La 5e édition du Challenge Patrimoine a été remportée par un petit pavillon de style Renaissance à Mons, effondré il y a plus de 70 ans. Il bénéficie aujourd’hui d’une nouvelle impulsion en vue de sa reconstruction. Ses fragments ont en effet été conservés.
Effondré mais en passe d’être sauvé : un pavillon de style Renaissance à Mons remporte le Challenge Patrimoine
Dans toute la Belgique, des bâtiments, des trésors artistiques et d’autres éléments du patrimoine précieux attendent une restauration. Bien souvent, les fonds indispensables font défaut pour mener ces projets à bien. Chaque année, le Challenge Patrimoine apporte un coup de pouce à l’un d’entre eux. Il s’agit d’une initiative de l’Institut royal du patrimoine artistique (IRPA), soutenue par la Loterie Nationale.
Pour cette 5e édition, le public a pu voter pour son favori parmi huit trésors patrimoniaux issus des quatre coins du pays, notamment d’Anvers et d’Ypres. Près de 29 000 internautes ont participé au vote, organisé du 21 octobre 2025 au 1er février 2026.
Cette année, les lauréats viennent du Hainaut. Le grand prix revient au Pavillon Renaissance de Mons, qui a recueilli pas moins de 10 128 voix.
Le prix du public du Challenge Patrimoine a, quant à lui, été attribué aux peintures murales – ou sgraffites – de la Maison Dorée à Charleroi, qui ont obtenu 8 335 suffrages.
Des fragments conservés dans un espace vétuste
Le pavillon primé à Mons date de 1531 et a donc près de cinq siècles. "Ce trésor patrimonial du début du XVIe est un exemple unique d’architecture civile Renaissance à Mons", explique Christian Leriche, directeur général de l'Urbanisme de la ville de Mons. Mais inutile de le chercher : le pavillon n’est plus visible.
Le petit édifice s’est effondré en 1955 à la suite d’un glissement de terrain. Depuis lors, ses fragments sont entreposés dans un local lui-même en mauvais état. Une situation doublement problématique : les vestiges sont fragiles et les conditions de conservation inadéquates.
Vues anciennes du pavillon Renaissance de Mons (photos IRPA)
D’anciennes photographies en noir et blanc donnent une idée de l’aspect originel du pavillon : un forme ajourée du portail en pierre calcaire. Le plafond était en chêne sculpté. Le pavillon était en outre richement orné de bas-reliefs et des armoiries impériales de Charles Quint. Aucun doute possible : les commanditaires appartenaient à la haute société.
Fait étonnant, le pavillon a occupé plusieurs emplacements à Mons au fil du temps. "À l’origine, il se dressait derrière une demeure patricienne près de la Grand-Place, probablement sous la forme d’un portique", explique Noreen Legros, chargée de projet au service urbanisme de la Ville de Mons. Il y fut démonté au XIXe siècle puis vendu. Son nouveau propriétaire le transforma en pavillon d’agrément dans son jardin, agrémenté de vitraux. Jusqu’à son effondrement en 1955, lors de la construction d’une galerie commerciale.
Heureusement, les décombres ne furent pas simplement évacués. Mieux encore : les fragments sont aujourd’hui classés comme patrimoine protégé. Le plafond en bois est conservé en sécurité dans un musée de la ville ; les éléments en pierre sont entreposés ailleurs.
Comme ce serait magnifique de pouvoir l’admirer en 2031, année de son 500e anniversaire.
Noreen Legros, chargée de projet au service urbanisme de la Ville de Mons
Première étape : inventorier avec précision tous les éléments en pierre et en bois, puis les transférer vers un lieu de conservation sécurisé. Ce n’est qu’ensuite que le pavillon pourra renaître dans l’espace public ou au sein d’un musée — la décision n’a pas encore été arrêtée.
"Comme ce serait magnifique de pouvoir l’admirer en 2031, année de son 500e anniversaire", espère Noreen Legros.
Un soutien de 25 000 euros
Bien que ce bâtiment exceptionnel soit resté invisible depuis des décennies, il continue manifestement de vivre dans le cœur des Montois. En témoigne le nombre élevé de votes recueillis lors de cette édition du Challenge Patrimoine. Noreen Legros dit avoir perçu un véritable engouement dans la ville : "Dans la rue, chacun demandait à son voisin : as-tu déjà voté pour le pavillon ?"
Mons bénéficiera désormais d’une expertise professionnelle de 25 000 euros pour l’inventaire et la restauration du pavillon. Un coup de pouce appréciable, mais loin d’être suffisant pour redonner tout son éclat à un tel trésor patrimonial. "Nous allons partir à la recherche de mécènes", annonce Christian Leriche, directeur général de l'Urbanisme.
