur commercial de Stella Artois et prépare actuellement un livre consacré au centenaire de la brasserie.
L'évolution de la production de la Stella Artois
Dans les années 1970, les ventes de la pils ont atteint 4 millions d’hectolitres, soit l’équivalent de 1,2 milliard de verres de bière. Ce sont les derniers chiffres de production que la brasserie est en mesure de communiquer, mais une chose est certaine : parallèlement à l’augmentation des ventes, l’emploi a également progressé.
"Dans les livres comptables de 1900, on constate qu’environ 70 personnes travaillaient pour la brasserie, parmi lesquelles des transporteurs de fûts, des forgerons et des employés chargés du transport des marchandises", explique Vanautgaerden. "Lors du lancement de Stella en 1926, l’entreprise comptait déjà plus de 400 travailleurs. Ce nombre est passé à 600 avant la Seconde Guerre mondiale."
Aujourd’hui, plus de 2 800 personnes travaillent pour AB InBev en Belgique, dont plus de 800 dans la brasserie de Louvain.
Jan Heyman a travaillé pendant 37 ans pour Stella Artois, dans différents sites en Afrique, avant de devenir directeur de la brasserie de Louvain. "Bien sûr, en tant que directeur, je devais connaître un minimum le monde de la bière, mais l’essentiel concernait surtout les personnes", explique-t-il. "Nous avons considérablement agrandi la brasserie, notamment avec la construction d’une nouvelle salle de brassage. Il s’agissait principalement d’automatisation, mais cela a tout de même permis de créer environ 150 nouveaux emplois."
Les ouvriers dépensaient leur salaire en ville. L’argent revenait ainsi directement dans l’économie locale.
Guy Vanautgaerden
Les travailleurs d’AB InBev étaient réputés pour former un groupe très soudé. "Autrefois, toute la vie sociale des ouvriers gravitait autour de la brasserie", explique Vanautgaerden. "Les équipes étaient de véritables cercles d’amis qui, après leur travail, dépensaient leur salaire en ville. L’argent revenait ainsi directement dans l’économie locale. Il arrivait souvent que plusieurs membres d’une même famille travaillent à la brasserie : je suis moi-même la troisième génération de ma famille à avoir travaillé pour Artois, et le sixième enfant de ma lignée à y avoir été employé."
Jan Heyman a également connu cette solidarité. "J’ai encore beaucoup d’amis à la brasserie. Les employés étaient aussi très fiers de l’entreprise. C’est également un produit agréable et convivial. Ces dernières années, cette cohésion s’est toutefois un peu effritée. Les gens sont devenus plus individualistes. Mais on observe la même évolution partout : dans les associations comme dans les entreprises. Les gens veulent rentrer chez eux le plus vite possible et disposent de moins de temps."
La fanfare de la brasserie
La brasserie reste liée à la ville, également sur les plans culturel et social. "Stella Artois a toujours soutenu les événements et les associations du quartier", souligne Vanautgaerden. "Cela va du théâtre au sport, en passant par les quiz… Ces initiatives vont des petits groupes locaux jusqu’au club de football Oud-Heverlee Louvain."
"Nous avions aussi notre propre fanfare d’entreprise, qui se produisait lors de nombreux événements organisés dans la ville. La brasserie était également pionnière sur le plan social. Elle disposait notamment de sa propre caisse d’assurance maladie, qui permettait d’envoyer des enfants en classes de mer ou de montagne. Aujourd’hui encore, le Fonds social Verhelst contribue au bien-être des employés."
Tous ceux qui empruntent le ring de Louvain entre le boulevard de Lüdenscheid et la Diestsesteenweg ne peuvent pas le manquer. Le logo de Stella Artois domine la ville depuis l'imposante brasserie construite en 1991. Ce bâtiment imposant témoigne de l'importance de la marque, dont l'empreinte est également omniprésente dans tout le quartier du Vaartkom.
