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Un jeune Flamand sur trois ne veut pas d’ami transgenre : les jeunes hommes plus conservateurs sur les questions de genre

Un jeune Flamand sur trois n’envisage pas d’avoir comme ami une personne transgenre. C’est ce qui ressort de la "Photo de la Flandre", une vaste enquête sociétale commandée par la VRT. La résistance à la diversité de genre apparaît nettement plus marquée chez les jeunes hommes. Ceux-ci affichent également des conceptions plus traditionnelles de l’égalité entre les hommes et femmes que les générations plus âgées.

Joris Truyts Eric Steffens
Publié:

Qu’est-ce que la "Photo de la Flandre" ?

La Photo de la Flandre est une enquête sociétale menée par VRT depuis 2009. Elle vise à mieux comprendre les préoccupations des Flamands, avec un accent particulier sur les grandes questions de société. L’étude prend la forme d’un sondage en ligne réalisé par le bureau de recherche indépendant Profacts. Elle repose sur un échantillon représentatif de 2.261 Flamands âgés de 12 ans et plus, sélectionnés selon plusieurs critères comme le sexe, l’âge, le niveau d’études et la province de résidence.

Si la majorité des Flamands affirment être ouverts à la diversité, les chiffres concernant le genre et la sexualité dressent un tableau plus contrasté. Chez les jeunes Flamands en particulier, des représentations plus conservatrices gagnent du terrain, une tendance déjà mise en évidence par plusieurs études récentes.

L’un des résultats les plus frappants de l’enquête concerne l’amitié. Un jeune Flamand sur trois âgé de 18 à 24 ans déclare ne pas souhaiter avoir une personne transgenre comme ami ou amie. Chez les plus de 45 ans, cette proportion tombe à 14 %.

            1 jeune Flamand sur 3 ne veut pas d'un(e) ami(e) transgenre

Les jeunes se montrent également plus stricts en ce qui concerne les interventions médicales : un tiers d’entre eux estime qu’il faudrait interdire les opérations de transition de genre. Les générations plus âgées y sont nettement moins opposées. L’écart entre hommes et femmes est également marqué : 30 % des hommes soutiennent cette idée, contre 19 % des femmes.

Dans le monde du travail, l’acceptation est plus large : sept Flamands sur dix considèrent qu’avoir un homme transgenre comme collègue ne pose aucun problème. Mais là encore, les jeunes et les hommes se montrent plus réticents que le reste de la population.

Un Flamand sur cinq estime que les parades de la Pride ne sont pas acceptables.

Dans la rue et à l’école

Les parades annuelles de la Pride (marche des fiertés) organisées par la communauté LGBTQIA+ ne font pas l’unanimité. Un Flamand sur cinq estime qu’elles ne sont "pas acceptables", une proportion qui grimpe à un tiers chez les jeunes Flamands.

Une courte majorité des Flamands (57 %) considère que les écoles devraient proposer des cours sur les différentes orientations sexuelles. Mais de nombreux jeunes encore scolarisés se montrent peu enthousiastes : 28 % des adolescents jugent ces cours inutiles. Ce n’est que chez les plus de 45 ans qu’une majorité nette estime qu’il s’agit d’une bonne initiative.

L’enquête compare également ces résultats à ceux concernant l’amitié avec une personne non hétérosexuelle. Si les réticences y sont aussi légèrement plus fortes chez les jeunes hommes, l’acceptation reste globalement plus élevée que pour les personnes transgenres.

Moins de rejet de l’homosexualité, mais une résistance plus forte chez les jeunes

Les chiffres révèlent aussi une tendance au retour à des conceptions plus traditionnelles des rôles masculins et féminins chez les jeunes hommes. Ceux-ci sont plus nombreux que la moyenne à considérer que l’homme doit être le principal soutien financier du foyer. Ils sont aussi davantage enclins à penser qu’un homme devrait avoir davantage de pouvoir décisionnel qu’une femme dans une relation.

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"Je trouve que l’homme doit dominer la femme" estiment certains jeunes interrogés dans les rues d'Anvers

Impact sociétal

La sociologue Cecil Meeusen qualifie cette évolution de "schéma préoccupant". Les différences entre jeunes hommes et jeunes femmes, qui ont toujours existé, tendent selon elle à se creuser. "Les hommes de la génération Z (nés entre 1997 et 2012, ndlr) sont nettement plus conservateurs que les baby-boomers (génération née après la Seconde Guerre mondiale)", affirme-t-elle.

