Le chef de groupe MR au conseil communal d’Anderlecht, Gaëtan Van Goidshoven, a demandé jeudi le retrait temporaire de Lotfi Mostefa (PS) de la présidence du Foyer anderlechtois. De son côté, les Engagés, autre partenaires de coalition ont demandé la suspension de ses attributions. Ces demandes font suite aux révélations diffusées mercredi soir dans le magazine Pano (VRT). La N-VA, dans l'opposition, a réclamé une commission d'enquête parlementaire.
Les partis de la coalition au pouvoir à Anderlecht demandent le retrait de l'échevin Lotfi Mostefa (PS)
L’équipe du magazine de la VRT Pano a enquêté pendant un an et demi sur des soupçons de favoritisme et de clientélisme au sein du Foyer anderlechtois, une société qui gère 3.800 logements sociaux et ambitionne d’étendre son parc à 4.500 logements.
L’émission accuse notamment Lotfi Mostefa, également échevin socialiste du Logement d’Anderlecht, d’être intervenu politiquement dans l’attribution de logements sociaux dans la commune bruxelloise. Des pratiques de traitement préférentiel auraient été fréquentes sous sa présidence, alimentant un profond sentiment d’injustice chez de nombreux demandeurs confrontés à des années d’attente.
"Il appartient à la justice de faire toute la lumière"
"De telles pratiques touchent directement à l’intégrité de l’administration publique et à la confiance que les citoyens doivent pouvoir accorder à leurs institutions", affirme Gaëtan Van Goidshoven, qui plaide pour que Lotfi Mostefa se mette temporairement en retrait de la présidence du Foyer anderlechtois.
Le chef de groupe MR souligne toutefois qu’il appartient à la justice de faire toute la lumière sur cette affaire "dans la sérénité, en toute indépendance et dans le respect de la présomption d’innocence".
Gaëtan Van Goidshoven insiste également sur le fait qu’il s’agit de responsabilités individuelles et que la confiance au sein de la majorité communale — dans laquelle siègent à la fois le PS et le MR — demeure intacte. "Notre responsabilité collective reste de garantir une gouvernance exemplaire, transparente et centrée sur les citoyens", conclut-il.
Les Engagés demandent la suspension des attributions de Lofti Mostefa
"Les soupçons qui pèsent sur le Foyer Anderlechtois sont d'une extrême gravité. Toute la lumière doit être faite sur cette affaire. Les logements sociaux ne peuvent jamais devenir un instrument de clientélisme politique. Aucune complaisance avec ceux qui utiliseraient l'argent public pour favoriser des proches ou bâtir une clientèle électorale", a souligné jeudi le président des centristes francophones, Yvan Verougstraete, sur X.
"La présomption d'innocence doit cependant évidemment être pleinement respectée et il appartiendra à l'enquête d'établir les faits. Mais, précisément pour garantir la sérénité des investigations et le bon fonctionnement des institutions, les Engagés demandent, le temps de l'enquête, la suspension des attributions de Lofti Mostefa", a-t-il ajouté.
Les Engagés font partie de la majorité communale à Anderlecht sur une liste les associant au MR, au CD&V et à Anders.
Sur X, le député régional Benjamin Dalle (CD&V) a dénoncé un "clientélisme inacceptable". "Les logements sociaux doivent être attribués sur la base de critères objectifs et transparents", a-t-il rappelé.
La N-VA réclame une commission d’enquête parlementaire
Du côté de la Nieuw-Vlaamse Alliantie, les révélations du reportage de Pano ne suscitent guère de surprise. "Cela confirme des choses que je sais depuis longtemps et qui relèvent en partie du secret de Polichinelle à Anderlecht", a déclaré le député bruxellois Gilles Verstraeten dans l’émission De Ochtend.
"J’ai siégé pendant six ans dans l’opposition au conseil communal d’Anderlecht. Ce que j’ai constaté, c’est que plus rien ne fonctionne correctement dans cette commune. Il ne s’agit pas de faits isolés, mais d’un système dans lequel les personnes les plus vulnérables sont mises sous pression. Des moyens publics ont été utilisés pour mener une campagne électorale. L’intimidation à Anderlecht va jusqu’à l’isoloir. C’est la démocratie elle-même qui est en jeu."
Comme le MR, Gilles Verstraeten estime que Lotfi Mostefa devrait se mettre en retrait. Mais il juge que d’autres responsables sont également impliqués. "Tout le monde est lié et tout est étouffé. C’est le grand problème de la Région bruxelloise."
Le député vise notamment le ministre socialiste bruxellois Ahmed Laaouej. "Ahmed Laaouej a repris au sein du gouvernement bruxellois la tutelle sur les pouvoirs locaux, les CPAS et les sociétés de logement social. Ce n’est pas un hasard, mais une manière de pouvoir tout couvrir. On ne me fera pas croire que les autorités supérieures, comme le bourgmestre d’Anderlecht ou les organismes de tutelle, n’étaient pas au courant."
Groen réclame une transparence totale
"Au lieu que l’attribution des logements soit décidée sur la base de critères objectifs, il semble qu’à Anderlecht cela dépende d’un intermédiaire qui se comporte comme un empereur tout-puissant", réagit le député Emile Luhahi.
"Plus de 60.000 familles bruxelloises sont sur liste d’attente pour obtenir un logement social. Il s’agit souvent de personnes particulièrement vulnérables, qui comptent légitimement sur un système censé les protéger et les aider. À la place, les habitants d’Anderlecht se retrouvent face à un responsable politique local du PS qui pense pouvoir décider, comme un empereur, qui mérite un logement ou non."
Vlaams Belang : "Les mêmes pratiques refont surface, impliquant la même personne et le même parti"
La députée fédérale Vlaams Belang Ellen Samyn se dit stupéfaite que Lotfi Mostefa ait pu conserver une grande liberté d’action au sein du Foyer anderlechtois après l’enquête visant le CPAS d’Anderlecht.
"Il est incompréhensible qu’une personne déjà fortement mise en cause dans le dossier de fraude au CPAS d’Anderlecht ait simplement pu continuer à exercer d’autres fonctions clés et influencer également l’attribution des logements sociaux", déclare Ellen Samyn.
Son collègue au Parlement bruxellois, Bob De Brabandere, s’est lui aussi dit scandalisé. "À Bruxelles, aucune mesure n’a été prise après le reportage de Pano sur le CPAS d’Anderlecht", déclare-t-il. "Aujourd’hui, les mêmes pratiques refont surface, dans la même commune, impliquant la même personne et le même parti."


