Oubliez le Moyen Âge obscur : au tout nouveau centre d’art BRUSK à Bruges (Flandre occidentale) qui ouvrait ses portes au public ce 8 mai, vous découvrirez à quel point la ville était ouverte et internationale à cette époque de l’histoire. Outre la prestigieuse exposition historique intitulée "Breedbeeld " (ce qui signifie ‘écran large’ en français) qui offre une perspective surprenante, BRUSK propose également de découvrir l'art hypermoderne de l'intelligence artificielle (IA) avec l’exposition "Latent City ".
Le BRUSK ouvre ses portes à Bruges avec une vision large du Moyen Âge et de l'intelligence artificielle dans l'art
La ville de Bruges attendait avec impatience l'ouverture du nouveau centre d'art BRUSK, un impressionnant édifice muséal à la pointe de la technologie. C’est chose faite depuis ce vendredi 8 mai. L’imposant bâtiment de béton, d'acier et de verre, vert foncé, est situé en plein cœur de la ville historique, dans le quartier des musées de Groeninge et Gruuthuse. Le BRUSK est discret : on ne le voit pas de loin et on y accède par un chemin étroit. Le centre d’art privilégie la durabilité intégrale, l'innovation architecturale et l'harmonie.
Les architectes Robbrecht & Daem et Olivier Salens ont installé les deux immenses espaces d'exposition (20 x 40 et 40 x 40 mètres) au premier étage. Le rez-de-chaussée, lumineux et ouvert, sera toujours librement accessible au public. Dans la cage d'escalier (Scala Grande), l'artiste française Laure Prouvost a récemment réalisé des fresques monumentales en 4 volets, une œuvre baptisée ‘The Whispering Walls Rêve’ (Les Murs murmurants. Rêve).
"C’est un vieux rêve qui devient réalité", déclarait ce vendredi le bourgmestre de Bruges, Dirk De fauw. Pourquoi ce centre d’art était-il nécessaire ? Avec Groeninge, Gruuthuse ou le site de l’ancien hôpital Saint-Jean (Oud Sint-Jan), Bruges ne manque pourtant pas de musées !
"Ces musées possèdent des collections permanentes et peu d’espace pour les expositions temporaires. Si des expositions sont organisées malgré tout, les œuvres anciennes ou les Primitifs flamands doivent être temporairement entreposés." C’est loin d’être idéal. BRUSK veut y offrir une solution.
Un financement supplémentaire de la Communauté flamande
Le nouveau centre d’art a coûté un peu moins de 40 millions d’euros, précise Dirk De fauw : 60 % de cette somme proviennent de la Communauté flamande, le reste de la ville de Bruges. La ministre régionale de la Culture, Caroline Gennez, débloque actuellement des fonds supplémentaires.
"Nous avons déboursé 27,5 millions d’euros pour le BRUSK et nous investissons maintenant 10 millions d’euros supplémentaires dans le réaménagement du site extérieur, afin de créer un lien avec le musée classique Groeninge", expliquait Caroline Gennez. Les fonds serviront notamment à la rénovation complète du musée Groeninge. Ce dernier fermera d’ailleurs ses portes pendant plusieurs années. Pendant cette période, ses pièces maîtresses seront exposées au musée BRUSK voisin.
Nous ouvrons de nouvelles perspectives
Peter Frankopan, conservateur de l’exposition "Breedbeeld"
Le nouveau centre d'art ouvre ses portes avec deux expositions simultanées : on peut ainsi passer du Moyen Âge à l'ère de l'intelligence artificielle. "Breedbeeld ", une prestigieuse exposition historique, revisite l'image de Bruges. "Votre perspective détermine votre vision des choses", explique Peter Frankopan dès l'entrée.
Professeur d'histoire mondiale à l'Université d'Oxford, auteur de best-sellers historiques et commissaire de cette exposition, Peter Frankopan invite personnellement les visiteurs à porter un regard neuf sur le monde : "L’exposition est stimulante sans être agressive. Nous n'allons pas contredire les idées reçues, mais ouvrir de nouvelles perspectives", confiait-il à VRT NWS.
