D’après le service climatique européen Copernicus, la température mondiale de la surface de la mer a atteint un niveau record pour cette période de l'année : 20,86 degrés Celsius. C'est une mauvaise nouvelle, étant donné qu’une eau plus chaude peut entraîner des phénomènes météorologiques plus extrêmes, et elle affecte considérablement la vie marine, tout comme la vie terrestre. La partie belge de la mer du Nord est elle aussi bien plus chaude que d'habitude.
Températures records dans les océans, la vague de chaleur dans la portion belge de la mer du Nord dure déjà 144 jours
Une température de 20,86°C a été enregistrée le 21 juin, dépassant le précédent record établi depuis le début des relevés (20,83 degrés Celsius). Bien que l'écart ne se chiffre qu'en dixièmes, voire en centièmes de degré, de telles variations sont significatives pour une masse d'eau de cette ampleur. Chaque fraction de degré compte.
"Il s'agit ici de moyennes mondiales. Si l'on se penche spécifiquement sur la Méditerranée, les écarts de température locaux atteignent déjà 6 à 8 degrés", explique Jan Seys de l'Institut flamand de la mer (VLIZ). "En mer du Nord également, nous observons des écarts de 3 degrés par rapport à la situation d'il y a 30 ans."
Les mesures portent sur les océans situés en dehors des régions polaires. La moyenne globale est calculée en combinant des observations sur place et des données de satellites.
Ce nouveau record a été influencé par le phénomène météorologique temporaire connu sous le nom d'El Niño, qui tend généralement à faire grimper les températures. Toutefois, si de nombreux épisodes El Niño ont eu lieu par le passé, nous atteignons aujourd'hui un niveau record. Cela s'explique par le réchauffement général des océans dû au changement climatique - et c'est précisément ce qui inquiète les scientifiques.
Un surplus d'énergie pour les tempêtes
Le réchauffement des océans entraîne des conséquences majeures. Il fournit un surplus d'énergie aux tempêtes, tandis que l'évaporation accrue augmente la probabilité de précipitations extrêmes. De plus, l'atmosphère conserve sa chaleur plus longtemps, ce qui fait grimper les températures terrestres.
Si les conséquences sous-marines sont invisibles à l'œil nu, les écosystèmes n'en subissent pas moins de graves perturbations. Certaines espèces, incapables de supporter la chaleur, disparaissent, tandis que d'autres tentent de migrer. Ce phénomène peut bouleverser toute la chaîne alimentaire et avoir des répercussions considérables sur le secteur de la pêche.
"Nous constatons déjà une mortalité massive du plancton en été, alors même qu'il constitue un maillon essentiel de l'écosystème", expliquait Jan Seys dans l'émission De Ochtend sur Radio 1. "Toute la vie marine dépend de ce plancton. Par conséquent, nous observons déjà des modifications dans les populations de poissons : le cabillaud disparaît de nos eaux, tandis que l'on voit davantage de calmars."
Il faut également prendre en compte le problème de l'acidification des océans. "La présence accrue de dioxyde de carbone (CO₂) dans l'atmosphère entraîne une absorption plus importante par l'océan. Cela acidifie littéralement le milieu. Résultat : la moitié de la vie sous-marine - tous les organismes nécessitant du carbonate de calcium pour bâtir leur squelette ou leur coquille - se retrouve en grande difficulté."
Une vague de chaleur marine de 144 jours
Bien que le rapport se concentre sur les températures moyennes des océans à l'échelle mondiale, de nombreuses vagues de chaleur marines ont été observées récemment. Une vague de chaleur marine se définit comme une période durant laquelle la température de l'eau s'écarte de la moyenne pendant au moins cinq jours.
Actuellement, une vague de chaleur qualifiée d'"extrême" par les spécialistes touche l'ouest de la Méditerranée. Selon l'organisme de recherche espagnol CEAM, les températures atteignent des niveaux jusqu'à 8 degrés supérieurs à la moyenne pour cette période de l'année.
En 2024, la région de Valence a été frappée par de graves inondations qui ont fait plus de 200 morts et causé des dégâts considérables ; un phénomène naturel exacerbé par la chaleur des eaux marines.
Les eaux longeant nos côtes de la mer du Nord sont également exceptionnellement chaudes, souligne Jan Seys. "Au large de nos côtes, nous subissons une vague de chaleur marine ininterrompue depuis février : 144 jours, pour être exact. Nous avons enregistré des records absolus entre le 25 et le 27 juin. Les températures ont dépassé la normale de 3,1 degrés (par rapport à la période 1982-2011). Il s'agit de la période de trois jours la plus chaude depuis 26 ans."
Le rapport présenté porte sur les valeurs moyennes des océans mondiaux, mais il existe des variations régionales. "Le sud de la mer du Nord, la mer Baltique et la Méditerranée se réchauffent beaucoup plus", précise Jan Seys. "Et ce n'est pas une bonne nouvelle."
Ce réchauffement affecte non seulement la vie marine, mais aussi les populations terrestres. "Lorsque la mer est plus chaude, elle peine davantage à rafraîchir les terres en été. L'effet naturel de "climatisation" de la mer disparaît, entraînant une hausse des températures terrestres. Cela crée un cercle vicieux."
Les scientifiques se retrouvent parfois démunis face à cette situation, note Jan Seys. "Pour la première fois, nous voyons des scientifiques véritablement stupéfaits par des phénomènes que même leurs modèles informatiques les plus perfectionnés n'avaient pas pu prédire. C'est un sujet de préoccupation pour nous tous."
