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Belgique
Defensie

Qui est Yassine Rafik qui a lancé en moins d’un an le premier salon de la défense à Bruxelles au coeur d'une polémique ?

Yassine Rafik organise du 12 au 14 mars sur le plateau du Heysel, le premier salon belge de la défense. Avec le Premier ministre Bart De Wever et le ministre de la Défense Theo Francken (N-VA) font partie des invités de marquer, l’événement attire l’attention, même si des critiques émergent quant à son caractère commercial. Qui est ce fidèle du MR de 28 ans qui a réussi à mettre ce salon sur pied en moins d’un an, un salon qui suscite déjà la controverse ? 

Eric Steffens Tobias Santens
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Avec un discours d’ouverture du secrétaire général de l’OTAN Mark Rutte et du Premier ministre Bart De Wever (N-VA), qui seront présents ainsi que le ministre de la Défense Theo Francken (N-VA) et le commissaire européen à la Défense Andrius Kubilius : le casting des invités est impressionnant pour le lancement ce jeudi du premier salon de la défense en Belgique.

Baptisée Bedex, pour Brussels European Defense Exhibition & Conference, ce salon réunit pendant trois jours plus de 200 exposants de l’industrie de l’armement venus tisser des relations professionnelles et conclure des accords commerciaux. Samedi, les portes s’ouvriront également au grand public, avec même une réduction pour les enfants. L’idée vient de Yassine Rafik, un jeune fidèle du MR entouré de plusieurs amis entrepreneurs. Mais qui est cet homme ?

Un fidèle du MR

"J’ai 28 ans et je débute seulement ma carrière professionnelle", minimise Yassine Rafik lui-même. Pourtant, il a déjà un parcours professionnel conséquent. Né à Rabat d’un père diplomate belge et d’une mère marocaine, il termine d’abord ses études à l’EDHEC, une école de commerce renommée à Paris.

Ensuite, sur les conseils de son père, il s’installe à Bruxelles et rejoint les libéraux francophones du MR. "Je suis un Arabe de droite", se décrit-il sans détour dans La Libre.

"Mon premier emploi était comme porte-parole de la section bruxelloise du MR, auprès de David Leisterh", raconte Rafik à la rédaction de VRTNWS . "J’ai également participé aux négociations pour la formation du nouveau gouvernement." Comme celles-ci n’aboutissaient pas, il a démissionné… mais pas sans plan de rechange.

Un bon carnet d’adresse

"J’ai eu l’idée d’organiser un salon de l’armement", raconte Rafik. Il y a environ un an, il en parle à ses amis, notamment à Joan Condijts. Celui-ci est le PDG de Deficom, l’organisateur du salon de la construction et de la rénovation Batibouw. Le nombre de visiteurs de ce salon est bien supérieur à celui de Bedex, pourtant Joan Condijts a fait savoir qu’il investissait via sa filiale Fisa "un montant à six chiffres" dans le salon de l’armement.

"Joan est un bon ami depuis quatre ans", précise Yassine Rafik. Leur lien réside dans leur amour commun pour la lecture, notamment les ouvrages de l’écrivain et conseiller politique italo-suisse Guiliano da Empoli. "Mais dès le départ, nous savions que nous allions entreprendre ensemble. Je l’ai donc invité à un petit-déjeuner, je lui ai présenté le projet, et il a immédiatement été enthousiaste", raconte Yassine Rafik.

Yassine Rafik (à gauche), en compagnie notamment du ministre de la Défense Theo Francken et de l’entrepreneur Joan Condijts (à droite), lors d’un point presse sur Bedex début février.

Les fabriquants d'armes comme sponsors

Ensuite, il a fallu une visite décisive au cabinet du ministre de la Défense Theo Francken pour que le salon prenne véritablement forme. "Nous avons réussi à convaincre Mark Rutte, le secrétaire général de l’OTAN, grâce à une connexion anversoise, Ari Epstein (ancien président de la Fédération du diamant d’Anvers, aujourd’hui conseiller chez FN, ndlr). "Comment il s’y est pris, je ne sais pas, mais il a réussi", raconte Yassine Rafik.

