La vague de chaleur actuelle remet les changements climatiques au cœur du débat politique. Le ministre flamand de l'Énergie et du Climat, Hans Bonte (Vooruit), estime qu'elle doit servir d'"électrochoc" et inciter l'ensemble des niveaux de pouvoir à renforcer leurs efforts face à l'urgence climatique. Cet épisode met toutefois aussi en lumière les divergences persistantes entre les responsables politiques en charge du dossier. La Flandre rejette ainsi le nouveau plan fédéral d'adaptation au changement climatique proposé par le ministre fédéral Jean-Luc Crucke (Les Engagés).
La vague de chaleur ravive les clivages politiques et communautaires autour du climat
Les records de chaleur tombent les uns après les autres cette semaine à un rythme soutenu. Et il y a fort à parier qu'ils seront à nouveau rapidement battus.
"La probabilité de connaître des épisodes de chaleur extrême et meurtrière aura doublé d'ici dix ans par rapport à aujourd'hui", a expliqué le climatologue Wim Thiery dans l'émission Terzake. "Ce n'est qu'en atteignant la neutralité carbone que le réchauffement climatique cessera de s'aggraver et que le nombre de jours de forte chaleur se stabilisera."
Cela devrait "servir d'électrochoc"
Le ministre flamand du Climat, Hans Bonte (Vooruit), profite de cette vague de chaleur pour appeler à accélérer les politiques climatiques.
"Cela doit servir d'électrochoc à tous les niveaux de pouvoir et à l'ensemble de mes collègues du gouvernement flamand. Nous devons prendre conscience qu'il faut renforcer davantage encore notre action face au défi climatique", a-t-il déclaré dans l'émission De Ochtend.
Au sein du gouvernement flamand, Vooruit plaide depuis longtemps pour une approche plus ambitieuse, tandis que la N-VA et le CD&V accordent une priorité moindre aux enjeux climatiques. L'été dernier, avec plus d'un an de retard, l'exécutif flamand avait présenté son plan climat. Afin de réduire les émissions de gaz à effet de serre de 40 % d'ici à 2030, celui-ci prévoit notamment un transfert de la fiscalité de l'électricité vers le gaz ainsi qu'une augmentation des primes destinées à l'installation de pompes à chaleur.
"Cette confrontation avec les changements climatiques, doit nous pousser à agir encore davantage", poursuit Hans Bonte. Le ministre ne présente toutefois pas encore de nouvelles mesures concrètes. Il affirme vouloir accentuer les efforts en matière d'isolation des logements et de développement des énergies alternatives.
Peu d'enthousiasme pour l'initiative fédérale de Jean-Luc Crucke
Le ministre fédéral du Climat, Jean-Luc Crucke (Les Engagés), souhaite lui aussi accélérer le mouvement. Mardi, il a adressé un courrier à 21 ministres compétents, à différents titres, en matière de climat, tant au niveau fédéral que régional, afin de réclamer une plus grande coordination pour adapter le pays aux changements climatiques. Il les a conviés à une réunion prévue le 1er juillet.
"Les risques d'hier sont devenus la réalité d'aujourd'hui", écrit-il.
Jean-Luc Crucke y présente douze priorités. Celles-ci ne portent pas sur la politique climatique à long terme, mais sur l'adaptation aux conséquences des changements climatiques court terme. Son objectif est de mieux préparer la Belgique aux phénomènes météorologiques extrêmes.
Il propose notamment la création d'un réseau national d'espaces de fraîcheur, accessibles au public lors des vagues de chaleur. Il plaide également pour une meilleure protection des travailleurs exposés à de fortes températures ainsi que pour le lancement d'une campagne nationale d'information et de sensibilisation.
Le ministre souhaite discuter de ces propositions avec ses homologues lors d'une réunion prévue le 1er juillet.
Peu d'enthousiasme côté flamand
L'initiative ne suscite toutefois guère d'enthousiasme du côté du gouvernement flamand, où la lettre de Jean-Luc Crucke est perçue comme un simple coup de communication.
"Écrire des lettres en pleine crise de chaleur ne contribue en rien à la lutte contre les changements climatiques. Je n'accepte aucun reproche venant du niveau fédéral", a répliqué sèchement le ministre flamand de l'Énergie et du Climat, Hans Bonte (Vooruit), au micro de l'émission De Ochtend (VRT).
Le ministre flamand du Climat ne figure pas parmi les destinataires du courrier et n'a donc pas été invité à la réunion. Cette mise à l'écart serait liée au manque d'enthousiasme manifesté par la Flandre lors d'une initiative similaire lancée par Jean-Luc Crucke l'an dernier.
