Au cours des cinq dernières années, au moins 26 armes à feu, des dizaines de gilets pare-balles et des centaines de cartes de légitimation ont été perdus ou volés au sein de la police. C’est ce qui ressort d’une enquête de VRT NWS. Le nombre réel pourrait être plus élevé, mais en raison de la tenue de registres insuffisante, la police ne peut affirmer avec certitude la quantité de matériel disparu, sa destination, ni s'il a été retrouvé.
Des dizaines d’armes à feu disparues au sein de la police en cinq ans, sans suivi centralisé
Combien d’armes de service ont été volées ou perdues au sein de la police au cours des cinq dernières années ? Cette question, en apparence simple, trouve son origine dans la disparition mystérieuse d’un fusil d’assaut de type FN SCAR appartenant à la police fédérale dans une caserne à Etterbeek, le 6 mars 2025. Il a fallu plusieurs mois à la cellule d’investigation de VRT NWS pour tenter d’y répondre, une démarche qui s’est révélée particulièrement laborieuse.
Un service d’inspection interne a examiné les circonstances de cette disparition et en a tiré des conclusions sévères. Selon un rapport confidentiel obtenu par VRT NWS, il est impossible de déterminer s’il s’agit d’une perte ou d’un vol. Le document pointe également de sérieux risques en matière de sécurité, de fonctionnement et d’image.
D’autres armes à feu ont-elles disparu ?
Après de longues sollicitations, la police fédérale a fini par indiquer qu’elle ne pouvait "pas obtenir de chiffres" à ce sujet et qu’"il n’était pas certain que ces données soient centralisées". Une réponse étonnante, puisque des questions écrites posées à la Chambre montrent que les vols commis dans des bâtiments ou des véhicules de police sont bel et bien enregistrés de manière systématique, dans au moins deux bases de données distinctes.
VRT NWS a donc de nouveau demandé ces données à la police fédérale, mais la requête a été refusée. "Après une vérification interne, nous ne pouvons pas communiquer de chiffres", affirme-t-elle. Ce n’est qu’à la mi-avril — soit plus de trois mois après la demande de VRT NWS — que la police a finalement transmis des données incomplètes.
Davantage d’armes disparues à la police locale
Les armes disparaissent davantage au sein de la police locale que de la police fédérale. Dans la police locale, 14 armes à feu ont été égarées et 4 ont été volées. Au niveau de la police fédérale, 8 armes à feu ont été perdues. Aucune arme n’est enregistrée comme ayant été volée.
Perdues ou volées ?
Détail important : la police détermine elle-même si une disparition est classée comme "perte" ou "vol". Et un seul procès-verbal ne correspond pas nécessairement à une seule arme disparue : il peut en contenir plusieurs.
Personne ne sait exactement combien d’armes ont disparu. Le problème est plus important qu’on ne le pense.
Le député fédéral Matti Vandemaele (Groen)
Les 26 "armes à feu disparues" pourraient donc constituer une sous-estimation importante. Des sources internes à la police interrogées par VRT NWS contestent d’ailleurs ces chiffres. Le député fédéral Matti Vandemaele (Groen) se montre également critique : "J’ai soumis ces chiffres à mes contacts au sein de la police. Selon eux, ils ne peuvent pas être corrects. Un seul PV peut concerner plusieurs armes à feu. Personne ne sait exactement combien d’armes ont disparu. Le problème est plus important qu’on ne le pense, et l’information n’est pas partagée de manière transparente."
174 matraques disparues
Les données de la police fédérale montrent également que d’autres équipements, matériels et armes non létales disparaissent.
Ainsi, entre 2021 et 2025, 174 matraques, 467 cartes de légitimation et 57 appareils de communication — tels que des radios — ont été perdus ou volés.
48 ou 74 gilets pare-balles ?
D’autres parlementaires ont déjà demandé ces chiffres par le passé. En 2024, la députée fédérale Barbara Pas (Vlaams Belang) a interrogé l’ancienne ministre de l’Intérieur Annelies Verlinden (CD&V) sur les pertes de matériel policier entre 2020 et 2023.
Il ressort de la réponse que 74 gilets pare-balles ont été "volés". Étrange, puisque selon les chiffres de l’actuel ministre, seuls 48 gilets pare-balles auraient disparus.
Il y aurait donc, selon les données de Barbara Pas, beaucoup plus de gilets volés entre 2020 et 2023 que de gilets disparus selon les chiffres de Vandemaele pour la période 2021-2025. "C'est préoccupant", estime-t-elle. "D’autant plus que du matériel policier est souvent retrouvé lors de perquisitions chez des individus mal intentionnés."
Elle plaide donc pour des chiffres plus transparents et plus fiables. "Plus il y a de données, mieux c’est", affirme-t-elle. "Lorsque nous demandons des chiffres, il n’y a même pas de distinction entre l’armée et la police. Avec davantage de détails, on pourrait mieux traiter le problème."
Peu de visibilité côté Justice
Mais combien de ces armes disparues sont finalement retrouvées ? Et combien d’enquêtes judiciaires sont ouvertes pour des vols d’armes de police ?
Le parquet fédéral renvoie vers les 14 parquets du pays, car les procès-verbaux relatifs aux armes de police disparues sont traités au niveau de chaque arrondissement judiciaire.
Des données difficilement exploitables
Une demande écrite auprès des différents parquets n’a apporté que très peu de réponses. Le parquet de Bruxelles a expliqué pourquoi il était impossible de fournir une réponse précise : "De tels dossiers ne disposent pas d’un code ou d’une étiquette spécifique. Il est donc impossible de rechercher le nombre de dossiers concernant la disparition ou le vol d’une arme de service", explique la porte-parole Laura Demullier.
Les autres parquets tiennent des propos similaires : "impossible de relier les dossiers de manière spécifique" ou encore "ces données ne sont pas consultables".
Un procès-verbal relatif à un vol ou une disparition d’arme reçoit généralement un "code 36". Mais pour savoir s’il s’agit spécifiquement d’une arme de service de la police, il faut lire l’intégralité du PV, car les classifications ne sont pas suffisamment explicites.
Il subsiste donc une grande zone d’ombre.
La police ne tient pas de chiffres détaillés sur le nombre exact d’armes à feu disparues, et il n’est pas toujours possible de déterminer s’il s’agit d’un vol ou d’une perte accidentelle. Cela rend impossible, pour la justice, de savoir précisément où pourraient réapparaître d’éventuelles armes de police volées.
