Qu'est-ce qui était considéré comme beau ou comme laid à la Renaissance ? C'est l’une des questions auxquelles tente de répondre l’exposition proposée jusqu’au 14 juin 2026 au Palais des Beaux-Arts (Bozar) de Bruxelles, au travers d’une petite centaine d’œuvres d’art de la Renaissance, d’Italie et des Pays-Bas. Intitulé "Bellezza e Bruttezza", le parcours explore l'évolution des canons de beauté et de laideur aux 15e et 16e siècles. On y découvre des représentations idéalisées de femmes à la beauté sublime, mais aussi des vieillards réalistes, des visages déformés, des satyres et bouffons. Car "la beauté et la laideur sont indissociables", souligne la commissaire de l’exposition Chiara Rabbi Bernard. De nombreuses œuvres d'art présentées n’ont jamais été exposées auparavant en Belgique.
De Vinci, Botticelli ou Cranach: Bozar questionne le beau et le laid avec l'exposition "Bellezza e Bruttezza"
Une jeune femme radieuse de Botticelli, le dessin grotesque d'une femme âgée par Léonard de Vinci, ou encore une esquisse d'une vieille femme par Michel-Ange : le Bozar présente quelques-uns des plus grands noms de l'histoire de l’art. "La Belle et la Bête" est un thème intemporel, depuis l'Antiquité classique jusqu’aux films de Jean Cocteau et Walt Disney.
Le Bozar explore à son tour les thèmes de la beauté et la laideur, sous le titre italien "Bellezza e bruttezza" . De nombreuses œuvres italiennes y sont effectivement exposées, datant de la Renaissance, de la fin du 15e siècle à la fin du 16e siècle. Les Pays-Bas sont également bien représentés.
L’exposition présente pas moins de 95 peintures, dessins et sculptures provenant d'une soixantaine de prêteurs d'Europe et des États-Unis. Même les Musées du Vatican ont prêté "Les Trois Grâces", un chef-d'œuvre romain si cher aux artistes de la Renaissance.
Nombre des œuvres exposées voyagent rarement en raison de leur grande fragilité
Zoë Gray, directrice des expositions du Bozar
"Ce sont des œuvres qui voyagent très rarement car elles sont extrêmement fragiles", explique Zoë Gray, directrice des expositions du Bozar. "Réunir toutes ces œuvres à Bruxelles a représenté un véritable défi. D'autant plus que le Bozar ne possède pas de collection permanente : nous n'avons donc rien à offrir en échange. Tout cela, nous le devons au talent de la commissaire d'exposition (l'Italienne Chiara Rabbi Bernard) et à la conception de l'exposition."
Il s'agit donc d'une occasion unique de découvrir ces créations, beaucoup étant exposées pour la première fois - et peut-être aussi la dernière - en Belgique.
Botticelli époustouflant
L'un des joyaux de l'exposition est le "Portrait allégorique d'une femme", peint vers 1490 par Sandro Botticelli. Une femme d'une grande beauté se détache sur un ciel d'un bleu limpide. Des perles sont brodées dans sa coiffure tressée, sa robe et son châle. De ses doigts, elle presse le lait de son sein droit, telle une déesse de la fertilité ou une sorte de Madone, bien qu'aucun enfant ne figure sur le tableau.
Bottelli s’est très probablement inspiré de Simonetta Vespucci comme modèle, la même femme qui apparaît dans l'une de ses œuvres les plus célèbres, "La Naissance de Vénus". Simonetta est décédée à seulement 23 ans. Le tableau exposé à Bruxelles provient d'une collection privée.
Le Titien a également peint la beauté "idéale", par exemple dans son portrait de Giulia Gonzaga, où il a manifestement accentué la pâleur de son teint et le rose de ses joues. Elle écrivit dans une lettre qu'il l'avait représentée bien plus belle qu'elle ne l'était en réalité.
Les puissants ne sont jamais représentés comme laids, contrairement aux marginaux
Zoë Gray, directrice des expositions à Bozar
De nombreux artistes étaient fascinés par les personnes présentant des défauts. Le peintre néerlandais Willem Key a réalisé ainsi un portrait de Magret Halseboer, également connue comme "La Femme aux deux barbes". Le Bozar présente également une esquisse d'une vieille femme, de la main de Michel-Ange en personne. Les visages ridés ou les nez crochus sont toujours un sujet de prédilection.
Mais cela en dit aussi long sur la relation entre l'artiste et son modèle, note Zoë Gray : "Les puissants ne sont jamais représentés comme laids, contrairement aux marginaux."
L'exposition présente également un portrait anonyme de Madeleine Gonzales, une jeune fille atteinte d'une maladie qui la rendait extrêmement poilue. D'un côté, toute sa famille était considérée comme une race inférieure, mais ici elle est représentée vêtue d'une robe noble.
Caricature de Léonard de Vinci
Les nombreuses caricatures, têtes grotesques et déformations monstrueuses témoignent d'un véritable plaisir du dessin. Dans une vitrine, on peut admirer un dessin de Léonard de Vinci représentant une vieille femme terrifiante au visage creusé et défait.
Les dessins satiriques de Léonard de Vinci ont été imités dans notre pays. Quinten Matsijs (Louvain 1466 - Anvers 1530), par exemple, représenta une vieille femme avec des traits rappelant une petite pomme ridée. Son fils Jan Massys a peint une scène avec des amoureux âgés, où figurent des symboles sexuels tels que la cornemuse et une cruche, qui est aussi exposée au Bozar. Le message est clair : les personnes âgées ne devraient plus avoir de relations sexuelles.
Beauté et laideur côte-à-côte
"Beau" et "laid" sont souvent associés dans une même image. Un bouffon surgissant dans un coin du tableau, comme pour remettre les autres personnages en perspective. Ou un satyre tentant de séduire la déesse romaine Pomone au milieu d'une récolte de fruits exotiques.
Le maître allemand Lucas Cranach l’Ancien (1472-1553) est représenté à l’exposition par trois tableaux de "couples inégaux". Un vieil homme et une jeune fille : il la tient à la taille, elle plonge la main dans sa bourse. L'inverse est également possible, avec une femme mûre et un jeune homme. Le" sugar daddy" ou la "cougar", vieux et jeune, "beau" et "laid", réunis dans une même image, comme un doigt moralisateur. De quoi alimenter la réflexion sur ce qui était et est encore considéré comme "beau" et "laid".
L'exposition "Bellezza e bruttezza" est aussi le point de départ au Bozar d'un programme consacré en 2026 à la notion actuelle de beauté et à son contraire, la laideur. Ainsi, dès le 7 mars, l'exposition "Picture Perfect " rassemblera 55 photographes et vidéastes contemporains qui s'interrogent sur les beautés et horreurs d'aujourd'hui.
Informations pratiques : L’exposition "Bellezza e bruttezza " est à visiter au Bozar à Bruxelles jusqu’au 14 juin 2026.
L’exposition "Picture Perfect : Beauty Through a Contemporary Lens " ouvrira ses portes le 7 mars prochain.


