Il y a aujourd’hui plus de femmes qui travaillent en Belgique qu’il y a dix ans. Pourtant, cette progression est plus lente que dans le reste de l’Europe. Résultat : notre pays perd du terrain, selon une étude de l’Université de Gand (UGent). "Les carrières des hommes et des femmes évoluent de manière similaire… jusqu’à l’arrivée des enfants", explique le professeur Stijn Baert. La solution avancée serait le crédit familial ou sac à dos de congés par enfant.
Plus de femmes travaillent en Belgique, mais le pays avance moins vite que ses voisins européens : pourquoi ?
D’après une étude de l’UGent, le taux d’emploi des femmes en Belgique a augmenté au cours de la dernière décennie. Toutefois, cette évolution ne suit pas le rythme des autres pays européens. En 2015, le taux d’emploi des femmes en Belgique atteignait 63 %, soit le même niveau que la moyenne européenne à l’époque.
"Aujourd’hui, cette moyenne européenne est passée à 71 %, tandis que la Belgique plafonne à 69 %", précise Stijn Baert, professeur d’économie du travail à l’Université de Gand, dans l’émission De Ochtend sur Radio 1.
Cette progression plus lente n’est pas sans conséquence. "Nous étions déjà en retard en ce qui concerne l’emploi des hommes, mais grâce aux femmes, nous parvenions à rester globalement dans la moyenne européenne. Aujourd’hui, le retard devient significatif."
Aux Pays-Bas, travailler, même une heure, est immédiatement rentable. Chez nous, cela entraîne souvent la perte de nombreux avantages.
Stijn Baert, Professeur à l'UGent
Plusieurs facteurs expliquent cette situation, notamment la fiscalité élevée sur les salaires. "Une femme seule ou avec enfants qui travaille à temps partiel aux Pays-Bas est beaucoup plus souvent inactive en Belgique. Aux Pays-Bas, travailler, même une heure, est immédiatement rentable. Chez nous, cela entraîne souvent la perte de nombreux avantages."
Par ailleurs, la Belgique était autrefois en avance sur les pays d’Europe de l’Est et du Sud en matière d’émancipation féminine. "Comme ces pays nous rattrapent, nous avons perdu cet avantage au cours des dix dernières années."
Le faible taux d’emploi des personnes de nationalité hors Union européenne joue également un rôle important, en particulier chez les femmes. "Les femmes migrantes hors UE présentent un taux d’inactivité très élevé. Cela s’explique par des discriminations, mais aussi par le niveau de formation et certains choix socio-culturels."
La solution : le crédit familial ou le sac à dos de congés ?
Une raison majeure explique toutefois pourquoi certaines femmes travaillent moins ou quittent le marché du travail : l’arrivée des enfants. "Les carrières des hommes et des femmes évoluent de manière parallèle, jusqu’à ce que des enfants entrent en jeu. Les responsabilités familiales reposent alors davantage sur les femmes, beaucoup moins sur les pères."
"Les femmes indiquent elles-mêmes qu’elles ralentissent leur carrière ou optent pour un temps partiel après la naissance d’un enfant. Cela relève d’un choix personnel. En revanche, le prolongement automatique du congé de maternité en cas de maladie de l’enfant ne relève pas d’un choix, et c’est problématique."
Ce phénomène n’est pas propre à la Belgique. Une solution envisagée pour briser ces schémas traditionnels est le crédit familial ou sac à dos, inspiré du modèle scandinave. "L’idée est de regrouper tous les types de congés — maternité, paternité, parental — dans un système unique. Les grands-parents pourraient également y être intégrés. Cette proposition, poursuit la volonté d’encourager une répartition plus égalitaire entre les parents. Cela permettrait une véritable réflexion au sein des familles sur la répartition des responsabilités.
Le gouvernement fédéral étudie depuis un certain temps la mise en place de ce dispositif, notamment dans le cadre des mesures budgétaires. "J’espère que cette réforme verra rapidement le jour. Il n’y a aucune raison d’attendre."
La garde d’enfants, un enjeu clé
Autre obstacle important : le manque de places dans les crèches. Là encore, les pays scandinaves servent de référence. "Une autre étude montre que femmes et hommes seraient prêts à accepter une baisse de salaire si leur employeur proposait des solutions de garde d’enfants."
Les entreprises pourraient, par exemple, adapter les horaires de travail à ceux des structures d’accueil. "Il serait aussi intéressant que les employeurs mettent en place leur propre système de garde, financé en échange d’une partie du salaire brut."
"On peut comparer cela à une voiture de société. Ce type de dispositif permettrait de réduire les obstacles pour les femmes avec enfants et de faciliter leur accès au marché du travail."
