Le chorégraphe, danseur, cinéaste et photographe anversois Wim Vandekeybus signe sa première mise en scène d’opéra. Sa version de "Carmen" du compositeur français Georges Bizet (1838-1875) a été présentée en avant-première vendredi soir à l’Opéra Ballet de Flandre à Anvers. Ce spectacle grandiose réunit plus de 120 interprètes sur scène : chanteurs, choristes et danseurs. Grâce à son langage visuel unique, Vandekeybus s’est totalement approprié ce classique : l’histoire se déroule dans un paysage désertique abstrait et le féminicide du récit original a été réinterprété. A découvrir à l’opéra d’Anvers jusqu’au 13 juin, puis au Concertgebouw de Bruges du 20 au 28 juin.
A l'Opera Ballet de Flandre, le chorégraphe Wim Vandekeybus met en scène son premier opéra, "Carmen"
Le célèbre opéra "Carmen" du compositeur français Georges Bizet a été créé en 1875. Depuis, l'histoire a été adaptée au cinéma à de nombreuses reprises et jouée d'innombrables fois sur les scènes du monde entier. Le grand public en connait avant tout les airs "L'amour est un oiseau rebelle" et "Toréador, en garde".
"Carmen" en bref :
Carmen, une bohémienne à l’esprit libre qui travaille à la manufacture de cigares, aspire à l'amour, mais son indomptable soif d'indépendance éclipse tous ses autres sentiments. Don José, brigardier obsessionnel et conservateur, tombe sous son charme et sacrifie tout ce qui lui est cher.
Lorsque Carmen le quitte pour le charismatique Escamillo, la tension insoutenable les mène au bord du gouffre. L'opéra original se déroule à Séville en 1830.
Source : Opera Ballet Vlaanderen
Avec "Carmen", le metteur en scène et chorégraphe Wim Vandekeybus (62 ans) se lance dans l'une des plus grandes productions jamais montées par Opera Ballet Vlaanderen. Au total, environ 120 personnes sont sur scène. Outre l'Orchestre symphonique et le chœur complet de l’Opéra dirigés par la jeune cheffe Keren Kagarlitsky, cela inclut une dizaine de solistes et le chœur d'enfants, ainsi qu'un grand nombre de danseurs (treize de l'Opéra Ballet de Flandre et quatre d'Ultima Vez, la compagnie de Vandekeybus). Quelques enfants d'une école de karaté et de la communauté rom montent aussi sur scène.
L'opéra de Georges Bizet est l’un des favoris du public. D'après Wim Vandekeybus, près de 150 versions différentes sont jouées rien que cette année. Il faut dire que l'année dernière marquait le 150e anniversaire de "Carmen".
"C'est un projet colossal, mais très agréable", se réjouit Vandekeybus. "La distribution est incroyablement nombreuse : il y a deux distributions d'enfants et deux distributions pour chanter Carmen (Josy Santos et Raehann Bryce-Davis), car ces rôles sont très exigeants." En effet, Carmen est présente sur scène presque pendant toute la durée de la représentation, qui dépasse les trois heures.
Wim Vandekeybus a opté pour "Carmen" dans un premier temps en raison de la musique qui l’a inspiré. Il a également été très impressionné par l'adaptation cinématographique de Carlos Saura en 1983. "On y trouve davantage de drame. J'aime aussi beaucoup la danse accompagnée d'une dimension théâtrale. La danse devient alors un moyen d'exprimer une multitude de choses. Les paroles, le chant, tout s'harmonise."
Vous avez deux triangles et Carmen est assise au milieu
Wim Vandekeybus, metteur en scène
Pourtant, le chorégraphe anversois n’a pas souhaité être trop influencé par les interprétations existantes. "Je n'ai vu que deux autres versions. Puis je me suis dit : je crée mon propre univers. Quelque chose d'original. J'ai un langage, un langage énergétique. Mes chanteurs doivent donc aussi bouger."
"Mais cela ne doit pas devenir un simple spectacle de danse où les solistes seraient relégués au second plan. Ils sont l'essence même de l'histoire. Le drame doit reposer sur Carmen, José, Escamillo. On a deux triangles, et Carmen est au centre. Carmen est assise entre deux hommes, et Escamillo entre deux femmes."
Qui est Wim Vandekeybus ?
