Le pétrolier arraisonné par l'armée dans la nuit de samedi à dimanche, l'Ethera, battait pavillon guinéen, mais figure sur la liste des navires sanctionnés par l'Union européenne comme faisant partie de la flotte fantôme utilisée par la Russie pour contourner les sanctions internationales, a confirmé le ministre de la Défense dimanche. "Ce n'est pas un constat anodin. Il s'agit d'indices sérieux de tromperie et de contournement des sanctions", a déclaré le ministre de la Défense Théo Francken (N-VA) en conférence de presse au port de Zeebrugge.
La Défense belge arraisonne un pétrolier de la flotte fantôme utilisée par la Russie, le parquet a ouvert une enquête
Selon le chef de la Défense, le général Frederik Vansina, la Belgique surveillait l'Ethera depuis un certain temps déjà. Le pétrolier présentait "de nombreux indices de sa participation aux opérations de la flotte fantôme", notamment en naviguant fréquemment entre la Russie et l'Amérique du Sud, en désactivant régulièrement ses systèmes d'identification et en naviguant sous différents pavillons. Selon M. Francken, le navire avait par exemple récemment déclaré aux autorités françaises qu'il venait du Panama.
Le pétrolier de 180 mètres, qui faisait route entre le Maroc et Saint-Pétersbourg, a été arraisonné samedi peu avant minuit en mer du Nord. Il ne transportait aucune cargaison: ce type d'opération ne se fait qu'avec des navires vides, afin d'éviter toute discussion sur la propriété du pétrole brut.
Nonante-trois militaires ont participé à l’Opération Blue Intruder
Nonante-trois militaires, dont des unités spéciales, quatre hélicoptères et un chien militaire ont participé à l'opération. Le briefing final a eu lieu samedi à 13h00 et le navire de patrouille Pollux a quitté Zeebrugge vers 19h46.
Pour la première fois, un nouveau drone MQ-9B SkyGuardian a été utilisé. Il provenait de la base militaire de Florennes. Vers minuit, les militaires avaient pris le contrôle du pont de l'Ethera, et le navire était entièrement sous leur contrôle à 1h11 dans la nuit de samedi à dimanche, selon Frederik Vansina.
Les 21 membres d'équipage ont entre-temps été identifiés, mais leur identité n'a pas encore été révélée. On ne sait pas encore quand ils pourront quitter l'Ethera. Le navire se trouve depuis 9h00 dimanche dans le port de Zeebrugge, où il a été saisi.
La DG Navigation et la police procèdent actuellement à des contrôles. Aucune arme n'a été trouvée à bord au cours de la nuit. Deux hélicoptères étaient prêts à intervenir pour apporter un soutien aérien en cas de fusillade, mais cela n'a pas été nécessaire, a indiqué Theo Francken.
On ne sait pas encore combien de temps l'Ethera deva rester immobilisé à Zeebruges. Cela dépendra de la suite de la procédure judiciaire, a expliqué la ministre de la Justice Annelies Verlinden (CD&V). Naviguer sous faux pavillon est illégal, mais il est possible qu'il y ait d'autres infractions, par exemple à la législation sur l'environnement ou le bien-être au travail. Tout cela fait actuellement l'objet d'une enquête.
La compagnie risque une amende de 10 millions d’euros
Selon le ministre de la Mobilité Jean-Luc Crucke (LE), la compagnie maritime risque une amende administrative pouvant atteindre 10 millions d'euros. "Ce n'est pas un montant symbolique, mais un signal clair que ceux qui traversent nos eaux doivent respecter le droit international."
Un tiers du montant de l'amende sera reversé à un projet visant à renforcer la circulation de l'information entre les services actifs en mer du Nord.
La Défense a arraisonné l'Ethera après plusieurs semaines de préparation, au cours desquelles d'autres navires ont également été inspectés.
La Belgique s'attend à des représailles de la part de la Russie
"Nous sommes sur nos gardes", a déclaré Theo Francken (N-VA) dimanche matin après la saisie du pétrolier Ethera. Le ministre de la Défense s'attend à des répercussions diplomatiques de la part de la Russie. Sa saisie occasionne une réponse diplomatique de la Russie. L'ambassadeur belge à Moscou a été informé, selon M. Francken : "Nous nous attendons à ce qu'il soit convoqué aujourd'hui."
Après la France, la Belgique est le deuxième pays de l'Union européenne à immobiliser un pétrolier de la flotte fantôme russe. Le Centre de crise national (NCCN) évalue la situation et l'Organe de coordination pour l'analyse de la menace (Ocam) a été chargé de réaliser une nouvelle analyse des menaces.


