Aller au contenu principal
François et son fils Frédéric Chladiuk dans leur magasin Western Shop au Boulevard Adolphe Max

Western Shop, le magasin d'articles de cow-boy installé depuis 36 ans au cœur de Bruxelles, va quitter la capitale

Depuis 1990, l'emblématique Western Shop installé le long du Boulevard Adolphe Max - non loin de l'opéra de La Monnaie et de la Grand-Place - est l'adresse incontournable pour les chapeaux de cow-boy, les bottes et les chemises à carreaux de la plus haute qualité. Le propriétaire François Chladiuk, âgé aujourd’hui de 73 ans, passera le relais à son fils Frédéric (55 ans) en janvier 2027. Ce dernier compte déménager le magasin vers la commune tranquille de Dave, non loin de Namur, et ouvrir une boutique en ligne.

BRUZZ Anne François
Publié:

Depuis les années 1990, la façade orange de la boutique Western Shop fait partie intégrante du paysage du Boulevard Adolphe Max à Bruxelles. Une musique country contemporaine accueille les clients dès l'entrée, et les portes battantes en bois des cabines d'essayage évoquent un saloon américain. Bottes de cow-boy en cuir, chapeaux, ceintures et gilets ornent les étalages en bois, construits dans le temps par le père de François.

Si vous cherchez une tenue facile pour une soirée costumée de cow-boys, vous vous trompez cependant d'adresse. La boutique vend en effet exclusivement des marques américaines haut de gamme. Père et fils Chladiuk sont très attentifs à la qualité et à l'authenticité de ce qu’ils proposent. Tous deux ont traversé l'Atlantique à plusieurs reprises ces dernières années pour aller voir les collections.

Du cuir de raie et autres raretés

"Au départ, nous étions parmi les premiers à proposer des bottes Tony Lama", racontait François à nos collègues de Bruzz. "Mais depuis la délocalisation de leur production, la qualité a baissé. Finalement, nous avons décidé d'arrêter de vendre cette marque, malgré une demande persistante."

Cette façon de travailler, sans tenir compte de la demande ni des tendances, est typique du Western Shop. "Nos articles les plus vendus actuellement sont de la marque Carhartt", précisait Frédéric. "C'est très en vogue en ce moment. Mais nous évitons volontairement des marques européennes. Elles sont plus axées sur la mode. Ici, vous ne trouverez que des vêtements de travail authentiques, à la fois plus résistants et plus abordables."

Pour ce qui est des bottes de cow-boy, le magasin propose une large palette. Des marques Corral ou El Gringo, par exemple. "Elles sont fabriquées au Mexique aujourd'hui, mais la qualité reste irréprochable", expliquait François. "Cela se voit aux détails : les semelles cousues à la main, les clous placés avec soin, et une doublure en cuir plutôt qu’en tissu."

Une paire de bottes peut facilement coûter de quelques centaines à un millier d'euros. "Mais elles durent aisément 15 à 20 ans avec un minimum d'entretien", soulignait Frédéric. "De ce point de vue, elles valent largement leur prix." Les clients ont le choix parmi des dizaines de modèles, dont certains sont ornés de motifs minutieux. Le choix des matières n'est pas non plus toujours courant. Outre le cuir de vachette, on trouve des bottes en cuir de caïman, de requin, de raie ou de pattes d'autruche.

Des bottes en cuir de vachette, mais aussi en peau de caïman ou de raie

Des clients célèbres

Les clients apprécient également l'honnêteté du père et du fils Chladiuk. "Si un chapeau ou des bottes ne vont pas à un client, nous le lui disons. Et nous ne lui proposons jamais de bottes ne serait-ce que d'une demi-pointure trop grande ou trop petite. Ce serait certes plus rentable, mais cela ne correspond pas à notre éthique. Nous préférons que le client revienne quand sa pointure est disponible."

Cette approche a attiré de nombreuses personnalités au Western Shop au fil des ans, de l'acteur malinois Carry Goossens au guitariste américain Bruce Springsteen en passant par le prince Laurent, frère du roi Philippe. Feu Freddy Thielemans, l’ancien bourgmestre de Bruxelles, était aussi un client régulier. "C'était un de mes meilleurs amis", se souvient François. "À une époque, il venait presque tous les jours essayer des chapeaux et des bottes."

Le Western Shop ne manque certainement pas de clients, pour une part fidèles. Un mélange équilibré de nouveaux clients et d'habitués y fait régulièrement son apparition. "En fait, il y a même un peu trop de passage", admettait François. "Maintenant que j'ai atteint un certain âge, il me devient plus difficile d'être à la boutique tous les jours. Et mon fils ne peut pas s'en occuper seul."

"Avec certains clients, on peut passer une heure à essayer. Et puis il y a ceux qui entrent par curiosité, parfois juste pour prendre des selfies avec des chapeaux de cow-boy. Il faut s'occuper de tout le monde, tout en gérant le reste de la boutique. C'est beaucoup de travail", précisait François.

Un style de vie avant tout

Engager du personnel supplémentaire s'est avéré difficile. "Comme nous travaillons avec des produits spécifiques, un certain niveau d'expertise est indispensable. Former quelqu'un prendrait facilement trois mois. Et puis c'est bien davantage une question de style de vie que de ventes."

C'est pourquoi le magasin déménagera en janvier prochain dans la commune plus calme de Dave, près de Namur. "De toute façon, la plupart des clients viennent de l'extérieur de Bruxelles", expliquait Frédéric, qui habite dans cette localité. "C'est plus rural là-bas et il y a plus de places de parking." Chladiuk fils lancera également une boutique en ligne.

Des boucles de ceinture spéciales (trophy buckles)

L'Oscar du Far West

La partie la plus impressionnante du Western Shop ne se trouve cependant pas dans le magasin, mais à l’étage. François y conserve sa collection privée, composée de vêtements et d'autres objets de la tribu Lakota, remarquablement bien conservés. Ces pièces sont arrivées en Belgique à l'occasion de l'Exposition universelle de 1935. François les a découvertes par hasard en 2004 chez un antiquaire du Sablon, à Bruxelles.

Plus tard, François a consacré un ouvrage historique à cette tribu. Pour cela, il a reçu en 2018 le Western Heritage Award, surnommé l’"Oscar du Far West". À ce jour, Chladiuk est le seul Européen à avoir reçu cette distinction. Parmi les personnalités présentes à la cérémonie figuraient l'acteur américain Sam Elliott et la petite-fille de l’acteur et réalisateur américain John Wayne.

La collection privée de François ne déménagera pas à Namur, mais il ne la vendra pas non plus. "Je pourrais en tirer des millions, mais je préfère éviter de la disperser. Cela nuirait trop à sa valeur historique."

La collection rejoindra donc le Musée des Confluences à Lyon, en France. Elle y a déjà été exposée pendant quelques mois en 2021. "L'affluence a été fantastique. Au total, nous avons accueilli près de 400.000 visiteurs." Pour Chladiuk, c'est la preuve que cette époque continue à fasciner les gens.

"Tout le monde a joué au cow-boy étant enfant. Il suffit d'un peu d'imagination. Mais chez moi, cette fascination ne s’est jamais estompée. Tant d'années plus tard, je suis toujours ce petit garçon qui joue au cow-boy", s’exclamait François, rayonnant.

La précieuse collection de vêtements et d'autres objets de la tribu Lakota, rassemblée par François Chladiuk

Ce reportage émane de la rédaction de BRUZZ. Retrouvez d'autres articles sur Bruxelles sur www.bruzz.be

REGARDER
Reportage VRT NWS au Western Shop

En savoir plus

Les plus lus

  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5