La proposition des Engagés d'instaurer une taxe sur les grandes fortunes suscite une vive opposition de la part de Fabien Pinckaers, fondateur et CEO du fleuron technologique wallon Odoo. L'entrepreneur qualifie cette mesure d'attaque contre les chefs d'entreprise et affirme qu'il ne serait même pas en mesure de s'en acquitter. "Avec une telle proposition, ma seule option est de quitter la Belgique", déclare-t-il.
"Adieu la Belgique" : le patron d'Odoo menace de quitter le pays si la taxe sur les grandes fortunes est adoptée
Invité de l'émission De Zevende Dag, le ministre Maxime Prévot (Les Engagés) a été interrogé par le journaliste Michaël Van Droogenbroeck sur son soutien à une taxe sur les grandes fortunes. Il répondu sans hésiter qu’il y était favorable. "Je ne suis certainement pas opposé aux personnes fortunées. Mais il me semble logique que les épaules les plus larges contribuent davantage."
Des précisions ont ensuite été apportées dans la journée par le président des Engagés, Yvan Verougstraete. La mesure viserait « les 5 % des Belges les plus riches », soit les personnes disposant d'un patrimoine supérieur à 500.000 euros, sous forme de liquidités ou d'actions. Elles seraient soumises à un prélèvement de 0,3 %. Pour les patrimoines dépassant les 3 millions d'euros, le taux grimperait à 0,6 %.
Selon Les Engagés, cette taxe pourrait rapporter entre un et deux milliards d'euros par an, des recettes jugées nécessaires pour redresser des finances publiques fortement déficitaires. Le parti y voit également un moyen de préserver la classe moyenne.
L'adoption d'une telle mesure paraît toutefois incertaine. Le MR se montre particulièrement réticent à toute nouvelle hausse d'impôts, et plus encore à une taxe sur les grandes fortunes. Son président, Georges-Louis Bouchez, a déjà qualifié le projet de "folie économique" et d'"idée plus radicale encore que celles des communistes".
Le président du MR reçoit désormais le soutien d'une partie du monde entrepreneurial. Et pas des moindres. Sur LinkedIn, Fabien Pinckaers, fondateur et CEO d'Odoo, une entreprise aujourd'hui valorisée à près de 10 milliards d'euros, s'est vivement élevé contre la proposition des Engagés.
"Dans mon cas, cette taxe m'obligerait à payer chaque année 0,6 % de la valeur de mes actions Odoo. Je détiens un peu plus de 50 % du capital d'Odoo, valorisé à environ 10 milliards d'euros. Cela représenterait plus de 30 millions d'euros d'impôts par an. Or, je ne dispose pas de plus de 100.000 euros sur mon compte bancaire."
L'entrepreneur estime que les responsables politiques doivent cesser de stigmatiser "les riches".
"La richesse des plus fortunés n'est pas de l'argent dormant sur un compte bancaire destiné à financer des vacances. Il s'agit avant tout de participations dans des entreprises. (...) Cette richesse sert à embaucher du personnel, à verser des salaires et à créer des produits et services à valeur ajoutée. En bref, elle contribue au fonctionnement de l'économie belge."
Selon lui, si cette taxe devait être instaurée, quitter la Belgique constituerait sa seule alternative. "Vendre mes actions Odoo à des investisseurs américains pour payer mes impôts signifierait perdre le contrôle de l'entreprise. Ce n'est pas envisageable."
Une prise de position politique
Fabien Pinckaers affirme également qu'il ne s'exprime "jamais sur des questions politiques", mais qu'il est prêt à prendre des risques sur ce dossier. "Je veux vraiment pouvoir continuer à développer Odoo en Belgique", écrit-il.4
Une affirmation qui mérite toutefois d'être nuancée. Le dirigeant s'était déjà mobilisé par le passé contre une décision politique, en l'occurrence la réforme du régime fiscal favorable aux droits d'auteur. Le précédent gouvernement avait durci ce dispositif, excluant notamment les développeurs de logiciels de son champ d'application.
"Cette mesure tue l'innovation", avait alors dénoncé le fondateur d'Odoo, estimant qu'elle compliquerait considérablement le recrutement de talents dans le secteur informatique.
Lors des négociations en vue de la formation du gouvernement fédéral en 2024, Odoo aurait, selon plusieurs sources, exercé des pressions par l'intermédiaire du MR afin d'obtenir un assouplissement des règles. Une démarche qui aurait finalement porté ses fruits.