"Breedbeeld" met en lumière les ramifications internationales de Bruges au Moyen Âge, de 900 à 1550. Non pas de manière chronologique, mais thématique. L’exposition explore la mer du Nord, la Méditerranée, le Proche-Orient, le monde chrétien et les expéditions lointaines. "Nous adoptons une perspective différente", explique la commissaire d'exposition Sibylla Goegebuer. "Comment le monde perçoit-il Bruges ? Nous montrons tous ces liens entre les personnes, les objets et les idées au Moyen Âge."
"Bruges n'a jamais été la plus grande ville d'Europe, la capitale d'un empire, ni la ville d'une cour impériale. Pourtant, rares sont les villes aussi intimement liées au reste du monde", constate Frankopan. Il énumère aussitôt plusieurs exemples : "Bruges a conservé pendant des siècles le sceau de sainte Brigitte, patronne de l'Irlande" (une relique se trouve dans la cathédrale Saint-Sauveur). "Bruges était également étroitement liée à la couronne d'Angleterre. Des Flamands sont devenus empereurs à Constantinople”.
Les Açores, les "îles flamandes"
L'eau y jouait un rôle primordial. Bruges était un port d'envergure internationale. "De là, les prédicateurs partaient pour les pays baltes. Via Venise – la Bruges du Sud –, la Méditerranée orientale était explorée, ainsi que plus loin encore l'océan Atlantique. Ce n'est pas un hasard si les Açores sont appelées les "îles flamandes", car elles furent en partie colonisées par des populations originaires de notre région."
L'exposition présente une carte illustrant ces "Açores flamandes". De nombreux trésors cartographiques provenant de bibliothèques étrangères y sont exposés, tels que la Tabula Rogeriana, un atlas du monde du prince sicilien Roger réalisé par le géographe arabe al-Idrissi au 12e siècle.
"Breedbeeld" rassemble quelque 250 objets : des manuscrits, objets du quotidien, vestiges archéologiques, gravures, tapisseries et peintures. De Turin provient le chef-d'œuvre "La Passion du Christ" de Hans Memling, représentant la silhouette de Jérusalem. On peut également admirer deux remarquables portraits d'État de sultans ottomans, provenant de musées de Vienne et de Londres.
Divers objets font référence à Anselm Adornes, l'homme d'affaires brugeois qui effectua un pèlerinage en Terre sainte. L'impact de ce voyage est encore visible aujourd'hui dans sa chapelle de Jérusalem à Bruges. Le musée BRUSK expose, entre autres, une croix en argent et un reliquaire d'une finesse exquise. Adornes était l'archétype de l'homme cosmopolite médiéval, un homme du monde.
Même les plus petits objets racontent une histoire fascinante. La conservatrice Sibylla Goegebuer montre une épingle à cheveux : "En partie en bois, elle est ornée d’un motif animalier dans une petite tête. Son design indique qu’elle n’a pas été fabriquée ici. Elle renferme une petite pierre d’Extrême-Orient, d’Inde plus précisément, et date d’une époque ancienne, autour des années 500-600. Cela signifie que Bruges jouissait déjà d’une certaine importance à cette époque pour la circulation de ce genre d’objets."
De jeunes Brugeois ont puisé leur inspiration dans ces trésors. Leurs huit courts métrages sont présentés dans une installation spéciale de l’exposition.
Moulins et cygnes de Bruges en version IA
La deuxième exposition, intitulée "Latent City ", rend en quelque sorte visible ce qui vit sous terre à Bruges. L'artiste turco-américain Refik Anadol, qui a travaillé au MoMA de New York, collecte des données : des données historiques, mais aussi des informations actuelles sur la ville où il travaille.
Anadol exploite ensuite ces données grâce à diverses applications d'intelligence artificielle. Il en résulte une installation vidéo immersive et saisissante, débordante de couleurs. On y reconnaît par moments des éléments familiers, comme notamment les ailes d'un moulin de Bruges.
Informations pratiques : BRUSK ouvre ses portes avec BRUSK FEST , un week-end festif ces samedi 9 et dimanche 10 mai. Il s’agit d’un festival de la ville proposant de nombreuses activités, y compris dans le quartier du Dijver et ses environs. La VRT sera également présente avec des retransmissions en direct .


