Le couple royal belge effectue depuis mardi une visite d'État de trois jours en Norvège, pays allié au sein de l'Otan, partenaire essentiel en matière énergétique et défenseur comme la Belgique du multilatéralisme dans les relations internationales. Les souverains sont accompagnés du vice-Premier ministre et ministre des Affaires étrangères, Maxime Prévot, et du ministre-président flamand, Matthias Diependaele. Le prince héritier Haakon les attendait à leur arrivée à Oslo. La Norvège est un partenaire essentiel pour la Belgique en matière de suivi énergétique dans les onze secteurs d'activité neutres en carbone.
Le roi Philippe et la reine Mathilde en visite d'Etat en Norvège - il y sera aussi question d'énergie et de défense
La dernière visite d’Etat belge en Norvège remonte à 1997, quand le roi Albert II rendit visite à son cousin Harald V, qui a fêté cette année ses 35 ans de règne. Harald V reçoit les souverains belges, mais il est âgé de 89 ans et a connu des ennuis de santé. Le prince héritier Haakon accompagnera donc Philippe et Mathilde dans différentes étapes de leur déplacement. A la surprise générale, son épouse la princesse Mette Marit était aussi présente à l’arrivée des souverains belges. Elle se trouve pourtant au centre d'une tempête médiatique depuis la révélation de sa fréquentation du milliardaire Jeffrey Epstein, et souffre également d'une détérioration de son état de santé. Elle devrait recevoir une transplantation pulmonaire.
Plusieurs ministres sont de tout ou une partie du voyage: les ministres des Affaires étrangères et de la Défense, Maxime Prévot et Theo Francken, et, fait rare, les cinq ministres-présidents Mathias Diependaele (Flandre), Adrien Dolimont (Wallonie), Elisabeth Degryse (Communauté française de Belgique), Boris Dilliès (Bruxelles Capitale) et Oliver Paasch (Communauté germanophone). La présence de représentants d'une trentaine d'entreprises et de recteurs d'universités était également annoncée.
L'énergie sera doublement au programme
La Norvège est l'un des premiers fournisseurs de gaz de la Belgique et une grande partie du gaz qu'elle exporte passe par le terminal de Zeebrugge, exploité par Fluxys, l'une des entreprises présentes dans la délégation. La Belgique voudrait développer les capacités d'importation du gaz norvégien sous forme liquéfiée (GNL), a indiqué mardi le ministre belge des Affaires étrangères, Maxime Prévot, à l'issue d'un entretien à Oslo avec son homologue norvégien Espen Barth.
C'est toutefois les investissements dans la transition environnementale qui seront mis en avant. Mardi, le couple royal visitait le tout nouveau navire "Norse Wind", fleuron du groupe industriel belge DEME, actif depuis plusieurs années en Norvège dans l'installation d'éoliennes en mer.
Ce mercredi, la délégation royale mettait le cap sur Stavanger, dans le sud du pays, capitale du pétrole offshore norvégien. Ce n'est pas tant l'or noir qui intéresse la Belgique qu'un projet de captation de CO2. Pour décarboner leurs économies, la Wallonie et la Flandre développent en effet des réseaux de transport de dioxyde de carbone qui sera ensuite acheminé par pipeline au départ de Zeebrugge vers la Norvège pour y être stocké dans des puits en mer du Nord. Le gouvernement fédéral a approuvé vendredi l'accord bilatéral définissant le cadre juridique du projet de pipeline. Il sera signé à l'occasion de la visite d'État.
Mission Arctic Sentry
La Norvège fait partie des fondateurs de l'Alliance atlantique au même titre que la Belgique. Sa frontière au-delà du cercle polaire avec la Russie place ce pays de 5,5 millions d'habitants aux premières loges de la confrontation larvée entre grandes puissances pour la maîtrise de la région arctique, l'une des zones les plus surveillées au monde. Le pays a désigné 2026 comme l'année de la "défense totale" en mettant l'accent sur la préparation des civils et des institutions au risque d'une guerre ou d'une catastrophe. Au début de l'année, une mission "Arctic Sentry" a été initiée dans le cadre de l'Otan après les tensions entre les États-Unis et l'Europe autour du Groenland. La Norvège en est une des chevilles ouvrières. La Belgique avait envoyé en janvier un officier pour mener une mission de reconnaissance sur l'île arctique, mais le pays n'a pas encore pris de décision sur une éventuelle participation.
Comme de nombreux autres pays européens, la Norvège a augmenté son budget militaire depuis l'invasion à grande échelle de l'Ukraine et acquis de nouveaux armements. Elle en produit également, notamment le système de défense aérienne NASAMS (Norwegian Advanced Surface to Air Missile System), conçu par la société Kongsberg avec l'Américaine Raytheon. Avec les Pays-Bas, la Belgique doit acquérir dix de ces batteries de missiles sol-air. La première d'entre elles est attendue l'an prochain. Le couple royal belge assistera à une démonstration en compagnie des ministres Prévot et Francken.
Vendredi, le ministre de la Défense mènera une visite à Kongsberg avec des entreprises du secteur (dont les wallonnes Sonaca, FN, John Cockerill et Castingpar). L'une de leurs ambitions est de séduire cette société active notamment dans le programme du F-35, l'avion de combat américain qui remplacera les F-16 belges.
Droit international et paix
Comme la Norvège, la Belgique s'est posée en défenseuse du droit international. Le royaume scandinave abrite l'académie Nobel, et son célèbre prix de la Paix. Il s'est illustré par des missions de médiation, dont la plus célèbre a débouché sur les accords de 1993 entre Israël et l'Organisation de libération de la Palestine (OLP) signés à Oslo. Une visite du centre Nobel de la Paix est prévue, avant une table ronde sur la protection des civils en temps de guerre.
Diverses cérémonies protocolaires sont également prévues pendant la visite d’Etat. Mardi, le roi Harald et la reine Sonja offraient un banquet à la délégation officielle belge.
Ce mercredi, ce sera au tour de la Belgique d'honorer ses hôtes par un concert au cours duquel se produiront trois artistes de la Chapelle musicale Reine Élisabeth: les Belges Valère Burnon (piano) et Stéphanie Huang (violoncelle), tous deux lauréats du Concours Reine Elisabeth, et le Français Emmanuel Coppey (violon).

