A l’occasion de son 10e anniversaire, le Design Museum Brussels – voisin de l’Atomium auquel notamment il doit sa création – propose encore jusqu’au 20 septembre prochain "Designing Childhood", une exposition originale et ludique qui explore l’évolution du design destiné aux enfants à travers le 20e et le 21e siècles, de l’Art nouveau jusqu’à nos jours. Il s’agit d’une collaboration avec le Musée national d’art moderne Centre Pompidou, qui avait proposé à Paris en 2024 une exposition sur "Un siècle de design pour enfant". Elle permet au musée bruxellois d’exposer des trésors de sa propre collection de mobilier pour enfants, depuis des cadres pour affiches de chambre d’enfant de Gustave Serrurier-Bovy (vers 1900) jusqu'à la chaise Charlie et la table Luisa en plastique recyclé du duo anversois ecoBirdy (2018). L’occasion aussi de lancer une série de podcasts sur des figures du design à Bruxelles.
En collaboration avec le Centre Pompidou de Paris, le Design Museum Brussels explore "Une histoire du design pour enfant"
Le mobilier pour enfant a profondément marqué l’histoire du design au 20e siècle. Loin de se résumer à une miniaturisation du mobilier pour adultes, il est un terrain d’expérimentation et d’innovation, influencé par une vision nouvelle de l’enfant et de sa place dans la famille et la société, par de nouvelles philosophies pédagogiques (Decroly, Fröbel et Montessori notamment), mais aussi par les avancées technologiques (comme l’apparition du plastique). Le design pour enfants se caractérise par sa dimension ludique et sa polyvalence, par une démocratisation progressive dès les années 1960 et une attention croissante vers le début du 21e siècle à l’inclusion et à des matériaux plus écologiques.
Si l’histoire du design pour enfant en Belgique reste encore à écrire - comme le souligne le directeur du Design Museum Brussels, Arnaud Bozzini -, l’exposition permet d’en découvrir de nombreux trésors provenant des collections du musée mais aussi de collections privées, à côté des objets issus du Centre Pompidou. L’exposition débute d’ailleurs avec deux cadres Art nouveau pour affiches de chambre d’enfant (Morning et Night) de l’architecte et décorateur liégeois Gustave Serrurier-Bovy (1858-1910), pour se tourner ensuite vers une chambre pour enfant du Français Pierre Chareau (1923) qui comprend une table en bois munie de paniers pour contenir des jouets (photo).
On découvre ensuite des dessins du couple franco-belge formé par René Baucher et Sylvie Feron (1898-1984) qui ont imaginé des chambres aux surfaces laquées, couleurs claires et géométries sobres qui permettaient aux enfants d’expérimenter. Tout y est, jusqu’au papier peint. Ces projets côtoient notamment une chambre conçue par le menuisier et designer allemand Erich Dieckmann (1896-1944), l’un des principaux représentants de l’école d’art et d’architecture Bauhaus à Weimar.
Le renouveau du mobilier scolaire
Vient ensuite toute une section consacrée au renouveau des équipements scolaires dès les années 1930, avec des chaises et bancs en bois et métal plus pratiques et ergonomiques des Français Eugène Elie Beaudouin et Marcel Lods (1937) et Jean Prouvé (1946), des Finlandais Aino et Alvar Aalto (1940) ou des Américains Ray et Charles Eames (1944). C’est aussi l’époque où les chambres pour enfants s’équipèrent d’un coin pour l’étude, à un bureau.
Au lendemain de la Seconde Guerre Mondiale, l’architecte Lucien Engels (1928-2015) originaire de Vilvorde conçut la maison de vacances Emile Vandervelde 2 pour les Mutualités socialistes à Oostduinkerke, destinée aux séjours d’enfants au littoral. Du bâtiment moderniste au mobilier, tout respire une joie ludique. Quant au Belge Jules Wabbes (1919-1974), il réalisa vers 1963 une chambre pour enfant en bois blanc, simple et pratique, habité d’une volonté de démocratisation du mobilier pour enfants.
