L’an dernier, la police fédérale a saisi 195.031.046 euros d'avoirs criminels, détaille son rapport annuel présenté ce mercredi par le commissaire-général Eric Snoeck, en présence des ministres de l'Intérieur Bernard Quintin et de la Justice Annelies Verlinden. "Et ce n’est que la partie visible de l’iceberg", souligne Snoeck. Ces prochaines années, le gouvernement fédéral souhaite privilégier les confiscations, par exemple de voitures et de montres de luxe, même en l'absence de condamnations. "Nous voulons réduire l'attrait de ces biens pour les jeunes."
En 2025, la police fédérale a saisi plus de 195 millions d'euros d'avoirs criminels
Le montant des saisies, en légère diminution par rapport à 2024, ne représente qu'une partie du volume réel des saisies, explique le rapport annuel de la police fédérale. Les montants récupérés via les transactions pénales, la valeur marchande des biens illégaux saisis et les recouvrements opérés par d'autres autorités, notamment les services d'inspection et le service public fédéral Finances, ne sont en effet pas inclus dans ce montant. D’après le commissaire-général Eric Snoeck, l'année 2025 confirme ainsi "la pertinence et la robustesse" de l'approche visant à briser le modèle économique criminel ("follow the money & catch the value").
Le commissaire-général a présenté les cinq axes clés sur lesquels travaillent les services de police, avec, en premier lieu la lutte contre la criminalité organisée et complexe. Au total, 4.011 nouvelles enquêtes ont été ouvertes, soit plus de 10 par jour: 804 concernaient le blanchiment d'argent, 693 les stupéfiants, 600 des faits de violence, 342 les vols et 252 la criminalité économique et financière. Ces cinq phénomènes criminels représentent plus de deux tiers des enquêtes ouvertes.
Dans le cadre de la lutte contre la criminalité organisée, 58.937 suspects ont été identifiés dans des dossiers en cours (dont 11.210 pour trafic de drogue, 8.317 pour blanchiment et 5.427 pour violence) et 1.521 condamnations ont été prononcées en 2025 représentant un total de 4.756,5 années d'emprisonnement. La Police Judiciaire Fédérale (PJF) a d'ailleurs consacré la majeure partie de sa capacité d'enquête à la criminalité liée à la drogue (20%). Le commissaire-général a insisté sur le volet préventif de cette lutte. Ainsi, 18.175 screenings de sécurité ont été effectués dans les ports maritimes, dont Anvers, et 310 avis de sécurité négatifs ont été délivrés.
La Belgique n'est pas qu'un point de passage de la drogue, elle est aussi un lieu de production, a souligné Eric Snoeck. À ce titre, 41 laboratoires clandestins de production de drogue ont été démantelés en 2025. Si le Limbourg abrite un laboratoire sur trois, on constate un étalement de plus en plus important sur le territoire. Le ministre Quintin a cité les provinces de Liège, du Hainaut et du Luxembourg.
La cybercriminalité gagne du terrain
Les autres axes d'action en 2025 étaient la cybercriminalité, la lutte contre le radicalisme, l'extrémisme violent et le terrorisme, la gestion des frontières et l'appui opérationnel spécialisé et/ou supralocal.
La Federal Computer Crime Unit (FCCU) a ainsi ouvert l’an dernier 143 enquêtes relatives à la cybercriminalité et 73 cybercriminels ont été condamnés.
Dans le cadre de la lutte contre le radicalisme, ce sont 159 nouveaux dossiers d'enquête qui ont été ouverts par la PJF. "Cela ne signifie pas 159 attentats déjoués", a précisé Eric Snoeck, saluant cette activité policière "souvent peu visible" pour le grand public. Le commissaire-général a souligné que l'ensemble des recommandations de la Commission d'enquête parlementaire sur les attentats du 22 mars 2016 étaient "opérationnalisées ou en cours d'opérationnalisation".
La police fédérale a par ailleurs contrôlé 14,2 millions de passagers entrant sur le territoire, via les aéroports, la gare de Bruxelles-Midi et les ports maritimes.
Quant à l'appui opérationnel, la Cellule des personnes disparues a enregistré 1.532 disparitions inquiétantes en 2025, dans 94% des cas la personne a été retrouvée vivante.
Un des enjeux pour les années à venir sera le recrutement de personnel supplémentaire, a indiqué Eric Snoeck. L'attention de la police fédérale porte sur les profils spécialisés IT et EcoFin. L’an dernier, 2.976 candidats ont réussi les épreuves de sélection pour une fonction opérationnelle, ce qui représente une augmentation de 20% par rapport à 2024. Parmi ceux-ci, 1.790 lauréats étaient destinés à la fonction d'inspecteur de police.
