La station balnéaire de Knokke-Heist met cet été le peintre et graveur brugeois Luc Peire (1916-1994) à l’honneur, l’un des plus grands artistes abstraits du siècle dernier, reconnu au niveau international, de la Biennale de Venise aux Jeux olympiques de Mexico en 1968. Peire est immédiatement reconnaissable à ses lignes verticales rythmées, contrastées et colorées. En collaboration avec le Mu.ZEE d’Ostende, le centre culturel Scharpoord propose l’exposition "Abstraction en abondance" jusqu’au 25 octobre, tandis que le Musée Peire installé dans l’ancien atelier de l’artiste à Knokke permet de redécouvrir l’installation "Environnement" réalisée pour la Biennale de Venise en 1968.
Abstractions verticales et ambiance des années 1950 : une exposition à Knokke-Heist permet de redécouvrir Luc Peire
Sans vous en rendre compte, vous avez peut-être déjà croisé l’œuvre de Luc Peire dans l’espace public. Sa création monumentale de 21 mètres de haut "Het Teken" sur le rond-point de l’hôpital universitaire Gasthuisberg à Louvain, les murs de la station de métro Roodebeek à Bruxelles, ou la longue façade de la Bank van Breda sur l’avenue Plantin et Moretus à Anvers : toutes ces œuvres arborent ses lignes verticales caractéristiques.
L’œuvre de Luc Peire dans l’espace public
Né à Bruges en 1916 et décédé à Paris en 1994, à l’âge de 78 ans, Luc Peire était un artiste cosmopolite qui possédait des ateliers dans 27 lieux différents à travers le monde. Il vivait à Paris, mais revenait souvent à Knokke, le village de sa jeunesse. Depuis les années 1950, Knokke était un haut lieu de l'art contemporain et l’endroit où il avait tissé un vaste réseau d'amis, mais aussi d’artistes, architectes et collectionneurs novateurs. Peire façonna réellement l’ADN culturel de Knokke-Heist.
David Vermeiren du Mu.ZEE d’Ostende est le commissaire de l'exposition "Abstraction en abondance" au centre culturel Scharpoord. "Peire s'installa à Knokke en 1947. Lorsque le centre culturel fut inauguré en 1976, la première exposition y présenta des œuvres du peintre et graveur. Une autre exposition s’y est tenue en 1985, et celle qui y est proposée jusqu’au 25 octobre est la troisième dédiée à Luc Peire."
Elle réunit peinture, architecture, design et avant-garde internationale dans un dialogue surprenant, tout en apportant une nouvelle perspective sur la relation particulière entre Peire et Knokke-Heist.
Abstraction en abondance
En 1957 déjà, Luc Peire proposait une exposition novatrice au Casino de Knokke. On y retrouvait ses propres œuvres, comme le tableau "Barcelone", qu’il considérait comme sa première œuvre abstraite, mais aussi des peintures et sculptures de ses contemporains les plus célèbres, tels que Victor Vasarely, ainsi que du mobilier design signé Mies van der Rohe ou Bertoia pour Knoll.
Cette expérience est désormais à revivre dans la nouvelle exposition à Knokke, "une évocation qui nous replonge dans l’atmosphère des années cinquante et soixante", explique David Vermeiren.
L’exposition aborde des thèmes tels que la forme, la couleur et l’atmosphère, qui d’après Luc Peire sont les fondements de tout art. Il a entamé sa carrière comme peintre expressionniste, dans le style de Permeke ou de son maître Gustave Van de Woestijne. Mais ce style a progressivement changé, notamment après un séjour au Congo dans les années 1950, explique David Vermeiren. "La lumière joue un rôle majeur dans la transition vers son œuvre abstraite. Il cherche à saisir l'intensité, la multiplicité de la lumière, et parvient ainsi à une abstraction du réel."
Dans une partie de l'exposition, les œuvres sont accrochées assez près les unes des autres pour mettre en évidence cette évolution en un seul coup d’oeil. "Il est fascinant de voir comment il découvre ses lignes épurées et raffinées et trouve son langage abstrait", remarque Vermeiren.
L'art abstrait est nécessaire pour nous permettre d'imaginer d'autres mondes
Bruno Verbergt, directeur du Mu.ZEE
"Abstraction en abondance" : le titre de l'exposition oppose deux notions. L'art abstrait peut paraître froid, rationnel et "difficile". Mais à l'opposé se dresse l'"abondance" de l'expérience, à laquelle on peut s’abandonner.
"Nous vivons à une époque de littéralisme extrême, où tout est expliqué, où l'imagination se fait rare. L'art abstrait est nécessaire pour nous permettre d'imaginer d'autres mondes", affirme Bruno Verbergt, directeur du Mu.ZEE et co-organisateur de l'exposition à Knokke.
La verticalité est le maître-mot chez Luc Peire. "L'homme vit debout. Pour moi, la verticalité, c'est la vie", disait-il. Il explorait l'espace comme "l'infini, la rupture des dimensions de la peinture en une verticalité sans limites".
L’œuvre de Luc Peire invite à une exploration plus profonde des couleurs et des lignes. L’exposition présente aussi un film expérimental avec du son et de la musique. Ses tours lumineuses tridimensionnelles évoquent des gratte-ciel rayés. Ses codes-barres rythmiques se prêtent également à la création d’un tapis.
On peut aussi découvrir l’installation "Environnement", présentée par Luc Peire à la Biennale de Venise en 1968. Au centre culturel Scharpoord, une version vidéo est proposée. Pour voir l’œuvre authentique, il faut marcher un quart d’heure jusqu’au Musée Peire.
Au Musée Peire, vous découvrirez l'ancien atelier de l'artiste à Knokke. Aujourd'hui transformé en petit musée, il respire l’atmosphère du siècle dernier. On peut y voir notamment "Environnement", un cube au sol et au plafond recouverts de miroirs, aux murs ornés des rayures noires et blanches caractéristiques de Peire, le tout accompagné d'une musique expérimentale de Louis Demeester. L'effet d'optique est littéralement vertigineux et rappelle les installations de miroirs de l'artiste japonaise Yayoi Kusama.
À noter également qu’une partie des archives papier de Luc Peire est exposée au Scharpoord. Il s’agit d’un véritable trésor de catalogues et d'invitations magnifiquement imprimées. Ces archives ont été méticuleusement conservées pendant des années par la Fondation Jenny et Luc Peire .
Fin 2024, cette fondation a fait un don important au Mu.ZEE à Ostende, comprenant 163 peintures et environ 200 œuvres sur papier, ainsi que des centaines d'œuvres d'autres artistes.
Informations pratiques :
• "Abstraction en abondance " de Luc Peire au centre culturel Scharpoord de Knokke, du 13 juin au 25 octobre 2026.
• Le Musée Peire de Knokke présente notamment l’atelier de l’artiste, son œuvre "Environnement" et l’installation apparentée "Interaction spatiale" de Jean-Paul Laenen (1968).











