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Un petit nombre de chirurgiens en Flandre pratiquent des opérations du dos inutiles avec parfois de lourdes conséquences

Un petit nombre de chirurgiens en Flandre pratiquent des opérations du dos inutiles afin d’en tirer des profits financiers. C’est ce que révèle une enquête du magazine d’investigation Pano (VRT). Des patients témoignent avoir été effrayés par leur médecin afin d’être opérés le plus rapidement possible, parfois même sans examen physique préalable. "C’est criminel", estime le spécialiste de la douleur Bart Morlion (UZ Leuven).

Eric Steffens
Publié:

Des opérations du dos sont-elles pratiquées inutilement simplement pour en tirer beaucoup d’argent ? Le magazine Pano a interrogé des dizaines de patients et de médecins qui confirment qu’il existe en Flandre des chirurgiens du dos qui opèrent beaucoup trop rapidement.

"Chaque semaine, nous voyons des patients pour lesquels nous nous demandons vraiment pourquoi ils ont été opérés", explique le professeur Bart Morlion, responsable de la clinique de la douleur à l’UZ Leuven. "Nous constatons que cela provient très souvent d’un petit nombre de chirurgiens du dos dans ce pays, qui opèrent leurs patients sans retenue, sans les examiner d’abord de manière approfondie."

Un journaliste infiltré

Pano a voulu vérifier sur le terrain. Le journaliste Hans, un quadragénaire souffrant de maux de dos — un problème fréquent chez de nombreux Flamands — s’est rendu incognito en consultation. Il l’a fait auprès d’un médecin dont des collègues chirurgiens avaient confié à Pano qu’il opérait trop rapidement.

Le médecin est resté tout le temps à son bureau, a immédiatement parlé de vis à placer et a minimisé les risques. Il a demandé de réaliser un scanner supplémentaire, avec lequel Hans est d’abord allé voir un autre médecin : le Dr Geert Mahieu, chirurgien du dos à l’AZ Monica et président d’une association professionnelle de chirurgiens du dos.

Après un examen clinique du dos et l’analyse des scanners, le Dr Mahieu est catégorique : une opération aurait eu peu d’effet et est donc déconseillée. Mais le premier chirurgien a une toute autre opinion : il lui suffit de quelques minutes pour décider que des vis doivent être placées dans le dos de Hans. Un examen physique du dos lui semble inutile.

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Un extrait du reportage de Pano

"Je vois régulièrement des patients très surpris lorsque je leur demande de se déshabiller pour procéder à un examen clinique complet", explique le professeur Bart Morlion. "Ils me disent alors que je suis le premier à leur demander cela. Parfois, ce sont des patients qui ont déjà subi une chirurgie du dos. Cela me met en colère. Il est criminel de proposer une intervention à un patient sans avoir d’abord réalisé un examen complet."

La recherche du profit

Le docteur Geert Mahieu connaît lui aussi les récits de chirurgiens du dos qui pratiquent des opérations inutiles. Mais il souligne qu’il s’agit d’une minorité. "Je suis persuadé que l’écrasante majorité des médecins ne réalise ce type d’opération que parce qu’ils sont convaincus de son utilité."

"Y a-t-il des individus qui n’opèrent que pour gagner de l’argent ? C’est certainement possible", admet Geert Mahieu. "Comme dans toute profession, il y a des personnes qui pensent pouvoir contourner les règles par appât du gain."

Ce sont des personnes qui n’ont pas leur place dans la médecine, estime-t-il. "Si quelqu’un en venait à détruire une vie pour de l’argent, ce serait écœurant. Lorsqu’il est démontré qu’un médecin a sciemment causé un préjudice à un patient, c’est criminel."

Les infiltrations sont peu efficaces

Le nombre d’opérations du dos reste stable depuis des années, autour de 40.000 par an. Mais de plus en plus de patients souffrant du dos subissent ce que l’on appelle des traitements par infiltration. Il s’agit d’une injection dans le dos, (souvent près des nerfs ou des articulations rachidiennes),visant à soulager la douleur.

Une vaste étude de synthèse publiée dans la prestigieuse revue médicale BMJ (British Medical Journal) a révélé en 2024 qu’il existe peu de preuves que les traitements par injections soient réellement efficaces à long terme contre les douleurs lombaires chroniques.

"La conclusion était plutôt décevante", explique Bart Morlion. "L’étude a montré que, lorsqu’on examine des dizaines de milliers de patients, il existe à peine des preuves que ces injections soulagent réellement la douleur." Bart Morlion souligne toutefois que ces traitements peuvent, dans certains cas, être très utiles. "Le problème, c’est qu’ils sont utilisés de manière beaucoup trop large. On a tendance à recourir immédiatement à des infiltrations dans le dos en cas de lombalgie."

Des traitements sont souvent proposés qui ne sont pas toujours efficaces, mais qui sont financièrement plus intéressants pour le médecin.

Bart Morlion, spécialiste de la douleur (UZ Leuven)

Mais de nombreux médecins qui administrent ces infiltrations critiquent la manière dont l’étude a été menée. Selon eux, elle regroupe trop de traitements et de patients différents, ce qui fait perdre de vue la nuance selon laquelle les injections peuvent être utiles dans certains cas, lorsqu’elles sont appliquées de manière très ciblée.

Pour les médecins et les hôpitaux, cela représentent toutefois une différence financière importante : "une consultation rapporte 33 euros, tandis que les infiltrations peuvent rapporter rapidement 10 à 20 fois plus. Cela influence les traitements proposés aux patients", avertit Bart Morlion.

"Un médecin peut alors facturer, en une heure, non pas 33 euros mais plusieurs centaines d’euros, voire peut-être des milliers d’euros selon le rythme. Les patients doivent donc être conscients que des traitements à faible valeur ajoutée sont souvent proposés parce qu’ils sont financièrement plus intéressants pour le praticien concerné que les soins standards recommandés par les directives actuelles."

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