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Chaque année, des dizaines d'enfants et jeunes néerlandais sont victimes d'exploitation sexuelle en Belgique

Un nombre plus important qu'on ne le pensait d'enfants et de jeunes néerlandais, dont une majorité de filles, sont victimes d'exploitation sexuelle en Belgique et en Allemagne, rapporte ce jeudi le Centre néerlandais de lutte contre la traite des enfants et des êtres humains (CKM). Les victimes sont le plus souvent exploitées à Anvers, ville où sévit un important secteur de la prostitution. Le CKM plaide pour une coopération renforcée entre les Pays-Bas, la Belgique et l'Allemagne afin de mieux cerner le problème et pouvoir le combattre. Il estime en effet qu’il ne s’agit que de "la partie émergée de l’iceberg".

Anne François Belga
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Il y a quelques années, le Centre néerlandais de lutte contre la traite des enfants et des êtres humains a reçu un signalement suggérant que de jeunes femmes issues d'un centre d'accueil néerlandais pourraient être victimes d'exploitation sexuelle en Allemagne. Des enquêtes plus larges auprès de diverses organisations ont révélé d'autres indices indiquant que des victimes néerlandaises étaient également exploitées en Allemagne et en Belgique.

"C'est pourquoi nous avons enquêté pour la première fois sur cette exploitation transfrontalière", expliquait à VRT NWS Verena Elders, chercheuse au CKM. "Nous savons que de nombreux enfants sont exploités aux Pays-Bas. Malheureusement, rien ne permet de penser que cette exploitation s'arrête aux frontières nationales."

Elders a interrogé 220 travailleurs sociaux, policiers, experts du milieu et autres professionnels des Pays-Bas, de Belgique et d'Allemagne, et a mené des entretiens approfondis avec plusieurs d'entre eux. Le CKM conclut que, sur une période de deux ans, ces personnes ont été en contact avec un minimum estimé à 125 victimes, dont 99 ont été exploitées en Belgique et 26 en Allemagne. Ce nombre est supérieur aux neuf victimes recensées par le CKM à partir d'autres données. Dans de nombreux cas, il s'agit de jeunes filles vivant encore chez leurs parents ou placées en institution.

Selon Payoke, un des centres d'expertise belges dans la lutte contre la traite des êtres humains, cette étude confirme ce que l'association observe depuis longtemps sur le terrain, à savoir que la traite des êtres humains est bien plus répandue que ce qui est officiellement signalé aux centres spécialisés.

"Les signalements officiels ne représentent que la partie émergée de l'iceberg", explique Wieke van der Kroef, directrice de Payoke. "Le CKM estime qu'une centaine de jeunes Néerlandais ont été victimes d'exploitation en Belgique. Entre 2022 et 2026, seuls trois mineurs de nationalité néerlandaise ont été signalés à Payoke. Cet écart montre l'ampleur des progrès qui restent à accomplir grâce à une meilleure formation des professionnels, une meilleure information du public et une transmission plus rapide des signalements aux centres spécialisés."

Hôtels, clubs libertins et parcs de vacances

L'étude s'est concentrée spécifiquement sur l'exploitation sexuelle, définie comme des cas où les victimes étaient contraintes d'accomplir des actes sexuels en échange d'une rémunération versée à un tiers. Les personnes concernées étaient des enfants et des jeunes âgés de 14 à 23 ans.

"En Belgique, les victimes sont exploitées dans des lieux très variés : hôtels, clubs libertins, domiciles des auteurs des faits ou parcs de vacances", précise Verena Elders. "L'étude met en lumière des lieux situés principalement en Flandre, Anvers y figurant de façon répétée."

Une personne interrogée dans le cadre de l'étude qualifie Anvers de "La Haye du Sud". "Pour certains, c'est tout près", poursuit Elders. "Par ailleurs, la ville compte un important secteur de la prostitution. L'exploitation y est également présente, impliquant même des mineurs."

Dans l'étude, 27 personnes interrogées ont désigné Anvers comme un lieu où s'exerçait l'exploitation, tandis que 7 ont cité Bruxelles et 3 Turnhout. Les villes flamandes de Maasmechelen, Genk, Ostende, Kinrooi, Maaseik, Hooglede et Gand ont également été mentionnées dans quelques cas isolés. (Voir la carte des villes concernées ci-dessous)

Une meilleure coopération

Plusieurs raisons expliquent pourquoi des victimes néerlandaises sont également exploitées en Belgique. Les auteurs d'infractions comprennent qu'ils peuvent réaliser des profits au-delà des frontières nationales. Par ailleurs, le risque de se faire prendre est moindre lorsqu'ils emmènent une victime dans un autre pays. Cela permet aussi d'isoler davantage les victimes de leur entourage et rend leur identification plus difficile.

Pour les auteurs, la frontière nationale offre une forme d'invisibilité et de protection, alors que pour les travailleurs sociaux, elle complique considérablement la tâche. "Les victimes devraient tout simplement pouvoir bénéficier d'une protection, indépendamment des frontières nationales", estime Verena Elders. "Nous préconisons donc une coopération beaucoup plus étroite entre les pays."

Un professionnel de l'aide à la jeunesse à Breda, par exemple, ne sait pas qui contacter si un problème survient à Anvers impliquant l'un des jeunes dont il a la charge. "Ils ne savent pas clairement qui est responsable", explique Elders.

Faire un signalement à Payoke

Les victimes néerlandaises sont souvent renvoyées aux Pays-Bas par la police sans qu'un signalement ne soit effectué auprès de Payoke. "Cela signifie que nous ne pouvons pas les orienter vers les organismes compétents aux Pays-Bas", indique Wieke Van der Kroef.

Payoke plaide donc pour un investissement accru dans la formation des professionnels, une information claire du grand public et une orientation rapide vers les centres spécialisés. Cela requiert une approche cohérente qui intègre durablement les connaissances, avec une coopération étroite entre les services de protection de l'enfance, la police et les centres spécialisés.

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