Par crainte de plaintes ou de déclarations incriminantes, le médecin généraliste Jan Goossens renvoye automatiquement les patientes demandant des soins gynécologiques vers des consœurs. C'est ce qu'il a expliqué au quotidien Het Nieuwsblad. Selon Brigitte Schoenmakers, responsable de la formation des médecins généralistes à l'Université de Louvain (KU Leuven), cette réaction s'inscrit dans le prolongement d'une tendance plus générale. “D’un côté, on porte plus d’attention aux comportements transgressifs. Et de l’autre, de nombreux étudiants se sentent de plus en plus embarrassés.”
Les médecins généralistes masculins ne veulent plus effectuer d'examens gynécologiques par peur de plaintes
“Je suis un homme de 60 ans, médecin généraliste. Je me sens de moins en moins à l’aise avec les examens gynécologiques, ou même de demander à des jeunes femmes d’enlever leurs sous-vêtements.” C’est ce qu’explique Jan Goossens dans une interview accordée aux journaux du groupe Mediahuis.
Il conseille donc aux patientes de se rendre chez une consœur médecin généraliste lorsqu’elles doivent subir des examens nécessitant de se déshabiller. “Aujourd’hui, nous vivons avec une autre mentalité et j’essaie de m’adapter. Nous vivons dans une société où il faut agir avec beaucoup de précaution, et je veux me comporter de la façon la plus correcte possible en tant que médecin. J’ai une peur panique qu’un examen correct médicalement parlant soit interprété comme peu éthique, et que cette situation mène à une plainte, à cause d’une mauvaise interprétation ou d’une mauvaise communication. Essayez alors de vous défendre contre pareille plainte”, ajoute le médecin.
Plus d’embarras
Goossens n’est pas le seul dans cette situation. Selon Brigitte Schoenmakers, médecin généraliste et directrice de programme dans la formation des médecins généralistes à la KU Leuven, cette gêne que ressentent les médecins masculins aujourd’hui n’est pas une surprise. Elle peut s’expliquer par plusieurs facteurs.
“La réalité est que la société accorde - à juste titre – beaucoup d’attention aux comportements problématiques”, expliquait-elle au micro de l’émission De Wereld Vandaag sur Radio 1. “Dans les médias, beaucoup d’histoires sont relatées. Il est important que ces problèmes soient dénoncés, mais je comprends donc que les médecins masculins soient plus prudents. C’est parfois difficile de faire primer son professionnalisme sur ses peurs et ses doutes.”
Schoenmakers voit également une évolution auprès des étudiants en médecine. “Nous voyons, par exemple, que les jeunes étudiants sont réservés quand ils doivent s’entraîner les uns sur les autres. Ils sont plus gênés que ceux de dix ans auparavant. La semaine dernière, un étudiant devait me suivre pour effectuer un frottis, avec l’accord de la patiente. Il a dit qu’il préfèrerait ne pas venir.”
D’autres aspects culturels et religieux entrent parfois aussi en ligne de compte. “C’est vrai que nous devons travailler avec des étudiants d’origines culturelles différentes, dont certains sont peu habitués à notre prise en charge. Nous leur apprenons par exemple ce que veut dire s’entraîner les uns sur les autres et à examiner quelqu'un du sexe opposé.”
La communication est essentielle
“Nous nous concentrons sur ce point tout au long de la formation. Nous apprenons aux étudiants à communiquer à propos de sujets sensibles. Et c’est nécessaire, parce qu’un point central du problème aujourd’hui est le manque de communication. La confiance entre le médecin et le patient est essentielle, surtout pour des examens gynécologiques.”
“L’époque où les médecins effectuaient machinalement leurs actes professionnels est heureusement révolue. Les patients s'expriment eux aussi mieux qu’avant, ce qui est également positif. C’est pourquoi, en tant que médecin, il est important de bien expliquer au patient ce qu’on fait et ce qu’il va se passer. Je suis convaincue qu’une bonne explication règle beaucoup de choses. Car 70 % des plaintes viennent essentiellement d’un manque de communication.”