Wim Vandekeybus (1963) est chorégraphe, danseur, photographe et cinéaste. Au milieu des années 1980, il a fondé sa compagnie de danse, Ultima Vez. Son premier spectacle "What the body does not remember" (1987), a immédiatement attiré l’attention des critiques et du public.
Dans son langage corporel, il confronte l’énergie, le risque et le danger à l’intuition, l’impulsion et l’instinct. "Il s’agit de la traduction dansée d’une philosophie de vie dramatique, empreinte de dynamisme et de conflit".
Dans ses représentations, il mêle souvent différentes disciplines. Il a également collaboré avec des musiciens tels que David Byrne, David Eugene Edwards et Trixie Whitley.
Source : Site web d’Ultima Vez
Un spectacle total
Vandekeybus se considère depuis longtemps comme un metteur en scène plutôt que comme un simple chorégraphe. Il a notamment réalisé le film "Galloping Mind" en 2015. Il décrit donc cette mise en scène de "Carmen" comme un spectacle total. "Tout comme au cinéma, de nombreux éléments s'entremêlent à l'opéra. Il faut savoir assembler ce puzzle et veiller à ce que cela reste réalisable".
Tout est pensé à l'avance et doit être scrupuleusement respecté. "On écrit un scénario comme pour un film. Il faut s'y tenir. Chacun doit savoir : que se passe-t-il aujourd'hui pour que cela soit possible ? L'orchestre joue, mais ignore parfois ce qui se trame en coulisses, et pourtant tout doit coïncider, et c'est là mon rôle."
Sous la direction de Vandekeybus, la danse occupe naturellement une place importante dans cette production. Un aspect qui enthousiasme également les chanteurs. Josy Santos (l'une des deux mezzo-sopranos interprétant Carmen) qualifie sa collaboration avec Vandekeybus d'intense.
"Il est une véritable source d'inspiration. J'ai adoré sa façon de travailler avec nous. Il laissait une grande place à l'improvisation tout en donnant des instructions claires. Nous savions exactement ce que nous devions accomplir dans chaque scène. En même temps, nous étions libres de bouger comme nous le souhaitions et de créer des mouvements avec lui."
"La musique de Bizet est faite pour danser", explique Josy Santos. "Carmen a besoin de danser. C'est pourquoi j'étais si heureuse quand on m'a proposé de travailler avec un chorégraphe. Je me suis dit : c'est génial, maintenant je peux vraiment danser ! Et voir comment le corps bouge et comment cela influence le chant et lui donne une autre dimension."
Wim Vandekeybus le comprend parfaitement. "Cela reste un défi. Les chanteurs d'opéra doivent toujours faire attention à leur respiration. En même temps, ce sont aussi d'excellents acteurs. Ils savent exactement ce qu'ils chantent, et nous essayons vraiment d'éviter que cela ne ressemble à un concert."
Une signature indéniable
Dans sa version, Vandekeybus s'est donc concentré sur les interludes, dépourvus de chant, ce qui lui a permis de se consacrer pleinement à la danse.
C'est en partie pour cette raison que cette version de "Carmen" porte clairement sa marque. "J'essaie de rester autant que possible dans mon univers. Par exemple, je me suis demandé : ce féminicide (Carmen est assassinée par le jaloux Don José dans la version originale, ndlr) est-il nécessaire ? C'est pourquoi on introduit ici une sorte de taureau comme ange gardien. Nous nous sommes complètement éloignés de l'atmosphère sévillane. L'action se déroule dans un paysage désertique abstrait, avec des murs ondulants qui font constamment évoluer le décor (conçu par Sylvie Olivé)."
"Carmen est une femme qui brise les murs", conclut Wim Vandekeybus. "Elle possède une liberté qui a besoin d'espace, très intuitive, très animale. Et la danse est pour moi quelque chose de très animal, de viscéral. Je pense que cela correspond parfaitement."
Info pratique: “Carmen”, chanté en français, est présenté par l’Opéra Ballet de Flandre du 29 mai au 13 juin inclus à l’Opéra d’Anvers, puis du 20 au 28 juin inclus au Concertgebouw de Bruges.
Les tickets coûtent à partir de 29 euros et sont à acheter via les sites operaballet.be et concertgebouw.be .

