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L’application a déjà été testée l’an dernier sur le campus de la VUB à Ixelles.

La VUB lance une application pour cartographier le sentiment d’insécurité à Bruxelles

Des chercheurs de la VUB (Vrije Universiteit Brussel) ont développé une application pour mesurer en temps réel le sentiment d'insécurité des citoyens dans les rues de Bruxelles. L’application, appelée "Moment ", est disponible à partir de ce lundi et sera utilisée pour une enquête citoyenne à grande échelle.

BRUZZ Eric Steffens
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Un regard dérangeant. Des déchets jeté en rue. Un éclairage public insuffisant ou un manque d’espaces verts. Tout cela peut contribuer à un sentiment d’insécurité plus élevé à Bruxelles, mais ce lien est difficile à saisir avec des enquêtes classiques ou des statistiques de criminalité. C’est ce que déclarent les chercheurs en sociologie de la VUB, qui ont donc imaginé une application permettant de collecter de meilleures données sur la perception de la sécurité dans les rues.

L’application s’appelle "Moment", en référence au moment exact où quelqu’un se sent en sécurité ou non à un endroit précis à Bruxelles.

L’an dernier, l’application a déjà été testée sur le campus de la VUB à Ixelles, initialement uniquement auprès des femmes, mais le taux de réponse était limité. La majorité des étudiantes ne se sentaient pas souvent en danger, sauf lors de soirées étudiantes. "Cela confirme que le facteur temps est déterminant", explique le chercheur Petrus te Braak du groupe de recherche Brispo à la VUB.

Comment fonctionne l'application ?

C’est la raison pour laquelle l’application est lancée de manière plus large, pour toutes les personnes qui se trouvent régulièrement à Bruxelles. La seule condition est d’être âgé de plus de 18 ans. En partageant leur localisation, les participants reçoivent en temps réel de brèves questions qui sondent leur sentiment de sécurité à un moment précis, à cet endroit, et les raisons de ce ressenti.

On peut comparer cela à l’application BeReal, qui demande de prendre une photo immédiate, mais ici sans photo, et avec une évaluation instantanée de son sentiment de sécurité.

L’application pose de courtes questions au moment même où l’expérience se produit.

Theun Pieter Van Tienoven, Professeur à la VUB

"L’application est un instrument scientifique, mais elle reste accessible et centrée sur ce que les gens vivent réellement dans l’espace public", explique Petrus te Braak. "Avec Moment, nous voulons rendre visibles des expériences quotidiennes qui sont difficiles à saisir dans les études traditionnelles."

"Les participants ne doivent pas se remémorer des sentiments éprouvés plusieurs jours auparavant", précise le professeur Theun Pieter Van Tienoven, qui co-supervise l’étude. "L’application pose de courtes questions au moment même où l’expérience se produit. Nous sommes convaincus que cela permettra de recueillir des données beaucoup plus riches."

Une science citoyenne

Au cours des prochains mois, Petrus te Braak suivra et analysera ces données. "Je préfère que chaque utilisateur renseigne plusieurs lieux plutôt qu’un grand nombre de personnes n’en indiquent qu’un seul." Il s’agit d’une étude participative, un projet de science citoyenne ouvert à tous. "Au départ, nous voulions recruter des participants via des comités de quartier, mais leur public est souvent fluctuant." C’est pourquoi te Braak promeut désormais son application à travers une campagne médiatique plus large.

La collecte de données se poursuivra jusqu’à l’été. "Nous avons besoin d’un volume suffisant de données pour pouvoir formuler des conclusions étayées. Il est donc important qu’au moins certains utilisateurs visitent aussi des lieux plus secondaires, qui peuvent être perçus comme désagréables par certaines personnes. Dans une première phase, nous collectons largement les données ; ensuite viendront une analyse approfondie et un débat public", explique encore Petrus te Braak.

Les participants ne doivent toutefois contribuer que pendant quatre semaines. Passé ce délai, l’application devient automatiquement inactive. Toutes les réponses sont traitées de manière anonyme.

L’application recense actuellement 110 endroits à Bruxelles, de la gare du Nord à la place Flagey, en passant par le Mont des Arts ou le quartier Dansaert. Des parcs moins connus, comme le bois de Wilder à Berchem-Sainte-Agathe et le parc Albert à Molenbeek, font également partie de la sélection. "Je n’ai pas choisi ces endroits moi-même. Nous les avons sélectionnés en recueillant des contributions de terrain. J’ai participé à des dizaines de marchés et discuté avec des groupes de discussion et des coordinateurs de quartier", raconte Petrus te Braak.

Des recherches antérieures ont déjà montré que le sentiment de sécurité des visiteurs dans ces lieux peut varier entre le jour et la nuit. Il évoque aussi l’aménagement urbain. Ainsi, des équipements sportifs populaires dans certains parcs, comme à Tour & Taxis, peuvent influencer le sentiment de sécurité des personnes qui empruntent les allées, explique-t-il. "On pourrait parfaitement déplacer ces installations cent mètres plus loin, vers un espace où elles seraient moins dominantes. C’était l’endroit le plus souvent cité comme insécurisant par les jeunes femmes, les sportifs et les riverains."

Il souligne qu’il est essentiel de comprendre que les sentiments de sécurité et d’insécurité sont toujours liés au moment. "J’ai recueilli des témoignages de femmes d’Anderlecht qui disent que le quartier paraît plus sûr lorsque le Sporting joue, car il y a alors davantage de présence policière. En été aussi, les femmes subissent davantage de harcèlement de rue lié à leur tenue vestimentaire. Je veux intégrer ces variations saisonnières dans l’analyse."

Notre projet vise à rendre visibles les problèmes liés au sentiment d’insécurité et à fournir des leviers concrets afin de permettre des changements.

Petrus te Braak, chercheur à la VUB, application "Moment"

Les données collectées devront à terme aider les communes à renforcer le sentiment de sécurité dans les lieux concernés. "Notre projet vise à rendre visibles les problèmes liés au sentiment d’insécurité et à fournir des leviers concrets afin de permettre des changements", explique Petrus te Braak. "Je préparerai un guide à l’intention des décideurs bruxellois, recensant les facteurs qui génèrent un sentiment d’insécurité. Ces données pourront ensuite être analysées au niveau des individus, du moment ou du lieu."

"Si nous voulons rendre l’espace public plus sûr pour tous, nous devons mieux comprendre comment il est réellement perçu par les citoyens», conclut le professeur Van Tienoven. "Ces perceptions varient selon les personnes, les lieux et les moments. Cette recherche permet précisément de cartographier ces différences."

L'application "Moment " (en français) est disponible gratuitement sur l'App Store et sur Google Play.

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