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Luc Tuymans a peint l'asticot géant en quelques jours seulement, au centre Z33

Contre la guerre et la violence: Luc Tuymans peint un asticot géant sur le mur d'une exposition au Z33 à Hasselt

Le Centre d'art actuel, design et architecture Z33 à Hasselt , dans le Limbourg, suit l'actualité brûlante de très près grâce à sa nouvelle exposition intitulée "Voor onze ogen" (Sous nos yeux, en français). Elle explore la manière dont les artistes contemporains abordent la guerre et la violence. Et elle encourage les spectateurs à ne pas rester indifférents, souligne Luc Tuymans, l’un des artistes les plus connus de cette exposition, qui y a peint une fresque saisissante.

Anne François Kristien Bonneure
Publié:

Ce n'est qu'en prenant du recul que l'on distingue la créature peinte sur un mur entier du Centre d'art Z33 : un asticot énorme, menaçant et pâle. L’œuvre est de la main de l’Anversois Luc Tuymans (67 ans), l'un des artistes contemporains les plus importants de notre pays. Elle a pris forme en quelques jours seulement, d'après une huile sur toile plus petite que Tuymans expose actuellement à Los Angeles.

Un asticot, ou "maggot" en anglais, comme l'indique le titre de l'œuvre. "J’ai volontairement peint ce motif sur tout le mur. La tête est la première chose que l’on voit. Et les deux taches rouges font penser à l’insigne d’un uniforme", explique l’artiste. "On a vraiment l’impression d’une attaque."

Un asticot symbolise la décomposition, mais aussi la guérison.

Luc Tuymans, artiste multidisciplinaire

"En principe, un asticot est un intrus, un élément de décomposition. Mais il possède aussi une dimension médicinale, car il se nourrit des tissus morts." Il trouve parfaitement sa place dans cette exposition, explique Luc Tuymans. "C’est une image à plusieurs niveaux que le spectateur peut compléter." Une image qui attire et qui repousse à la fois.

Détail de L'Asticot de Luc Tuymans, 2026

L'exposition "Sous nos yeux" aborde ce que nous voyons quotidiennement dans l'actualité : la guerre et la violence. Et la manière dont les artistes y réagissent, explique le commissaire d'exposition Tim Roerig. "Nous vivons une époque de profonds bouleversements où la loi du plus fort semble prévaloir de plus en plus. À travers les médias, nous sommes collectivement témoins de l'immense violence à Gaza. La question qui se pose : quelle est notre position et notre responsabilité en tant que spectateur ?"

Regarder ou détourner le regard, montrer ou cacher ? Des questions dérangeantes pour les artistes comme pour les spectateurs. Luc Tuymans plaide pour une certaine distance critique : "Actuellement, les gens sont submergés par tout ce qui se passe, via les médias et les réseaux sociaux. Face à une telle profusion d’images violentes, on a tendance à devenir indifférent et désensibilisé."

Gardez vos distances, regardez avec attention et retenue.

C’est ce que conseille l'artiste Luc Tuymans

Ce n'est pas seulement le déluge d'images qui pose problème, mais aussi leur véracité. "Une grande partie de ces images relève de la propagande et sert à exploiter les mensonges. Il est important de garder ses distances. De regarder avec attention et retenue". Le regard n'est jamais neutre. Ce que nous voyons et ce dont nous détournons le regard nous caractérise aussi. "Quand on regarde la violence, on devient en partie complice de ce que l'on voit."

En tant qu'artiste, vous devez donc définir votre position. Appeler à la résistance ou offrir du réconfort ? Proposer une réflexion ou prendre position ? "Il s'agit de prendre conscience", explique Luc Tuymans. "Montrer clairement que l'on n'est pas indifférent. Et en même temps laisser au spectateur la liberté de choisir sa propre position."

Détail de Rosalind Nashashibi, Le Retour, 2026

Gaza occupe une place prépondérante dans l'exposition. Parfois de manière directe, comme dans la vidéo "Electrical Gaza" (2015) de Rosalind Nashashibi. Des images d'une société qui était alors encore bien vivante. Ces enfants éclaboussant des chevaux dans la mer sont-ils encore en vie aujourd’hui ?

L'artiste britannique-palestinienne Rosalind Nashashibi a également peint de grandes frises représentant des chevaux au galop, intitulées de façon éloquente "Le Retour". D'autres toiles mettent en scène des cygnes majestueux, mais aussi des bols et des bassins vides, comme lors d'une distribution de nourriture à Gaza.

Marlene Dumas, Last Man Standing, 2023. Avec l'aimable autorisation de l'artiste et de la Frith Street Gallery, Londres.

La célèbre artiste néerlandaise et sud-africaine Marlène Dumas a elle aussi été profondément marquée par les violences à Gaza. Deux portraits récents vous fixent intensément. "Ce sont des personnes qui contemplent la destruction; un sentiment d'impuissance se dégage de leur regard", explique Tim Roerig.

Une autre toile exposée représente une petite fille juive avec son grand-père. Marlène Dumas (72 ans) a travaillé sur cette toile pendant 20 ans, la retravaillant sans cesse. "Ce n'est pas un hasard si l’artiste présente ces trois portraits ensemble. Selon moi, Dumas établit un lien entre la Shoah, la création d'Israël et les violences génocidaires à Gaza", indique le commissaire d'exposition Roerig.

Trois œuvres de la dessinatrice, sculptrice et plasticienne belge Marianne Berenhaut, aujourd'hui âgée de 91 ans, sont également présentées. Elle assemble une série d'objets trouvés qui lui rappellent le traumatisme de son enfance. Durant la Seconde Guerre mondiale, elle a dû se cacher avec son frère jumeau dans un orphelinat catholique pour échapper à la persécution des Juifs.

Lutter contre l'indifférence est la raison d'être de cette exposition. Il ne faut jamais normaliser la loi du plus fort.

Tim Roerig, commissaire de l'exposition et curateur au Z33 depuis 2018

"Sous nos yeux" ne présente pas un art polémique et ne vise pas à polariser, souligne Tim Roerig. L'exposition porte néanmoins un message. "Elle découle du refus d'accepter l'état actuel des choses dans le monde, et notamment à Gaza. Nous essayons de rester factuels, non pas pour inciter à la polarisation, mais pour regarder la réalité en face."

Le centre d'art actuel, design et architecture Z33 à Hasselt

Informations pratiques : "Voor onze ogen" (Sous nos yeux) est encore à voir au centre d'art Z33 à Hasselt jusqu’au 23 août 2026.

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