La chapelle funéraire d’Adolphe Sax, située au Cimetière de Montmartre à Paris présente aujourd'hui un état de dégradation avancé. Par le biais d’un financement participatif, le propriétaire — l’Association internationale Adolphe Sax à Dinant — espère réunir 40.000 euros pour la restaurer. L’association lance un appel aux nombreux saxophonistes, fanfares et harmonies afin qu’ils apportent leur contribution.
La sépulture de l'inventeur belge du saxophone Adolphe Sax au Cimetière de Montmartre à Paris est à l’abandon
"C’est honteux de voir dans quel état se trouve aujourd’hui la chapelle funéraire d’Adolphe Sax au cimetière de Montmartre", déplore Wendy Boka, de l’Association internationale Adolphe Sax à Dinant.
Le socle du monument est instable et les murs du petit édifice sont noircis par la pollution. La maçonnerie s’est descellée, de l’eau s’infiltre à l’intérieur et la croix sur le toit s’est disloquée. Chaque hiver, la situation empire.
Une restauration est urgente. Le Cimetière de Montmartre est un site protégé et tous les travaux doivent être réalisés dans les règles de l’art par des spécialistes. Pour la remise en état et la conclusion d’un contrat d’entretien à long terme, 40.000 euros sont nécessaires. Depuis Dinant, ville natale de Sax, un appel au public est donc lancé via une campagne de financement participatif.
Adolphe Sax (1814-1894), l’inventeur belge du saxophone, est vénéré dans sa ville natale, Dinant (en province de Namur). Mais sa carrière s’est principalement déroulée à Paris, où il est également enterré. Le monument funéraire de Montmartre abrite les restes de 14 membres de sa famille. Sax l’avait fait construire lui-même à la suite du décès d’une de ses jeunes sœurs.
Le monument est resté, jusqu’en 2002, la propriété des descendants de Sax. Le dernier héritier a stipulé dans son testament que l’Association internationale Adolphe Sax deviendrait le nouveau propriétaire. Depuis 2004, c’est un fait.
"Mais avec la propriété vient aussi la responsabilité d’entretenir le monument", souligne Wendy Boka.
L’Association internationale Adolphe Sax, active à Dinant, organise diverses activités musicales, dont la prestigieuse compétition internationale Adolphe Sax. Mais l’association dispose de moyens financiers limités. La ville de Dinant elle-même n’est pas en mesure de financer la restauration de la sépulture parisienne. La grande église de Dinant, qui nécessite une sauvegarde urgente, reste la priorité de la ville.
Objectif : récolter 40.000 euros
C’est pourquoi un financement participatif a été lancé le 7 février dernier, jour de l’anniversaire de la mort d’Adolphe Sax, et se poursuivra au moins jusqu’à fin avril. L’objectif d’arriver à 40 000 euros est encore loin d’être atteint : la cagnotte s’élève actuellement à environ 5.000 euros. "Dès lors, nous lançons un appel aux musiciens-influenceurs pour donner de la visibilité à la campagne", déclare Wendy Boka.
La campagne s’adresse aux musiciens et amateurs de musique, aux institutions culturelles et à tous ceux qui souhaitent préserver ce patrimoine musical universel, explique l’Association internationale Adolphe Sax. "Chaque année, de nombreuses harmonies viennent jouer ici à Dinant. Ce serait formidable qu’elles apportent leur aide. Si chaque saxophoniste offrait 5 ou 10 euros, nous atteindrions rapidement notre objectif", espère Wendy Boka.
Le saxophone : breveté il y a 180 ans
Cette initiative intervient à un moment symbolique. Le 21 mars marquera les 180 ans de l’obtention par Adolphe Sax du brevet de sa merveilleuse invention, le saxophone. Cet instrument fascinant défie les classifications visuelles classiques : en cuivre il est pourtant classé parmi les bois, possède un bec avec une anche et des clés, ce qui le rend unique dans l’orchestre.
Inventeur génial mais homme malchanceux
La polyvalence et l’esprit novateur d’Adolphe Sax se découvrent au Musée des instruments de musique à Bruxelles (MIM), où de nombreuses de ses inventions sont exposées.
Adolphe Sax est né le 6 novembre 1814 à Dinant. Un an plus tard, la famille s’installe à Bruxelles. Son père, Charles-Joseph Sax, fabriquait des instruments à vent, et son fils Adolphe a suivi ses traces. Dès l’âge de 21 ans, il présente sa propre clarinette lors d’une exposition industrielle à Bruxelles. Il développera par la suite une clarinette basse.
Qualifié de "revenant"
Adolphe Sax est qualifié de "revenant" en raison d'une enfance et d'une jeunesse marquées par une accumulation incroyable d'accidents graves qui auraient dû lui coûter la vie, ce qui lui a valu ce surnom dans son entourage. Très jeune, il a survécu à une chute du troisième étage, a avalé une épingle, a bu de l'eau vitriolée, a été brûlé par une explosion de poudre, et est tombé sur un poêle en fonte. Il a survécu à plusieurs empoisonnements, à une asphyxie dans sa chambre, à la chute d'un pavé sur la tête qui l’a plongé dans le coma et il a même failli se noyer dans la Seine.
Adolphe Sax s’installe à Paris, où les fanfares militaires étaient alors en pleine réforme. Il y voit une opportunité. Inventeur et innovateur de génie, il dépose des dizaines de brevets pour de nouveaux instruments, notamment en 1846 pour "un système d’instruments à vent, appelés saxophones".
En revanche, son sens des affaires était moins aiguisé. Il se retrouve impliqué dans de nombreux procès avec ses concurrents et avait de nombreux ennemis. "Adolphe Sax a survécu à des accidents, des intrigues, des procès, des faillites et même des attentats. Il est mort dans la pauvreté à 80 ans à Paris. Ce que l’histoire doit retenir ne doit pas être effacé par le temps", soulignent les membres de l’Association internationale Adolphe Sax.
Mais l’invention la plus célèbre de Sax continue de prospérer. En 180 ans, le saxophone est devenu l’un des instruments à vent les plus populaires dans tous les genres : classique, jazz ou pop. De la Boléro de Ravel au jazz de Sonny Rollins, en passant par les nombreux orchestres d’harmonie et fanfares.

