Les Flamands passent quotidiennement trois heures en moyenne sur leur smartphone, et cette durée augmente chaque année. De plus en plus de personnes se demandent comment réduire leur temps d’écran, mais que dit la science ? Est-ce que passer du temps devant un écran est si mauvais pour la santé ? Est-ce qu’une “détox numérique” est une bonne idée ?
Les Flamands passent en moyenne trois heures par jour sur leur smartphone : est-ce mauvais pour la santé ?
Comment peut-on réduire notre temps d’écran pour passer plus de temps dans la vraie vie ? Cette question était au cœur de l’émission le Club Kawtar de cette semaine sur la radio flamande MNM. Les présentateurs Kawtar et Wannes ont essayé de réduire drastiquement leur temps d’écran, ils sont partis à la rencontre d’experts et d’auteurs pour savoir comment cela se passait dans la pratique.
L’utilisation du téléphone ne doit pas être laissée au hasard. Nous nous demandons de plus en plus souvent si le temps que nous passons sur nos GSM n’est pas excessif. Les interdictions de téléphone dans les écoles ou les demandes de restrictions sur les réseaux sociaux sont de parfaits exemples. Mais à quel point les écrans sont-ils nocifs pour notre santé ? Et que pouvons-nous faire pour limiter notre exposition ?
Plus de quatre heures par jour
Ces données proviennent principalement des jeunes, mais peuvent être également appliquées aux adultes, explique le professeur Lieven De Marez (UGent) qui collabore chaque année avec le Digimeter. Cette étude numérise les données d’utilisation des écrans et des réseaux par les Flamands. Il semblerait que presque la moitié des Flamands se sentent dépendants de leur smartphone.
“Chaque année, le temps d’écran augmente. Les adultes passent en moyenne 183 minutes par jour sur leur téléphone. Les plus jeunes les battent avec plus de 240 minutes, soit 4 heures par jour”, explique le professeur. La majorité de ce temps est allouée aux réseaux sociaux, surtout sur des applications comme Snapchat ou TikTok.
Est-il forcément toujours nocif de passer davantage de temps devant un écran ? Il y a deux réponses à cette question, explique Lieven De Marez : “Si l’on parle de santé mentale, il existe bel et bien un lien scientifiquement prouvé entre le temps passé devant les écrans et les troubles mentaux.”
Mais attention, ce n’est pas une relation de cause à effet. “En d’autres termes : nous observons chez les personnes ayant un temps d’écran prolongé plus souvent des troubles mentaux, mais rien ne prouve que ces problèmes ont un rapport avec le temps passé devant un écran.”
Pour certains utilisateurs, les réseaux sociaux jouent un rôle important pour maintenir des contacts sociaux positifs, ce qui peut avoir des effets bénéfiques sur leur santé. Pour d’autres, ce n’est pas le cas
Concernant les troubles du sommeil, il est scientifiquement prouvé que le temps d’écran est bel et bien l’une des causes de ces problèmes. “Scroller tard le soir influence la qualité du sommeil. De plus, les lumières bleues des écrans du téléphone envoient un signal au cerveau, lui faisant croire qu’il fait encore jour. Ce signal inhibe la sécrétion de mélatonine (hormone du sommeil), et on s’endort donc moins facilement.”
Digibésité
En plus des conséquences sociales et mentales, les Flamands craignent d’endommager leurs capacités cognitives. “Ces inquiétudes sont fondées. Les smartphones peuvent grandement influencer le temps d'attention, la capacité de concentration et la mémoire. On se sent plus rapidement distrait, sur-stimulé et moins en forme pour effectuer des tâches difficiles.”
Selon De Marez, il existerait un terme précis pour cette science comportementale : la digibésité. “C’est simplement le surplus de stimulations numériques, dont il est difficile de se passer.”
Les applications ont également été conçues pour cela. “Les “j’aime”, les notifications et les messages donnent au cerveau un signal de récompense qui se ressent comme un shot de dopamine, ce que notre cerveau adore. En revanche, accomplir une tâche plus longue devient difficile, parce que nous ne recevons plus de mini-stimulations pour nous motiver. Les jeunes surtout sont très sensibles à ces doses, parce que leur cerveau est encore en plein développement.”
Si on utilise le smartphone à des créneaux horaires précis, alors cela se traduit positivement sur notre attention et notre bien-être. “Une personne avec un temps d’écran élevé peut donc ressentir moins d’effets négatifs qu’une autre qui est moins souvent en ligne, mais qui reçoit constamment des mini-stimulations.”
“Une utilisation saine du téléphone dépend de la répartition du temps d’écran. Le mieux reste de ne pas être affecté par le flux constant des notifications et d’impulsions. Tout le monde peut commencer à adapter ses habitudes numériques, et quelques modifications peuvent changer complètement les choses.”
Une détox numérique comme solution miracle ?
Une de ces modifications consiste en une détox numérique totale. L’objectif est de déconnecter et de faire disparaître tous les appareils numériques et autres technologies autour de soi pendant une période donnée.
L’expert en data-analyse, Sofie Van Hoecke (UGent), a collaboré avec la psychologue Marie-Anne Vanderhasselt lors d’une expérience appelée Knack Weekend. La journaliste Aylin Koksal s’est prêtée au jeu et ne s’est connectée à aucun réseau social pendant un mois. Pendant ce temps, l’experte a enregistré grâce à des technologies avancées le niveau de stress, le rythme cardiaque et la qualité de sommeil de la journaliste.
“Après un mois, on a directement pu voir des effets positifs”, explique-t-elle. “Elle se sentait moins stressée et mieux dans sa peau, ce qui était également visible dans les données : sa fréquence cardiaque pendant la nuit était visiblement plus basse.”
L’experte nuance toutefois que cette détox numérique n’est pas une solution miracle. “La science n’est pas unanime. Certaines expériences montrent des effets positifs, d’autres négatifs lorsqu’une personne se coupe complètement des réseaux sociaux. Cela dépend beaucoup d’une personne à l’autre.”
Chacun a son propre “ADN numérique”
De Marez confirme qu’une détox numérique complète n’est pas toujours la meilleure manière de procéder. “La plupart des jeunes traitent leur digibésité comme si c’était une véritable obésité.”
“D’abord, essayez par vous-même : mangez plus sainement, bougez plus et essayez de garder ces nouvelles habitudes. Si cela ne fonctionne pas, alors cherchez de l’aide dans des groupes, qui vous donneront un cadre. Si ce n’est toujours pas suffisant, alors rendez-vous chez un diététicien qui analysera votre régime alimentaire et vous proposera des adaptations claires et tenables.”
Ces conseils peuvent être également appliqués sur le temps d’écran. “La première étape est de connaître ses habitudes d’utilisation. Beaucoup ne savent même pas comment ils passent du temps sur leur smartphone”, ajoute le professeur De Marez.
“Vous recevez des centaines de messages que vous ne lisez (presque) pas ? Vous êtes du genre à accumuler les notifications et à toutes les régler en un seul bloc ? Ou plutôt à avoir les quatre mêmes applications à vérifier régulièrement ? Ou encore, vous voyagez entre les différentes applications sans même le remarquer ?”
Connaître ses habitudes d’utilisation facilite les choses. “C’est pourquoi une simple interdiction ne fonctionne généralement pas. Les conseils et directives ne s’appliquent pas à tous, parce que nous avons chacun notre propre ADN numérique”, conclut le professeur.
