L’incertitude géopolitique figure en tête des préoccupations des entreprises flamandes. C’est ce qui ressort d’une enquête menée par l’organisation patronale flamande Voka. "Notre industrie était déjà confrontée à une situation difficile, ce conflit ne fait qu’assombrir davantage les perspectives."
L’enquête du Voka été menée ces derniers jours, alors que la nouvelle guerre au Moyen-Orient, suite à l’attaque des États-Unis et d’Israël contre l’Iran, avait donc déjà commencé. "En plus des problèmes classiques que nous voyons souvent revenir, comme les coûts salariaux et les prix de l’énergie, l’incertitude géopolitique figure aujourd’hui en tête des principales préoccupations de nos entreprises flamandes", explique Eric Laureys, porte-parole du Voka.
"Les coûts énergétiques en Europe et en Belgique en particulier étaient déjà élevés par rapport à d’autres régions du monde. Aujourd’hui, nous faisons face à des prix du gaz qui ont augmenté de 50 %. Notre industrie était déjà dans une situation difficile, et ce conflit ne fait qu’assombrir davantage les perspectives."
Des interrogations sur le commerce et la sécurité des collaborateurs
Le Voka a mis en place un point de contact pour les entreprises se posant des questions sur le commerce international, à la suite des développements récents au Moyen-Orient. "Nous recevons de nombreuses questions", précise Laureys. "Elles portent par exemple sur la manière d’exporter encore vers les États du Golfe, mais aussi sur la sécurité des collaborateurs."
Ces dernières années, le nombre de conflits a augmenté, entraînant une incertitude croissante. "Nous l’avons constaté avec le Brexit, avec les prix élevés de l’énergie après l’invasion de l’Ukraine par la Russie, et plus récemment avec les droits de douane imposés par les États-Unis. Alors qu’il y avait pendant des années une relative stabilité, nous voyons désormais de nombreux foyers de conflit auxquels les entreprises doivent se préparer."
Les États du Golfe, attaqués par l’Iran en représailles à l’attaque d’Israël et des États-Unis, ne sont certainement pas négligeables comme partenaires commerciaux pour la Flandre, précise-t-on. "Cela représente environ 2 à 2,5 % de nos exportations, soit près de 7,5 milliards d’euros", indique Eric Laureys.
"Par ailleurs, la situation dans le détroit d’Hormuz est très préoccupante en ce moment." Cette voie maritime cruciale pour le commerce mondial risque d’être complètement bloquée en raison du conflit.
Les prix de l'énergie au cœur des préoccupations
Eric Laureys reconnaît que les autorités belges ont peu d’influence sur le conflit. Mais cela ne signifie pas qu’elles ne peuvent rien faire. "Il est très important de continuer à améliorer notre compétitivité. C’est primordial pour nos entreprises, et je pense en particulier aux prix de l’énergie", explique-t-il.
"Les prix de l’énergie mettent encore plus de pression sur notre industrie, déjà en crise. C’est donc un appel aux autorités : agissez pour la compétitivité. Il y a de nombreux dossiers sur la table du gouvernement. Par exemple, nous attendons toujours la mise en œuvre de la norme énergétique (une mesure visant à soutenir la compétitivité des entreprises). Il faut désormais s’en occuper en priorité."
Reprogrammer les vols
Parmi les entreprises flamande actives dans la région, DEME, le groupe de dragage, suit la situation de près. "Nous avons environ 150 collaborateurs dans les pays concernés, qu’ils soient dans les bureaux ou sur les différents projets, tous travaillent actuellement dans un environnement sûr", explique le porte-parole Frederic Dryhoel.
DEME n’a pour l’instant aucun navire dans la région du Golfe. L’entreprise ressent surtout des problèmes pour le trafic aérien, le Moyen-Orient étant un nœud stratégique pour de nombreuses routes. "Nous avons plusieurs navires actifs au Moyen-Orient. Nous devons maintenant relever le défi de réserver ou reprogrammer les vols pour assurer les rotations d’équipage."
Breetec, une entreprise limbourgeoise leader sur le marché de la production et de la vente de vannes de sécurité de haute qualité pour les silos et les réservoirs de stockage, évoque des perturbations logistiques. "Nos transports aériens sont limités ou temporairement suspendus. Le transport maritime reste possible pour le moment, mais il y a bien sûr une incertitude concernant le détroit d’Hormuz", explique le gérant Koen Beckers.
"Ce qui nous préoccupe le plus, c’est l’incertitude. La situation peut changer très rapidement, et cela rend les choses très difficiles."