En soi, cela ne constitue pas nécessairement un problème, nuance la sociologue. "Mais cela le devient si cette évolution se traduit par un recul des droits des femmes et des personnes LGBTQIA+." Elle avertit également qu’une polarisation croissante entre hommes et femmes pourrait avoir un effet "déstabilisateur" sur la société.

Selon la chercheuse, de nombreux jeunes hommes ont depuis longtemps le sentiment que leur position est menacée. Elle parle à ce sujet de réaction de rejet face à l’évolution des rôles de genre et à la progression de l’égalité entre les hommes et les femmes.

Les jeunes sont nettement plus nombreux que la moyenne à estimer que l’homme doit être le principal soutien financier du foyer

Quel rôle joue l’origine ?

Les données disponibles sur cette question restent limitées, mais la sociologue Cecil Meeusen observe que les jeunes issus de l’immigration ou d’origine non belge affichent davantage de positions conservatrices sur les questions de genre. "C’est un phénomène auquel on peut s’attendre chez des jeunes ayant reçu une éducation plus religieuse ou ayant grandi dans des modèles familiaux plus traditionnels", explique-t-elle.

"Mais il ne faut pas réduire cela à la religion ou à l’origine. Lorsque l’on tient compte du statut socio-économique, du niveau d’éducation des parents, etc., ces différences tendent à s’atténuer. Il est faux de penser que ce groupe de jeunes hommes conservateurs serait principalement composé de garçons d’origine non belge."

Le rôle des réseaux sociaux

"Les réseaux sociaux jouent un rôle important", estime la sociologue. Les algorithmes orienteraient progressivement les jeunes hommes vers certains contenus. "S’ils recherchent par exemple des vidéos sur le fitness ou les jeux vidéo, l’algorithme leur proposera en moins d’un quart d’heure des contenus misogynes, masculinistes et antiféministes", affirme-t-elle.

Des influenceurs issus de la "manosphère" exploitent ces frustrations en proposant des formations, des podcasts ou des contenus autour de la notion de "vraie masculinité".

Selon la chercheuse, ces discours ne nuisent pas seulement aux femmes, mais aussi aux hommes eux-mêmes. "Les hommes aussi peuvent se retrouver enfermés dans des rôles très rigides : on attend d’eux qu’ils soient forts, qu’ils ne montrent pas leurs émotions et qu’ils assurent le rôle de principal soutien financier du foyer", souligne Cecil Meeusen.

Qu'est-ce que la manosphère ?

La "manosphère "désigne une nébuleuse de communautés en ligne promouvant un masculinisme antiféministe et des stéréotypes de genre toxiques. Elle rassemble des groupes comme les incels (célibataires involontaires) ou les mâles alpha, qui ciblent les jeunes hommes en leur vendant une vision de la domination masculine. Sur les réseaux sociaux certaines communautés extrêmes prônent une haine ouverte des femmes, blâmes celles-ci pour leurs frustrations personnelles ou sentimentales, et peuvent justifier le harcèlement, voire la violence physique. 

Le langage

Le thème sans doute le plus polarisant de l’enquête concerne le langage. La question de savoir s’il faut utiliser des pronoms neutres pour désigner les personnes non binaires divise les répondants en deux camps presque égaux. Le soutien à ces nouveaux pronoms est aussi important que le rejet qu’ils suscitent.

Même parmi les personnes qui affirment accepter la diversité de genre, beaucoup reconnaissent avoir des difficultés à adapter leur propre langage.

Éducation scolaire

Pour favoriser une meilleure compréhension de ces questions, la sociologue Cecil Meeusen estime qu’il est important d’aborder ces sujets dès le plus jeune âge. Elle souligne le rôle essentiel de l’école, même si le sujet reste sensible.

"Les écoles doivent dispenser une éducation relationnelle et sexuelle. Il est prouvé que cela aide, notamment dans la prévention des comportements transgressifs. Mais nous constatons que les enseignants sont de plus en plus réticents à aborder ces questions, parce qu’ils perçoivent eux-mêmes à quel point le sujet est devenu polarisant parmi les élèves", explique-t-elle.

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