Le procès aux assises pour le meurtre de David Polfliet débute ce vendredi à Gand (Flandre orientale). En 2021, cet homme a été attiré dans un parc à Beveren via une application de rencontre, pour être ensuite assassiné par trois mineurs. Que s’est-il passé ce soir-là ? Pourquoi ces jeunes ont-ils commis ces faits ?
Le procès pour le meurtre de David Polfliet commence ce vendredi
“Montre-toi, pourquoi rester dans le noir, tu me fais peur”. C’est le dernier message que David Polfliet a envoyé au jeune Levy. La victime attendait cet inconnu dans un parc à Beveren le 5 mars 2021. Plus tôt dans la journée, David rencontrait Levy sur l’application de rencontre pour homosexuels Grindr. Du moins, c’est ce qu’il pensait. En réalité, il discutait avec un faux profil créé sous un faux nom.
"Je ne suis pas gratuit"
David a échangé avec son correspondant un total de 512 messages en 6 heures. Lors de leur conversation, Levy dit avoir 16 ans et lui demande de l’argent en échange de rapports sexuels, parce qu’il “n’est pas gratuit”. David hésite et finit par accepter, lui proposant un montant de 50 euros.
David se rend sur place, mais ne voit pas son interlocuteur. Son dernier message est envoyé à 21h56. Quelques minutes plus tard, David se retrouve au sol avec deux coups de couteau dans la cuisse.
Le lendemain, un passant tombe sur le corps sans vie de David, décédé des blessures à la cuisse. En revanche, aucune trace du tueur.
Est-ce légal ?
À partir de 16 ans, un mineur atteind officiellement l'âge de la maturité sexuelle. On estime donc qu'il peut donner librement son accord pour des rapports sexuels. En revanche, selon la loi, discuter d'un montant en échange de rapports sexuels est considéré comme de la prostitution, et est donc punissable.
Des noms déjà connus de la justice
Dans les jours qui suivirent, trois mineurs se sont rendus à la police. Il s’agit du jeune K.L. de 17 ans, de son ami du quartier de Beveren L.N. (16 ans) et de R.P., âgé de 17 ans et venant d’Anvers.
Les trois étaient déjà connus de la justice pour extorsion avec port d’arme et menaces (K. et L.), et pour vol, agression et destruction de biens pour R.
Les trois jeunes ont confirmé leur implication dans le meurtre de David et ont relaté les faits.
"Chasseurs d'homosexuels"
Lorsque L. s’est inscrit sur l’application Grindr, son objectif était de piéger des homosexuels grâce à un faux profil. Trois jours avant l’assassinat, L. , K. et son frère ont attiré un homme grâce à l’application, ils l’ont humilié, menacé et volé. Tout cela sous l’œil d’une caméra. Ce trio s’est autoproclamé “les chasseurs d'homosexuels”. Depuis, ils ont été condamnés à une peine de prison pour cette affaire.
Le meurtre de David, lui aussi, a été filmé. Les trois jeunes l’ont agressé et lui ont infligé deux coups de couteau, avant de s’enfuir. Ils n’ont pas appelé les secours parce que “ils n’avaient plus de batterie”, “plus de crédit d’appel”, ou par “pure panique”.
La haine envers les homosexuels
En Flandre, le meurtre de David a provoqué de nombreuses réactions. Son entourage le décrit comme étant serviable, social, attentionné et pacifiste. Ses collègues le voient comme un travailleur, un homme professionnel.
Dans l’espace public, ce meurtre a rapidement été associé à de la haine contre les personnes homosexuelles. Dans les articles de presse, à la télévision et dans la sphère politique, on a débattu sur l’homophobie dans notre société.
Tout cela, avant même qu’une enquête ne révèle le motif des trois mineurs. La famille de David et la justice ont appelé au calme et ont demandé de ne pas faire d’allégations. Encore aujourd’hui, les raisons des trois inculpés restent floues. Le ministère public parle de meurtre pour vol, et non de violence homophobe.
Jusqu'à trente ans de prison
Durant les prochains jours, un tribunal formé de douze membres du jury se penchera sur la question du motif du meurtre. R. a soudainement avoué avoir assassiné David après neuf mois d'interrogatoire, juste avant la reconstitution.
Ces jeunes, âgés aujourd’hui de 21 et 22 ans, seront jugés comme des adultes. Après les faits, ils ont été placés dans un centre pour mineurs.
Le verdict du jugement sera prononcé durant la semaine du 9 mars. Les trois accusés risquent une peine maximale de 30 ans de prison.

