À Gand, des archéologues ont mis au jour une partie du Château des Espagnol. Il s’agit de la forteresse que l’empereur Charles Quint avait fait construire pour maintenir en respect les rebelles gantois. Des appartements seront bientôt construits sur le site. "Nous savions que nous allions découvrir quelque chose, mais ce que nous avons trouvé est vraiment magnifique", confie un archéologue.
À Gand, des archéologues mettent au jour une partie du Château des Espagnols : "Un véritable trésor archéologique"
À Gand, des fouilles sont en cours sur la Spaanskasteelplein. Le nom de la place rappelle qu’une forteresse espagnole se trouvait autrefois ici. L’empereur Charles Quint fit construire cette forteresse au XVIᵉ siècle pour surveiller les habitants de Gand après une révolte contre les impôts élevés. Les rebelles étaient contraints de parcourir la ville pieds nus, la corde au cou, lors d’un châtiment public. C’est de cette humiliation que les Gantois tirent leur surnom de "Stroppendragers", ce qui signifie en français "Porteurs de corde". Le Château des Espagnols a été érigé pour surveiller la ville, empêcher de nouvelles révoltes et abriter la garnison impériale espagnole.
L’imposante forteresse disparut au XIXᵉ siècle pour laisser place au quartier Saint-Macharius. Une grande partie du site fut recouverte par des constructions. Récemment, un promoteur immobilier a fait démolir l’un de ces bâtiments pour y ériger de nouveaux appartements. "Les caves d u nouvel immeuble vont altérer le sol. Nous conservons tout ce qui peut encore être préservé", explique l’archéologue Robby Vervoort.
Le quartier des soldats espagnols
Robby Vervoort s’attendait à de nombreuses découvertes exceptionnelles. "Nous avions réalisé une étude préparatoire qui laissait déjà entrevoir de nombreuses découvertes et des sondages avaient été réalisés dans les bâtiments démolis. Ils montraient la présence de parties en pierre du château ainsi que des vestiges encore plus anciens", explique-t-il.
Les archéologues ont pu mettre au jour des murs formant ce qui semble avoir été des quartiers militaires. "Les soldats espagnols y auraient probablement été cantonnés", indique Robby Vervoort. "On trouve de nombreux indices de leur présence. Des recherches supplémentaires sont nécessaires, mais il y a déjà de très beaux artefacts."
Faites glisser la ligne blanche pour comparer l’emplacement du Château espagnol sur la carte de Ferraris (1777) et sur la carte actuelle de Gand :
Robby Vervoort se montre particulièrement enthousiaste à propos du puisard bien rempli. "Nous sommes littéralement en présence de déchets vieux de plusieurs siècles. Cette fosse servait à l’époque à jeter toutes sortes de débris. Ils sont souvent exceptionnellement bien conservés. Nous enlevons couche après couche pour récupérer les objets dans les meilleures conditions. C’est un véritable coffre aux trésors archéologique." En effet, l'environnement sans air permet une conservation remarquable des matières organiques et des objets du quotidien.
Ce puisard est un véritable coffre aux trésors archéologiques.
Robby Vervoort, archéologue
"Nous pourrons déterminer l’alimentation des soldats grâce aux restes d’animaux, aux graines et aux pollens végétaux retrouvés sur place." Des petits récipients en verre et des fragments de bouteilles de vin ont également été découverts. "Probablement liés aux soldats espagnols qui étaient cantonnés ici."
Des dizaines de squelettes médiévaux sur l’ancien cimetière de l’abbaye
Au XVIᵉ siècle, l’empereur Charles Quint humilia complètement les habitants de Gand en faisant construire la forteresse sur un site particulier : l’ancienne abbaye Saint-Bavon et ses bâtiments adjacents durent être démolis. L’abbaye était considérée comme le berceau de la ville : c’est là que Saint Amand aurait fondé Gand au VIIᵉ siècle.
"Nous nous trouvons à une cinquantaine de mètres de l’ancienne église abbatiale", précise Vervoort. Cette église a disparu depuis des siècles, et la ville a planté des arbres pour matérialiser son plan au sol. "Nous sommes ici sur un ancien cimetière", explique-t-il. Les archéologues y ont découvert des dizaines de squelettes médiévaux. S’agissait-il de moines ? Ils devaient avoir un lien avec la vie dans l’abbaye. Les restes datent d’une période comprise entre le XIIIᵉ et le XVIᵉ siècle. Une partie de l’abbaye a été conservée plus loin : il est encore possible de visiter les ruines de l’abbaye Saint-Bavon, que la ville prévoit de rénover prochainement.
Des traces de vie encore plus anciennes
Le site a également livré d’autres secrets. "Nous avons retrouvé de la céramique et des matériaux de construction datant de l’époque romaine. Il y avait aussi certainement une occupation préhistorique ici."
Quelques outils en silex font également partie des découvertes. "Nous laissons aussi quelque chose pour les archéologues du futur."
Les fouilles devraient s’achever début mars, et le chantier entrera alors dans une nouvelle phase : la zone archéologique deviendra une véritable zone de construction, et les futurs appartements seront pourvus de caves.
"Une partie du terrain est préservée. Il y aura aussi des bâtiments, mais sans sous-sol. Nous laissons tout intact. Nous pensons que les archéologues du futur disposeront d’outils bien plus performants et pourront continuer à explorer ce qu’il restera à découvrir."