En tant que libéral, Yassine Rafik est fier d’organiser un salon qui, selon lui, "n’a bénéficié d’aucun euro de subvention publique". Les entreprises d’armement FN et RTX sont les principaux sponsors, mais l’Américain Lockheed Martin contribue également. L’armée belge dispose d’un stand de 550 mètres carrés, tout comme la Commission européenne. "Mais nous leur avons offert gratuitement", assure Rafik.

En revanche, les services publics Economie, Flanders Investment & Trade (FIT) et son homologue wallon l’Awex participent financièrement. Une part de l’argent public circule donc vers le salon. "Mais ces institutions sont elles-mêmes rémunérées par des entreprises privées qui souhaitent exposer via la FIT et l’Awex", souligne Yassine Rafik.  

Petit-fils d’un officier supérieur marocain

L’idée du salon ne tombe pas du ciel. Yassine Rafik a un lien avec l’armée, certes pas belge, via son grand-père, qui était officier supérieur dans l’armée marocaine. "J’étais très proche de mon grand-père, qui a souvent pris soin de moi", confie Yassine Rafik.

Enfant, je voulais moi-même devenir militaire, mais ma mère m’en a empêché car elle avait trop peur.

Yassine Rafik, l'organisateur du premier salon international de la défense à Bruxelles.

"À côté de mon école se trouvait l’état-major de l’armée, et avec mon grand-père, je passais par la caserne où les militaires me saluaient. J’ai toujours été très fier de lui, malheureusement il n’est plus là aujourd’hui. Enfant, je voulais moi-même devenir militaire, mais ma mère m’en a empêché car elle avait trop peur. Alors je me suis tourné vers la politique, même si je ne sais pas si c’est moins dangereux", plaisante Yassine Rafik.

Réduction d’entrée pour les enfants

L’approbation dont bénéficie Bedex auprès de certains membres du gouvernement contraste avec les critiques de quelques organisations pacifistes. Le directeur de Pax Christi, Orry Van de Wauwer (ex-CD&V), parle d’un "coup symbolique" et met en garde contre une politique de défense motivée par "des intérêts industriels".

Pax Christi critique notamment le fait qu’il y ait des billets à tarif réduit pour les enfants (5 € pour les moins de 16 ans). Rafik assure qu’il n’en a été vendu qu’une quarantaine. "L’objectif principal étant d’attirer des étudiants susceptibles d’être intéressés à travailler plus tard dans ces entreprises. Et s’il y a aussi des familles avec enfants, pourquoi pas. Les participants ne pourront pas manipuler le matériel, mais ils pourront observer et discuter", explique-t-il.

Manifestation et polémique

Le député N-VA Jan Peumans se montre également critique à l’égard du rôle de son collègue de parti Theo Francken dans la promotion du salon. "Il va participer à un grand salon avec du matériel de guerre. J’ai des problèmes avec ça", a déclaré l’ancien président du Parlement flamand Jan Peumans mercredi dans l’émission Villa Politica (VRT).

Un rassemblement de protestation est prévu au Heysel vendredi, suivi d’un congrès pacifiste samedi. Plusieurs groupes du mouvement antifasciste appellent aussi à manifester aujourd’hui, lors de la manifestation nationale des syndicats, contre le salon, sous le slogan "Smash Bedex".

De son côté, Amnesty International a dénoncé, mercredi, la présence de l'entreprise américaine Lockheed Martin au salon Bedex. Selon l'ONG de défense des droits humains, le fabricant des avions de chasse F-35 a contribué à commettre un génocide à Gaza. Lockheed Martin a déclaré publiquement être "fière de l'importance du rôle qu'elle joue dans la sécurité de l'État d'Israël", et ce, alors même qu'un génocide se poursuit à Gaza, dénonce encore l'ONG.

Ce premier salon belge de l’armement suscite donc la controverse. De plus, la foire bruxelloise doit faire face à des concurrents dans les pays voisins, comme Eurosatory à Paris ou le DSEI à Londres. Mais cela ne freine pas Yassine Rafik. Il pense déjà à une suite pour Bedex : "Il y aura de toute façon une nouvelle édition en 2027", assure-t-il d’ores et déjà.

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