Après 18 ans de silence, Marie-Christine de Belgique, surnommée la "princesse disparue" a donné signe de vie. La demi-sœur du roi Albert II et tante du roi Philippe a envoyé une lettre au magazine français Point de Vue. "Je mène une vie très simple", écrit-elle à propos de la ville américaine de Sequim, où elle s’est retirée.
La princesse Marie-Christine, demi-soeur du roi Albert II, sort du silence après 18 ans
Comme beaucoup d’autres, le magazine français "Point de Vue" avait déjà tenté de contacter la princesse, à plusieurs reprises. Fin 2019, le magazine Story avait retrouvé Marie-Christine – surnommée Daphné par ses amis – dans l’État de Washington, à Sequim, une localité, de moins de 8.000 habitants, connue pour ses champs de lavande et située tout près de Vancouver à la frontière canadienne.
Un an plus tard, un journaliste de VTM avait tenté sa chance et avait frappé à la porte de la modeste résidence de Marie-Christine. Mais la princesse et son mari, Jean Paul Gourgues, ont tous deux refusé de collaborer.
Les journalistes de Point de Vue ont donc été très surpris lorsqu’une lettre manuscrite est arrivée à la rédaction du magazine. L’enveloppe révélait immédiatement l’expéditeur : en guise d’en-tête une couronne accompagnée des lettres S.A.R. (Son Altesse Royale), suivie de son nom complet "Princesse Marie-Christine de Belgique".
Si la princesse n’a pas posé le pied en Belgique depuis plus de quarante ans, il est clair qu’elle attache encore une grande importance à ses origines. Qu’est-ce qui l’a poussée alors à prendre la plume ? Son 75ᵉ anniversaire début février ? La très courte lettre ne le révèle pas.
"Plus le temps passe, plus je me retire de la vie sociale", écrit Marie-Christine. Elle évoque également un traumatisme personnel.
La princesse affirme dans son autobiographie "La Brisure" (2005), avoir été violée par l’un de ses cousins. Le palais, ou plutôt sa mère Lilian, aurait tout étouffé par peur d’un scandale. Sa relation conflictuelle avec sa mère l’aurait poussé à l'exil aux États-Unis.
"Avec l’affaire Epstein et le mouvement #MeToo, je me sens concernée", écrit Marie-Christine aujourd’hui. Au-delà de cela, nous n’apprenons pas grand-chose. La princesse a souffert d’un anévrisme cérébral et a consacré toutes ces années au bénévolat dans un centre animalier, où elle s’occupait notamment de rapaces. Elle a hérité sa passion pour la nature de son père, le roi Léopold III, qui partait souvent en expédition (notamment en Amazonie, au Congo et en Nouvelle-Guinée) et y réalisait des photographies et des films.
Elle ne dit pas un mot sur la famille royale. Le roi Albert II aurait ces dernières années tenté, via son entourage, de renouer discrètement les liens avec sa demi-sœur, sans succès. Le palais ne souhaite ni confirmer ni infirmer cette démarche. "Cela relève de la sphère privée du roi", précise-t-on. Même sa sœur, la princesse Marie-Esmeralda, n’aurait pas ses coordonnées.
La fille aînée issue du second mariage du roi Léopold III
Marie-Christine née le 6 février 1951 est la fille aînée du roi Léopold III et de sa seconde épouse, Lilian Baels. Elle est née et a grandi dans le domaine du château de Laeken. Léopold a eu avec Lilian deux autres enfants : Alexandre et Esmeralda.
De son premier mariage avec la reine Astrid, Léopold a eu deux fils : Baudouin et Albert et une fille, Joséphine-Charlotte. Avec son demi-frère Baudouin, Marie-Christine a entretenu une bonne relation. Il est alors un jeune roi, célibataire, et vivait avec Léopold III, Lilian et leurs enfants à Laeken.
Avec les autres, la relation était plus distante. Alexandre et Albert sont plus âgés qu’elle et mènent leur propre vie. Joséphine-Charlotte s’est mariée tôt et a choisi de fonder une famille au Luxembourg. Esmeralda est quant à elle trop jeune pour devenir une confidente, selon Marie-Christine.
L’éducation quotidienne est confiée à des nourrices (24 au fil des ans), des gendarmes veillaient sur elle jour et nuit, et elle a reçu un enseignement à domicile.
"Je ne me souviens de rien concernant mes parents à cette époque. Ils habitaient dans une aile différente du château. Nous ne les voyions pas souvent", écrit la princesse dans son autobiographie. Pourtant, elle est heureuse à Laeken, dans ce paradis vert au cœur de la ville.
L'exil à Argenteuil
Mais son enfance à Laeken prendra brutalement fin avec le mariage de Baudouin et Fabiola en 1960. La jeune mariée et Lilian Baels ne s’entendaient pas. Leopold III s’installe alors avec sa seconde famille au Château d'Argenteuil. Ce sera leur "lieu d’exil" à Waterloo. Baudouin et Fabiola disposent désormais du domaine de Laeken pour eux seuls.
Les relations entre les deux ménages ne se rétabliront jamais. Marie-Christine : "Pour ma mère, Fabiola était une intrigante qui avait arraché Boudouain à ses parents."
Pour Marie-Christine, la vie au Château d'Argenteuil est moins heureuse. Les tensions avec sa mère Lilian Baels, qui y exerce une autorité sans partage, sont vives.
Marie-Christine confie : "J’ai eu peur de ma mère jusqu’au jour de sa mort. Entre nous, cela n’a jamais fonctionné. Elle était dominante et dure. Je ne peux pas nier que je n’étais pas une enfant facile. J’étais très perturbée. Mes parents ne m’en parlaient pas directement et n’avaient aucune compréhension de la psychologie d’un enfant ou d’un adolescent, mais ils pensaient que j’étais déséquilibrée."
Dans les années 1980, Leopold III et Lilian Baels, à bout de ressources, envoient leur fille aînée au Canada pour y travailler. Elle obtient un poste de téléphoniste au service protocolaire du gouvernement.
Pour la première fois de sa vie, la princesse se sent vraiment libre et au bout du compte ne revient pas en Belgique. Croyant pouvoir assurer sa liberté en se mariant, elle s'enfuit en Floride avec Paul Drucker, veuf, homosexuel et pianiste de bar québécois. Son mari avait treize ans de plus qu'elle. La relation ne dure pas : après cinq semaines elle quitte son mari, ne supportant plus d'être considérée par lui comme un simple faire-valoir.
Le 25 septembre 1983, Leopold III décède. Marie-Christine rentre en Belgique pour rendre un dernier hommage à son père en toute intimité. Elle ne participera pas aux funérailles. C’est la dernière fois qu’on la verra sur le sol belge.
Le 28 septembre 1989, Marie-Christine épouse en secondes noces Jean-Paul Gourgues, un restaurateur français. Le couple qui vit en Californie, n'a pas d'enfants.
En 1993, elle apprend le décès du roi Baudouin par la presse et refuse de revenir en Belgique pour les funérailles. En 2002, elle ne revient pas non plus pour le décès de sa mère la princesse Lilian avec qui elle n'avait plus de contacts.
Si certains mettent en évidence ses problèmes d'argent et le goût de son mari pour les jeux de hasard, qui aurait dilapidé son héritage, d'autres décrivent la princesse comme étant aujourd'hui une "femme dévouée et raffinée, qui aurait enfin trouvé la sérénité".