Prix du Public : les sgraffites de la Maison dorée à Charleroi
Comme le Pavillon Renaissance avait déjà remporté le grand prix de la commission, le Prix du Public – destiné au trésor patrimonial ayant obtenu le plus grand nombre de votes – a été attribué au projet arrivé en deuxième position : les sgraffites colorés de la Maison dorée à Charleroi. La "Maison Dorée" de 1899 fut le premier bâtiment Art nouveau de la ville de Charleroi. Il a été construit par l’architecte Alfred Frère, qui y vivait et travaillait, et décoré de sgraffites par Gabriel Van Dievoet.
Le terme sgraffites vient de l’italien "graffiare", autrement dit "griffer". Il ne s’agit pas de peinture, mais bien d’un type de gravure. Il s’agit d’une technique ancienne consistant à appliquer plusieurs couches de chaux colorée sur un mur. Dans la couche supérieure, plus claire, des motifs sont grattés à même le plâtre encore humide, révélant la couche plus foncée en dessous. Ceux de la "Maison Dorée" rendent hommage à la nature, typique de l’Art nouveau floral. Certains contiennent même des traces de feuille d’or, d’où le nom "Maison Dorée".
Si le grand sgraffite de la façade avant est encore relativement bien conservé et figure parmi les "100 merveilles de Wallonie". Beaucoup d’autres, en revanche, sont gravement détériorés : ils se sont décolorés, encrassés, fissurés, et parfois le plâtre a disparu ou des zones ont été recouvertes de peinture. Une restauration s’impose donc.
Les autres nominés du Challenge Patrimoine 2025
Parmi les autres sites nominés de cette 5e édition du Chalenge Patrimoine figuraient : le Palais chinois et des Pays de la Route de la Soie à Laeken à Bruxelles, le bassin Art déco de l'Institut de Médecine Tropicale à Anvers, les bas-reliefs en albâtre du Château de Gaasbeek, dans le Brabant flamand, la glacière du cimetière Bedford House à Ypres, en Flandre occidentale, les pièces de collection d'Elisabeth D'Aubreby Van Swae au Musée de la mode à Hasselt, dans le Limbourg, et enfin les tableaux de coquillages de l'Institut des Sciences naturelles de Bruxelles.
Il s’agissait de la 5e édition du Challenge Patrimoine. Les précédents lauréats sont l’intérieur restauré de la chapelle funéraire de Rubens à Anvers (2021). La statue Notre-Dame des malades à Tournai (2022), le tableau de La Prédication de Saint-Jean-Baptiste d’Alost (2023) et les tableaux en carreaux de faïence de la Maison Picarde à Mouscron (2024).
La chapelle funéraire de Rubens presque restaurée
Qu’en est-il de ces trésors du patrimoine aujourd’hui ? La chapelle funéraire de Rubens est presque entièrement restaurée. Bientôt, le tableau Madone entourée de saints retrouvera sa place à Anvers. Il a été minutieusement restauré ces dernières années au sein de l’IRPA (Institut royal du Patrimoine artistique) à Bruxelles. Les sculptures de la chapelle ont également été remises en état.
Pour les autres lauréats, le processus de restauration est également en cours. Les fonds nécessaires sont partiellement collectés auprès du public via des actions de crowdfunding : à Anvers, des cours de yoga étaient organisés dans l’église ; à Tournai, des fleurs ont été vendues ; à Alost, il est possible d’"adopter" une étoile du plafond de l’église. Hilde De Clercq, directrice de l’IRPA, se dit agréablement surprise par les résultats obtenus : "Nous ne nous attendions pas à un tel succès. Cela a aussi un impact sur la sensibilisation de la communauté : il est important qu’on s’occupe de notre patrimoine."
Nous ne nous attendions pas à un tel succès. Cela a aussi un impact sur la sensibilisation de la communauté.
Hilde De Clercq, directrice de l’IRPA
Après le Challenge, la tombola
Le Challenge Patrimoine est une initiative de l’IRPA et de la Loterie Nationale, dans le cadre des préparatifs pour le 200e anniversaire de la Belgique en 2030. Dès l’année prochaine, le concept évoluera légèrement.
En collaboration avec la Museumpas et Prométhéa, il prendra la forme d’une tombola du Patrimoine. Les musées pourront présenter des candidatures par région (Région flamande, Région bruxelloise, Région wallonne). Les participants pourront voter pour leur patrimoine favori et tenter de remporter un prix. Pour les trois gagnants — un par région — un montant beaucoup plus important sera prévu, pouvant atteindre jusqu’à 150 000 euros chacun.






