Ces trois noms, il faudra les retenir : Julie Kegels, Marie Adam-Leenaerdt et Meryll Rogge. Ces trois créatrices belges ont attiré les regards lors des récentes semaines de la mode à Paris et à Milan. Ces femmes ont été surnommées “les trois Belges”, référence aux “Six d’Anvers”, créateurs de mode populaires dans les années 1980 venant tous de l'Académie royale des Beaux-Arts d’Anvers. Ce qui différencie les jeunes femmes est que le monde de la mode est aujourd’hui très fermé et dominé par les marques de luxe – c’est justement ce qui rend leur ascension si impressionnante.
Trois créatrices de mode belges qui cartonnent à l’étranger
Ce n’est un secret pour personne mais il faut le dire: les Belges ont leur place dans le monde de la mode à l’international. Les créateurs belges se sont succédé dans les grandes maisons de couture les uns après les autres : Matthieu Blazy chez Chanel, Glenn Martens pour Maison Margiela, Pieter Mulier pour Versace et Raf Simons pour Prada. La liste ne cesse de s’allonger.
Mais l’ambition de Julie Kegels, de Marie Adam-Leenaerdt et de Meryll Rogge est d’un tout autre niveau. Elles travaillent pour leur propre entreprise et se sont fait un nom.
Le mieux, c’est que ça fonctionne : dans le calendrier des semaines de la mode à Paris et à Milan, leurs marques se trouvaient entre de gros bonnets, comme Gucci, Balenciaga, Dior et Diesel. C’était un combat à la “David contre Goliath”, qui a été couronné de succès.
Un secteur inondé
Le secteur du luxe s’est beaucoup développé depuis les années 1980, soit les années de sacre pour les “Six d’Anvers”. À la fin de cette décennie, un authentique mouvement de consolidation s’est formé, pendant lequel les marques de luxe ont été absorbées par les grands groupes.
Entrent en piste des groupes de luxe comme LVMH, Kering ou l’OTB Group, qui se permettent des budgets dont les petites marques indépendantes ne peuvent même pas rêver.
“Le secteur de la mode est plus compétitif qu’il y a 30 ans”, explique la coordinatrice fashion de Flanders D.C, Eva Koninckx. “Les Six d’Anvers peuvent aussi le confirmer”. Quand Walter Van Beirendonck, Ann Demeulemeester et compagnie ont fondé leur marque sous leur propre nom, ils avaient toutes les chances de leur côté. “Ils n’avaient même pas préparé de plan à suivre pour réussir.”
C’est inimaginable aujourd’hui. “Un créateur qui veut lancer sa propre boîte aujourd’hui rencontre bien plus d’obstacles qu’auparavant. Le marché est plus concurrentiel que jamais, et lancer sa première collection nécessite un investissement gigantesque. Celui qui débute, doit penser au financement, à la production, aux réseaux sociaux, à la distribution et à son positionnement. Et encore, la première saison est la plus facile. Le véritable défi est de persévérer dans ce milieu”, ajoute Koninckx.
3 femmes, 3 parcours et un même objectif
Pourtant, ces “trois Belges” semblent avoir surmonté les obstacles vaillamment. “Elles combinent talent et vision entrepreneuriale, tout en s’entourant des bonnes personnes.” Il est temps de faire la connaissance de ces trois créatrices qui ont su se faire un nom parmi les géants du monde de la mode.
Julie Kegels
Jeune talent à l’instinct entrepreneurial
Julie Kegels n’a que 27 ans, elle a étudié à l’Académie de mode d’Anvers et elle a fondé sa marque en 2024. Pourtant, ses créations sont portées par des stars internationales, comme Dua Lipa, Demi Lovato et Rosalía. Elle a même des boutiques en Europe, en Asie et aux États-Unis.
