Environ 17.000 enfants grandissent en Belgique avec un parent, ou les deux, en détention mais il n'existe toutefois pas de recensement systématique de ce groupe. C’est ce qui ressort d'une étude menée, notamment, par des chercheurs de la VUB. En conséquence, les responsables politiques et les professionnels de l'aide sociale "n'ont pas une vision suffisamment claire de leur nombre et de leurs besoins", estime, entre autres, le Kinderrechtencommissariaat, le Commissariat aux droits de l'enfant en Flandre.
Environ 17.000 enfants grandissent avec un parent en prison mais leurs besoins restent méconnus
La détention d'un parent, ou des deux, peut avoir beaucoup d'impact sur le bien-être, le développement et les droits des enfants, selon l'étude de la VUB.
L'incarcération d'un parent est un événement bouleversant pour les enfants, qui sont alors confrontés à un mélange de sentiments : le manque, la tristesse, la honte, la colère, la peur et la confusion. Les enfants peuvent également rencontrer des difficultés à l'école et dans leurs relations sociales tandis que la situation financière de leur famille peut empirer, avec des conséquences sur leurs conditions de vie.
"Tout a commencé alors que je me rendais à la voiture avec mon papa"
L’un de ces enfants, une fillette de 9 ans, a expliqué à la VRT, ce que c’est de vivre avec son père en prison. "Tout a commencé alors que je me rendais à la voiture avec mon papa", explique-t-elle. "Ma maman et mon frère étaient déjà dans la voiture, et mon papa et moi allions nous installer. Soudain, un policier s’est approché de ma fenêtre et a dit que papa devait l’accompagner. À ce moment-là, c’était très difficile pour moi, et très triste aussi".
La fillette raconte qu’elle faisait beaucoup de choses avec son père : nager, dessiner, aller à l’école. Depuis qu’il est en prison, elle ne le voit plus que le samedi, lors des visites. "Quand la porte s’ouvre, je lui saute dans les bras. Il me demande alors ce que je fais à l’école et ce que je vais faire pendant les vacances. J’ai toujours quelque chose à lui raconter", confie-t-elle.
"Je pense qu’il trouve ça parfois difficile sans nous. Il ne peut pas me faire un câlin ou un bisou avant d’aller dormir." La fillette confie qu’elle ignore la raison pour laquelle son père est incarcéré.
Pour une approche davantage axée sur l'enfant
Un soutien et un accompagnement apportés en temps utile peuvent considérablement limiter cet impact, estiment les chercheurs. Pour cela, il est nécessaire de rendre ces enfants plus visibles aux yeux des décideurs politiques.
Parmi les solutions avancées, les chercheurs plaident pour des informations claires et honnêtes, adaptées à l'âge, concernant l'incarcération. Des possibilités de visite adaptées aux enfants sont également importantes. Les initiatives existantes dans les prisons diffèrent toutefois fortement d'un établissement à l'autre: dans certains cas les visites peuvent faire l'objet d'un accompagnement chaleureux tandis que dans d'autres, elles peuvent être formelles et se dérouler dans des espaces peu adaptés aux enfants. C'est pourquoi le Commissariat aux droits de l'enfant et d'autres partenaires plaident en faveur de "l'adoption d'une approche davantage axée sur l'enfant".
Le soutien aux enfants n'est pas non plus toujours offert de façon proactive, "alors que cela est crucial". Ce soutien manque de coordination et dépend souvent d'initiatives locales.
Selon les estimations des chercheurs, 9.000 enfants sont concernés en Flandre et 8.000 en Wallonie et à Bruxelles.

