Le Prix Francqui-Collen est la distinction scientifique la plus prestigieuse de notre pays, que l’on qualifie parfois de "Prix Nobel belge". Il récompense chaque année un chercheur belge pour des travaux de recherche pionniers, en alternance dans les sciences exactes, les sciences humaines ou les sciences biologiques et médicales. Cette année, c’est cette dernière catégorie qui était à l’honneur.
Un chercheur sur le cancer et un spécialiste du microbiote intestinal remportent le prestigieux Prix Francqui-Collen
Les professeurs Diether Lambrechts de la KU Leuven et Patrice Cani de l'UCLouvain ont remporté l'édition 2026 du prix Francqui-Collen. Les deux lauréats seront honorés dans la matinée lors d'une cérémonie au Palais des Académies à Bruxelles, en présence du roi Philippe. Dans la catégorie "Sciences biologiques et médicales", le Prix Francqui-Collen est attribué à deux lauréats distincts, chacun recevant une dotation de 250.000 euros.
Traitements de tumeurs cancéreuses
Diether Lambrechts a été primé pour sa recherche sur les traitements de tumeurs cancéreuses. Le professeur et son équipe ont notamment détecté deux biomarqueurs spécifiques dans les cancers du côlon et de l'ovaire, permettant de mieux cibler le traitement dont un patient peut bénéficier.
"Cette récompense couronne les vingt dernières années de travail, et pas seulement les recherches que je mène aujourd’hui ou que j’ai réalisées la semaine dernière", a-t-il réagi. "La recherche est un processus lent, qui s’inscrit dans la durée."
Au-delà du prestige, le prix est assorti d’une dotation de 250.000 euros, dont 200.000 euros doivent être investis dans de nouveaux projets de recherche. "C’est une occasion unique. Cela nous permettra de faire progresser nos recherches futures", souligne encore Diether Lambrechts. Il entend utiliser cette somme pour développer un vaccin contre le cancer.
Vers des traitements contre le cancer plus abordables
Dans ses travaux, Diether Lambrechts garde toujours le patient à l’esprit. Il s’est notamment spécialisé dans l’étude de la génétique des tumeurs cancéreuses, en recourant entre autres à la technologie du séquençage cellulaire individuel (single-cell). En cartographiant la composition d’une tumeur à l’échelle de chaque cellule, il est possible de comprendre comment celle-ci réagit à un traitement donné.
Par ailleurs, il a mis au point des tests génétiques, appelés biomarqueurs, destinés à détecter ou à mieux caractériser le cancer colorectal et le cancer de l’ovaire.
"Le biomarqueur que nous avons développé pour le cancer colorectal permet d’identifier les patients qui répondront à l’immunothérapie", explique Diether Lambrechts. "Seule une minorité de patients tire un bénéfice de survie très net de ce traitement. Il est donc essentiel de pouvoir le prédire à l’avance. Les patients qui n’en tireront aucun avantage peuvent ainsi éviter les effets secondaires liés à la thérapie."
Dans le cas du cancer de l’ovaire, une cinquantaine de biomarqueurs sont déjà commercialisés. Toutefois, ils ne sont pas remboursés en raison de difficultés liées à la législation européenne sur la protection des données. "C’est pourquoi, en collaboration avec les oncologues de l’UZ Leuven, nous avons développé notre propre biomarqueur. Nous disposons désormais en Belgique d’une alternative moins coûteuse. Le biomarqueur ainsi que la thérapie associée sont aujourd’hui remboursés", précise le chercheur.
Appétit et stress
Patrice Cani (UCLouvain, Louvain Drug Research Institute), pour sa part a été distingué pour ses recherches sur le microbiote intestinal, notamment l'interaction entre les bactéries intestinales et le cerveau, mais aussi pour ses découvertes sur les effets bénéfiques d'une de ces bactéries, "Akkermansia muciniphila". Il a ainsi observé une corrélation entre l'absence de ce micro-organisme et la présence de diabète et d'obésité, ce qui permet d'aider les patients qui en sont atteints.
Pierre Cani obtient le 22e Prix Francqui de l'UCLouvain, et le premier de l'université pour des recherches en médecine depuis 1990.
Le Prix Francqui est décerné chaque année, depuis 1932, par la Fondation éponyme à un jeune scientifique belge de moins de 50 ans. La récompense est attribuée alternativement à un chercheur des sciences exactes, des sciences humaines et des sciences biologiques et médicales.
Lorsque la distinction relève de cette dernière catégorie, elle est appelée "Prix Francqui-Collen", du nom du docteur Désiré Collen, soutien historique de la recherche de pointe biomédicale et fondamentale en Belgique.
La Fondation Francqui a été créée en 1932 par le diplomate belge Emile Francqui et a pour objectif de stimuler et de soutenir la recherche scientifique en Belgique.