Pour Eva Koninckx, son succès n’est pas le fruit du hasard : “Julie vient d’une famille d’entrepreneurs. Elle est la fille de Xavier Kegels, fondateur de Kipling et de Hedgren, elle a donc hérité du flair pour les bonnes affaires. En quelques saisons seulement, elle a su se faire un nom à l’international.”
Kegels est en ce moment très occupée : avant-hier, la créatrice a présenté sa 5e collection à la Fashion Week de Paris, et cette semaine elle participera à la demi-finale du prix LVMH. Pour une entreprise si jeune, c’est un véritable exploit. La demi-finale a lieu encore ce jeudi.
Le prix LVMH est l’un des plus prestigieux du monde, créé dans le but de récompenser les jeunes créateurs de talent. Il est décerné par le groupe de luxe Louis Vuitton Moët Hennessy. Plus d’infos
Marie Adam-Leenaerdt
Vision stratégique et entourage parfait
Marie Adam‑Leenaerdt a lancé sa marque en 2022 et est passée maître en(dé)construction et couches. Kim Kardashian a porté l’un de ses blazers, elle a été reprise dans la liste de Forbes Europe “30 Under 30”, côte-à-côte avec d’autres talents prometteurs et a été finaliste du prix LVMH de 2024.
Selon Koninckx, son plus grand atout vient de sa vision stratégique. “Marie a géré son entreprise très intelligemment depuis le début. Elle a commencé à nouer des relations alors qu’elle était encore aux études à l’école de Mode de La Cambre à Bruxelles, et elle a su s’entourer des bonnes personnes pour le branding, les ventes et la production. Cela lui a ouvert des portes.”
La mode d’Adam-Leenaerdt est l’une des meilleures de Belgique. Elle a ouvert son propre atelier dans sa ville natale, Bruxelles. Sa participation aux shows français attire l’attention du monde entier. Mardi, elle a pu présenter sa collection à Paris.
Meryll Rogge
Star plus expérimentée en pleine ascension
La Gantoise Meryll Rogge est la plus expérimentée des trois. Elle a pris le temps de fonder sa propre marque, a travaillé sept ans chez Marc Jacobs et a été responsable de la conception de son compatriote Dries Van Noten. “Elle a pu de cette manière se créer un réseau”, ajoute la coordinatrice.
Avec sa marque fondée en 2020, elle a habillé des stars comme Rihanna, Kendall Jenner, Dua Lipa et Jessie Buckley. Elle a remporté le prestigieux prix français ANDAM, assorti d’un mentorat et de 300.000 euros. “Ce soutien financier était le bienvenu. De l’extérieur, créer son entreprise semble glamour, mais en réalité cela nécessite un investissement gigantesque, surtout pour Meryll. Elle utilise des tissus chers et de qualité, et en fait des collections complètes. Même pour une personne expérimentée, cela nécessite un apport financier très important.”
Rogge est souvent qualifiée par la presse internationale “d’étoile montante belge”. Après le succès de sa marque, la créatrice a été désignée l’été dernier comme directrice créative de la maison de couture italienne Marni. “Elle est donc l’une des seules femmes à être à la tête d’une maison de couture.” Jeudi dernier, Rogge a présenté sa première collection chez Marni pendant la Fashion Week de Milan, qui a été couverte de louanges.
Des modèles pour les jeunes créateurs belges
Kegels, Adam-Leenaerdt et Rogge sont des exemples à suivre pour les jeunes créateurs belges. Elles sont la preuve que créer sa marque peut encore fonctionner. Le secteur de la mode n’est pas facile, mais Eva Koninckx conclut en donnant quelques conseils aux jeunes qui aimeraient se lancer :
“Commencez petit, avec une collection limitée mais tenable financièrement. Il faut bien se connaître et savoir se distinguer, parce qu’une véritable identité est cruciale dans un marché déjà si rempli. Entourez-vous des bonnes personnes : en partant de la production, jusqu’au branding et à la vente. Personne ne construit tout seul une entreprise.”