"Nous collaborons déjà très efficacement avec les différentes Régions. Nous entretenons un contact direct avec Bruxelles et la Wallonie. La plupart des compétences relèvent des entités fédérées", a également déclaré mardi le ministre-président flamand, Matthias Diependaele (N-VA), dans l'émission Villa Politica. Celui-ci n'entend pas répondre favorablement à l'invitation du ministre fédéral. Un Comité interministériel (CIM) est déjà prévu le 30 juin afin de permettre aux ministres compétents d'examiner les éventuelles mesures complémentaires à prendre.
Une nouvelle querelle communautaire
La lutte contre les changements climatiques risque ainsi de s'enliser une nouvelle fois dans une controverse communautaire. Dans les faits, le ministre fédéral du Climat dispose de peu de leviers en matière de politique climatique, l'essentiel des compétences étant exercé par les Régions.
Sur la scène internationale, la Belgique est toutefois tenue de présenter une position unifiée, notamment lors des conférences sur le climat et dans les instances européennes. Les désaccords récurrents entre les différents niveaux de pouvoir empêchent le pays de parler d'une seule voix et de peser pleinement dans les négociations.
Ces divergences ont également un coût financier. Depuis trois ans, les gouvernements flamand, wallon, bruxellois et fédéral ne parviennent pas à s'entendre sur la répartition de près de deux milliards d'euros auxquels la Belgique a droit. Ces fonds, issus des recettes européennes liées à la tarification carbone, sont destinés au financement des politiques climatiques dans le pays.
Jean-Luc Crucke affirme vouloir dépasser les querelles de compétences. "Nous pouvons continuer à considérer que ces questions relèvent exclusivement de telle ou telle autorité. Ou nous pouvons reconnaître que la protection de nos citoyens exige aujourd'hui davantage de coopération", écrit-il.
Une ambition qui semble toutefois compromise avant même d'avoir réellement commencé.
Pas de nouvelles mesures à ce stade
La Flandre entend-elle pour autant renforcer ses propres mesures d'adaptation au changement climatique ? Pour l'heure, la vague de chaleur n'a pas entraîné d'accélération de l'action gouvernementale.
Le ministre flamand de l'Environnement, Jo Brouns (CD&V), compétent en matière d'adaptation climatique, a défendu mardi sa politique dans l'émission Terzake.
"Nous avons déployé toute une série de mesures pour mettre un terme à l'artificialisation croissante des sols en Flandre", a-t-il expliqué. Pour lutter contre la sécheresse et les inondations, le gouvernement flamand mise notamment sur le plan Blue Deal.
Groen estime au contraire que le ministre freine les efforts nécessaires. "On se contente de retirer quelques dalles et d'assouplir certaines procédures de permis. C'est en réalité l'inverse de ce qu'il faudrait faire. Si nous voulons nous préparer au changement climatique, nous avons besoin d'arbres, d'espaces ouverts et d'eau dans nos villes", a déclaré mardi au Parlement la cheffe de groupe des écologistes flamands Mieke Schauvliege.
L'opposition réclame des mesures supplémentaires. Le PVDA propose notamment un "plan canicule" pour l'espace public ainsi que l'accès gratuit aux piscines et aux lieux rafraîchis lors des épisodes de forte chaleur.
Le ministre-président flamand Matthias Diependaele (N-VA) assure pour sa part que le gouvernement poursuit ses travaux sur les plans climat et d'adaptation tout en surveillant de près l'évolution de la vague de chaleur. Le plan flamand de lutte contre la chaleur vise à protéger les groupes vulnérables contre les risques sanitaires liés aux températures élevées. Il prévoit principalement des recommandations à destination des organisations concernées ainsi que des conseils pratiques pour la population.
Contrairement à Hans Bonte, le ministre-président flamand ne juge pas nécessaire, à ce stade, d'accélérer la politique climatique. Mardi, au Parlement, il a surtout mis en garde contre "l'alarmisme" suscité par la vague de chaleur. "Nous devons veiller à apporter le soutien adéquat sans semer la panique. Ce ne peut pas être l'objectif", a-t-il conclu.
Le vice-Premier ministre des Engagés, Maxime Prévot, a exhorté jeudi à la Chambre tous les acteurs et niveaux de pouvoir concernés à participer à la réunion en vue d'un plan interfédéral consacré aux phénomènes météorologiques extrêmes. Le gouvernement flamand est directement visé. Cette réunion se tiendra le 1er juillet. Le ministre fédéral du Climat, Jean-Luc Crucke, à l'origine de l'initiative, a convié différents acteurs, dont les Régions. La Flandre n'a jusqu'à présent pas répondu présent.
