Bien avant le drame survenu à un passage à niveau de Buggenhout impliquant un minibus scolaire, plusieurs plaintes avaient déjà été formulées au sujet de la conduite du chauffeur, décédé dans l'accident. C'est ce que révèlent des témoins interrogés par VRT NWS ainsi qu'un courriel consulté par notre rédaction. Une question se pose désormais : qu'est-il advenu de ces signalements et pourquoi aucune mesure n'a-t-elle été prise ? Le parquet de Flandre orientale a indiqué être au courant des plaintes.
Avant le drame de Buggenhout, la conduite du chauffeur du minibus scolaire avait déjà fait l'objet de plaintes
"Je veux raconter mon histoire, en hommage à Anke (l’accompagnatrice décédée dans l’accident). Et pour dénoncer l’injustice. Trop de choses sont passées sous silence, tant de la part de l’école que de la société de bus. Je pense qu’il est de mon devoir de parler."
C’est Els (prénom d'emprunt), l’une des accompagnatrices qui a travaillé par le passé à bord du bus 137 à Buggenhout, celui qui est entré en collision avec un train mardi matin dernier, qui s’exprime ainsi.
Les circonstances exactes de l’accident restent à déterminer et il est encore trop tôt pour en tirer des conclusions. La collision a fait quatre victimes : le chauffeur, âgé de 49 ans, l’accompagnatrice Anke, 27 ans, ainsi que deux enfants : Mohamed Reda, 15 ans, et Arthur, 12 ans.
Anke avait pris place à bord du bus après le départ de la précédente accompagnatrice, qui avait quitté son poste en raison du comportement du chauffeur au volant. Plusieurs de ses prédécesseures ont désormais accepté de témoigner anonymement auprès de la rédaction de VRT NWS.
Des accompagnatrices témoignent : "Je ne me sentais pas en sécurité"
Les circonstances exactes du drame survenu ce jour-là font toujours l'objet d'une enquête approfondie. Mais de nombreuses questions émergent déjà. Au cours des dernières années, plusieurs plaintes ont en effet été déposées concernant la conduite du chauffeur de la ligne de bus 137. Différents accompagnatrices affirment avoir tenté de tirer la sonnette d'alarme auprès de l'école, de la société de transport et de la province, mais sans succès.
"Pendant un certain temps, j'ai été l'accompagnatrice attitrée de ce bus", raconte sous couvert d'anonymat Sofie (prénom d'emprunt), une autre témoin. "Je connaissais bien les enfants, l'accompagnatrice Anke ainsi que le chauffeur."
Il est question d'utilisation du téléphone au volant, de franchissements de passages à niveau alors que les barrières étaient déjà en train de se fermer, d'excès de vitesse, ou encore de refus de priorité. Certains enfants ne voulaient plus prendre le bus et certains devaient même à vomir", affirme-t-elle.
"Aucune suite n'a été donnée à ces plaintes"
Sofie* assure avoir signalé ces faits avant l'accident, tant par téléphone auprès de la société de transport que par courriel à l'école. Notre rédaction a pu consulter ce courriel.
Elle y relate les mêmes comportements : une conduite jugée imprudente et provocatrice, l'usage du téléphone au volant, une vitesse excessive et un manque de considération pour les autres usagers de la route, qu'il s'agisse d'automobilistes, de cyclistes ou de piétons. Elle y écrit qu'elle ne se sentait plus en confiance pour accompagner des enfants dans ce véhicule et qu'elle ne s'y sentait plus en sécurité, tout comme les enfants.
"Aucune suite n'a été donnée à ces plaintes. On nous répondait qu'il n'y avait pas d'autres chauffeurs disponibles. C'est ce qui rend cette tragédie encore plus douloureuse : cela n'aurait jamais dû arriver."
Elle confie éprouver aujourd'hui des sentiments partagés. "Je suis heureuse d'être encore là aujourd'hui, mais on ne souhaite évidemment cela à personne."
Il leur a été demandé de ne pas communiquer avec la presse
Ces accompagnatrices ont accepté de témoigner sous couvert d'anonymat, par crainte de représailles. Dimanche soir encore, ils ont reçu un message de l'école leur demandant de ne pas communiquer avec la presse. Il y était également indiqué que leurs signalements avaient été "transmis par courriel à la société de transport" et seraient communiqués au parquet.
Les employés de la société de transport auraient eux aussi reçu l'instruction de ne pas parler aux médias.
Le même récit est par ailleurs corroboré par la mère de l'un des enfants présents dans le bus. Son fils lui avait confié qu'il avait peur à bord du véhicule et décrivait le chauffeur comme imprudent. Elle avait également connaissance de plaintes visant sa conduite.
Pourquoi aucune mesure n'a-t-elle été prise ?
La grande question est désormais de savoir ce qu'il est advenu de ces messages d’alerte envoyés par les accompagnateurs. Pourquoi n'ont-ils pas été suivis d'effet ? Et les contrôles exercés sur les conducteurs de ces bus sont-ils suffisants ?
Sollicitée pour réagir, la société de transport renvoie vers De Lijn. La société de transport public flamande n'a enregistré que deux infractions mineures pour excès de vitesse dans une zone limitée à 30 km/h.
Le parquet de Flandre orientale a indiqué que l'enquête est en cours. Le conducteur n'avait pas d'antécédents judiciaires.
"Nous avons communiqué les seules informations dont nous disposions : le chauffeur n'avait pas de casier judiciaire et n'avait commis que deux infractions mineures", déclare De Lijn.
"Nous avons à présent demandé des éclaircissements complets à la société de transport et souhaitons obtenir toute la lumière sur cette affaire."
Les circonstances exactes de l'accident ne sont pas encore établies
Interrogée à son tour, la direction de l'école renvoie vers la province, responsable des accompagnateurs. Celle-ci renvoie cependant vers le parquet.
Dans une réaction officielle, le parquet indique que l'enquête est "en cours". Le comportement du chauffeur au volant fera sans aucun doute partie des éléments examinés. Après la diffusion des témoignages par VRT NWS, le parquet a précisé : « Nous avons connaissance de ces plaintes et nous allons bien entendu les examiner dans le cadre de l'enquête."
Lors d'une conférence de presse organisée la semaine dernière, le parquet avait déjà souligné que le chauffeur possédait un casier judiciaire vierge. Selon nos informations, il n'avait effectivement fait l'objet d'aucune condamnation, ni devant le tribunal correctionnel ni devant le tribunal de police.
Une chose reste toutefois claire : les circonstances exactes de l'accident ne sont pas encore établies. On ignore également si le comportement du chauffeur au volant a joué un rôle dans le drame. À ce stade, aucune conclusion ne peut donc être tirée à ce sujet.
"Nous sommes au courant des plaintes et nous allons bien entendu mener une enquête", a répondu lundi après-midi la porte-parole du parquet, Lisa De Wilde, après que la VRT NWS a relayé cette information.