Les années 1960 assistèrent aussi à l’essor des polymères. L’entreprise Meurop créée à Genk (Limbourg) en 1958 fut une pionnière de la production en série, réalisant des meubles en plastique moulé modernes, légers, flexibles et financièrement abordables. L’exposition regorge d’ailleurs d’exemples de chaises-coques colorées, de modules empilables, de jouets et d’ensembles ludiques en plastique, de créateurs tels que Luigi Colani (1971) en Allemagne, Studio 65 et Centrokappa en Italie, et même Marianne et Knut Hagberg qui ont travaillé pour le magasin suédois Ikea (1987). Cette foison d’objets en plastique rappelle notamment que le Design Museum Brussels a vu le jour il y a 10 ans après que l’Atomium voisin se soit vu offrir une importante collection d’objets : la Plastic Design Collection.
De l’objet pop à l’environnement
Il faudra attendre le début des années 2000 pour que le mobilier pour enfants attire à nouveau l’intérêt des designers. Comme en témoigne la lampe veilleuse à abat-jour phosphorescent de 2004 de Nathalie Dewez (1974°), sur le thème d’ombres chinoises. La Belge renouvelle la poésie du design pour enfant à l’aide de la lumière (photo en haut à dr.).
Grâce aussi à une scénographie épurée, ludique et basée sur la réutilisation de matériaux, le musée bruxellois souligne ainsi la vitalité du design en Belgique, attentif aux besoins des enfants, intégrant les enjeux pédagogiques et écologiques, comme les initiatives contemporaines du duo anversois Vanessa Yuan et Joris Vanbriel qui a créé la marque ecoBirdy, dont sont présentés la chaise Charlie et la table Luisa en ecothylène (au centre de la photo, en tons gris), un matériau issu du recyclage de jouets récupérés. Ces meubles datant de 2018 sont non seulement ergonomiques et durables, mais aussi pédagogiques.
Après s’être imposé dans l’intérieur domestique, le mobilier pour enfant est devenu aujourd’hui un terrain de jeu privilégié pour les designers qui s’intéressent aux enjeux de l’éducation et d’inclusivité, pour créer un environnement propice au développement de la créativité.
Un podcast et un livre sur le design belge
Le Design Museum Brussels profite de cette nouvelle exposition pour s’associer à l’organisation Bruxelles Nous Appartient – Brussel Behoort Ons Toe (BNA-BBOT) et lancer une série de podcasts dédiés aux figures et aux voix qui ont marqué le design belge. Depuis plus de 20 ans, l’association rassemble en effet témoignages, conversations, chants, monologues et paysages sonores pour contribuer à la mémoire publique et multilingue de la capitale.
Le premier épisode était consacré à l’illustratrice et designer textile Marie Wabbes (née Marie-Louise Paquay) qui collabora dès 1930 et pendant 25 ans avec le célèbre magasin pour enfants Dujardin, pour lequel elle dessina des motifs de tissus qui ont été vendus en Belgique mais aussi à New York et au Japon.
Ce podcast enrichit l’exposition d’un éclairage supplémentaire sur les créateurs et créatrices qui ont contribué à façonner l’univers visuel et matériel des enfants, dans le contexte plus large du design en Belgique.
A noter aussi que paraitra le 12 mai 2026 chez CFC Éditions un petit livre intitulé "Designing Childhood. Le mobilier pour enfant", dirigé par Marie-Ange Brayer, conservatrice en chef du département design du Centre Pompidou à Paris, et Arnaud Bozzini, directeur du Design Museum Brussels. Cet ouvrage trilingue français, néerlandais, anglais présente une sélection de pièces emblématiques de l’histoire du mobilier pour enfants exposées à Bruxelles.
L’exposition "Designing Childhood. Une histoire du design pour enfant " est à voir au Design Museum Brussels encore jusqu’au 20 septembre 2026. Adresse : Place de Belgique à 1020 Bruxelles.

