En 2025, 23 % des Bruxellois étaient menacés de pauvreté, contre 7 % des habitants en Flandre et 13 % en Wallonie. C’est ce que révèle le Baromètre du bien-être 2025 de l’Observatoire de la santé et du bien-être. Parallèlement, le nombre de personnes vivant dans une extrême pauvreté à Bruxelles a augmenté de plus de 25 % en deux ans.
La précarité augmente en Région bruxelloise: 23% des habitants sont menacés de pauvreté
D’après l'Observatoire de la Santé et du Social à Bruxelles, qui constitue le service d'études de Vivalis, la Région centrale concentre les communes les plus pauvres du pays, une partie importante de la population y est faiblement scolarisée, la pauvreté touche un enfant sur trois, et les problèmes de logement et de santé mentale s'accentuent.
La pauvreté à Bruxelles n'est pas un élément neuf. En 2023, le risque de pauvreté touchait même 28% de la population vivant sous ce seuil. Toutefois, selon Marion Englert qui coordonne le Baromètre, l'évolution de ce chiffre doit être fortement relativisée: elle se situe à l'intérieur de la marge d'erreur statistique, et plusieurs autres indicateurs, notamment en matière de dépenses, qui ne sont pas pris en compte dans le calcul du seuil de pauvreté, pointent une dégradation de la situation.
Le baromètre 2025 indique notamment qu’au sein de la capitale les taux de pauvreté varient du simple au triple entre les communes les plus aisées et les plus pauvres. Six des dix communes aux revenus les plus modestes en Belgique s'y trouvent, à savoir Saint-Josse, Molenbeek, Anderlecht, Koekelberg, Schaerbeek et la Ville de Bruxelles.
Revenu d’intégration sociale
Au 1er janvier 2025, Bruxelles comptait 47.304 bénéficiaires du revenu d'intégration sociale (RIS), soit plus que la Flandre (45.616) malgré une population cinq fois moindre (la Wallonie en compte 77.207). La part de bénéficiaires du RIS (ou équivalent) parmi les personnes âgées de 18 à 64 ans est passée de 3% en 2002 à près de 7% à Bruxelles en 2025 (contre 1,5% en Flandre et 4% en Wallonie).
Dans certaines communes comme Molenbeek ou Saint-Josse, plus d'une personne sur dix âgées de 18 à 64 ans perçoit un revenu d’intégration. Cette année, à la suite de la réforme des allocations de chômage, le nombre de RIS continue d'augmenter particulièrement rapidement, ce qui pourrait conduire dans les prochains mois - et pour la première fois - à ce que leur nombre dépasse celui des chômeurs indemnisés en Région bruxelloise, relève l'Observatoire du Social et de la Santé.
La grande pauvreté en hausse
Celui-ci souligne en outre que ces données ne tiennent pas compte de la population invisible: plus de 50.000 personnes sans papiers résideraient à Bruxelles, soit 4% de la population. Et la grande pauvreté est en hausse: le 6 novembre 2024, pas moins de 9.777 personnes sans-abri ou mal logées ont été dénombrées par Bruss'help (soit une augmentation de 25 % en deux ans).
Par ailleurs, les 2% de Bruxellois les plus pauvres consacrent plus de 50% de leurs revenus au logement. Après ces dépenses, il reste à peine plus de 10 euros par personne et par jour pour faire face à leurs besoins: se déplacer, se soigner, s'alimenter, notamment.
Peu de logements à prix abordables
Par ailleurs, l'offre en logements financièrement abordables reste limitée par rapport à la demande. Au 1er janvier 2025, pas moins de 55.572 ménages étaient inscrits sur liste d'attente pour un logement social (+78 % en 15 ans), avec des délais d'attente dépassant souvent 10 ans.
La qualité de l'offre de logements est également problématique : 24% de la population bruxelloise vit dans un logement insalubre et 30% dans un logement sur-occupé (50 % parmi les ménages avec enfants).
Les inégalités sociales se traduisent par un écart d'espérance de vie de près de cinq ans entre les communes les plus riches et les plus pauvres. Elles se manifestent également dans la prévalence des maladies chroniques : le diabète est ainsi trois fois plus fréquent parmi les 20% les plus pauvres que parmi les 20% les plus aisés. Ces disparités apparaissent aussi dans l'accès aux soins curatifs ou préventifs.
Enfin, la santé mentale demeure un sujet de préoccupation majeure depuis la crise du Covid-19. Aujourd'hui, près d'un Bruxellois sur cinq présente des symptômes anxieux ou dépressifs, plus particulièrement les jeunes et les personnes en situation de précarité.
Enfants et éducation touchés
A noter enfin que la pauvreté frappe durement les enfants. À Bruxelles, un enfant sur trois grandit dans une famille menacée de pauvreté, ce qui limite ses perspectives d'éducation.
À Saint-Josse, 24 % des élèves accusent des retards scolaires, contre 8 % dans la commune aisée de Woluwe-Saint-Pierre. L'absentéisme scolaire est également en hausse : plus de 21 % des élèves bruxellois cumulent au moins neuf demi-journées d'absence injustifiées. Dans certaines communes vulnérables, ce chiffre atteint un élève sur quatre. Ces chiffres ont doublé en l’espace de trois ans.