Pour Jan Heyman, les bâtiments de l'ancienne brasserie qui subsistent aujourd'hui font partie du patrimoine emblématique de Louvain.
"Il suffit de penser à De Hoorn, qui accueille aujourd'hui des entreprises, un restaurant et de nombreux événements. Dans la Sluisstraat, où se trouvaient autrefois la forge et l'atelier d'embouteillage, on trouve désormais de belles habitations et des bureaux. À l'angle du canal se dresse encore le magnifique bâtiment historique de la brasserie, avec le café De Lantaarn. C'est un véritable symbole de la ville. Je trouve formidable que ces anciens bâtiments aient été conservés, souvent avec le nom de Stella Artois encore visible sur leur façade."
Plus au cœur de la ville, les traces de Stella Artois ont en grande partie disparu, effacées par les deux guerres mondiales et les nouveaux projets immobiliers. "On peut en réalité dessiner un triangle allant du Vaartkom à la Burchtstraat, puis à la Mechelsestraat et à la Penitentienenstraat", explique Guy Vanautgaerden. "Tout ce périmètre était autrefois consacré aux brasseries."
Un canal creusé à la demande des brasseurs
En remontant plus loin dans l'histoire, l'influence de la brasserie apparaît encore plus clairement. "Le canal de Louvain a été creusé à la demande des nombreux brasseurs de la ville, dont Artois était l'un des principaux initiateurs. Ils avaient besoin d'un moyen plus rapide d'acheminer leur production par voie d'eau jusqu'à l'Escaut. Ils ont donc consenti un investissement considérable. La création du canal a ensuite favorisé l'implantation d'industries dans le quartier du Vaartkom, comme l’entreprise qui produisait des légumes Marie Thumas. D'ailleurs, on appelle encore aujourd'hui le canal le "canal des brasseurs", et ce n'est pas un hasard."
Aujourd'hui encore, la ville tire de nombreux bénéfices de la présence de la brasserie. Au-delà des recettes qu'elle génère pour les finances communales, Stella Artois contribue aussi à l'image de Louvain.
"Nous sommes une véritable ville de la bière et nous mettons cet héritage en valeur", explique l'échevine du Tourisme, Liesbeth Vandermeeren (CD&V). "Stella Artois est une véritable vitrine pour Louvain. Partout dans la ville, on retrouve un riche patrimoine brassicole, lié à Stella mais aussi à d'autres brasseries. Il est difficile de mesurer précisément le nombre de touristes que cela attire, mais cela contribue sans aucun doute à notre renommée auprès des amateurs de bière du monde entier."
La bière sans alcool, l'avenir ?
La baisse des ventes de bière à l'échelle mondiale n'est toutefois un secret pour personne. En Belgique, la consommation de bière a reculé de près de 20 % au cours des dix dernières années. L'histoire entre Stella Artois et Louvain est-elle appelée à se poursuivre ?
"Stella 0.0 est en pleine croissance, tout comme nos autres bières sans alcool", répond Aron Wils, responsable de la communication d'AB InBev pour la Belgique et le Luxembourg.
"La plupart des consommateurs de bière sans alcool sont déjà des amateurs de bière. C'est pourquoi nous tenons à associer le nom de Stella à une version sans alcool".
Il faut savoir que les volumes de bières sans alcool consommés en Belgique ont bondi de 32% l'an dernier par rapport à 2024, mais la part globale de ce segment est encore réduite et ne permet pas de compenser la baisse globale du secteur."
"Le potentiel de ce marché est considérable. Une bière sans alcool peut, par exemple, être consommée pour accompagner un lunch. Les consommateurs sont de plus en plus attentifs à leur santé et ce type de produit répond à cette évolution. Par ailleurs, la bière sans alcool ne souffre plus de l'image négative qu'elle avait autrefois : elle est désormais pleinement acceptée. Les bières sans alcool font donc partie de l'avenir, tout en restant complémentaires de nos autres bières, qui demeurent essentielles", conclut Aron Wils.
