Selon une étude récente de la Haute École de Gand HOGENT, les étudiants font aujourd’hui la fête d’une toute autre façon. Ils sortent moins souvent et choisissent plus consciemment. Ils accordent plus d’attention à la sécurité, et à la santé physique et mentale. “L’hyperstimulation et la peur de la gueule de bois sont pour eux des obstacles. Les étudiants admettent ne plus faire la fête pour la musique, pour boire ou pour trouver l’amour.” Il s'agit d’une étude à petite échelle, l’HOGENT souhaite approfondir les résultats.
Les étudiants ne sortent plus pour danser, boire ou chercher l'amour
L'HOGENT a publié une étude intéressante sous les initiales SHIFT : les habitudes des étudiants dans leurs interactions et leur temps libre ('Students habits in interaction and free time'). Des étudiants ont été interrogés, 15 de Gand et 14 d’Anvers. D’autres entretiens plus longs ont été réalisés avec des organisateurs d’événements, des gérants, des agents de sécurité et des administrations. Toutes les données ont été rassemblées dans un rapport, avec certaines recommandations.
“Le secteur avait remarqué un changement, nous avons donc commencé cette étude pour en savoir plus. Des boîtes de nuit doivent fermer et les cercles étudiants remarquent aussi qu’il y a un manque d’intérêt croissant. Certains médias affirment que les jeunes font la fête différemment. Nous voulions analyser ce phénomène plus en profondeur, pour comprendre tous les tenants et les aboutissants”, explique Nicky Dirkx de HOGENT.
La conclusion principale est que les jeunes choisissent plus consciemment. Ils sortent moins et se rendent dans des lieux où ils pourront réellement rencontrer des gens de leur âge. “Ils se rendent, par exemple, dans des endroits plus lumineux et moins bruyants, où ils pourront discuter”, ajoute Dirkx. La sécurité joue également un rôle essentiel. “La santé physique et mentale est plus importante. Les étudiants ne veulent pas que leurs sorties aient des répercussions sur leur santé.”
L’hyperstimulation, le manque de sommeil et la peur de la gueule de bois sont pour eux une raison suffisante pour ne plus faire la fête
Nicky Dirkx, SHIFT - étude de HOGENT
Cela se traduit par une véritable évolution. “Ils ne veulent plus aucune hyperstimulation. Faire la fête ne doit pas perturber leur rythme de sommeil. Ils privilégient davantage les événements qui se passent pendant la journée. De plus, ils trouvent que recevoir de l’eau gratuitement est important. Ils ont besoin d'endroits pour s’asseoir et se reposer.”
La fête ne rime plus avec alcool. “Ils craignent la gueule de bois. Boire trop d’alcool a une connotation négative. Les étudiants s’attendent également à des mesures en soirée contre les personnes trop alcoolisées, pour garantir la sécurité.”
L’influence du covid et des réseaux sociaux
“Tous les étudiants ont admis que la crise du coronavirus et les quarantaines ont eu des conséquences sur le long terme. Cette période a accéléré un changement qui avait déjà commencé. Les étudiants réfléchissent plus, ils savent ce qu’ils veulent, ou ne veulent pas. À cause de la crise économique, ils doivent souvent trouver un job étudiant, ils ont donc moins de temps pour faire la fête.
Ils sont conscients qu’ils peuvent être photographiés ou filmés, ce qui influence leur attitude en soirée
Nicky Dirkx, SHIFT – l'étude de HOGENT
Les jeunes font aussi différemment la fête à cause des réseaux sociaux. “Ils sont conscients qu’ils peuvent être photographiés ou filmés. Cela influence leur attitude en soirée. Préserver leur image pèse aussi dans la balance”, explique Dirkx.
Ce n’est pas un hasard si les jeunes choisissent de sortir dans des lieux spécifiques et visibles, comme les festivals. “Ils se rassemblent dans le même but, sur un terrain surveillé.”
“La fin de l’hédonisme”
Une autre conclusion évidente est que les étudiants interrogés ne sortent plus pour la musique ou pour la danse. “Chercher l’amour n’est également pas une raison pour faire la fête. C'est surprenant, parce que, pour les anciennes générations, les deux étaient intrinsèquement liées.”
“En Grande-Bretagne, la BBC a qualifié ce phénomène de “la fin de l’hédonisme”. C’est une expression un peu forte, mais nous remarquons ce type de tendance. D’autres recherches sont en cours en Allemagne et aux Pays-Bas.” HOGENT souhaite réaliser une étude complémentaire à ce sujet, avec un échantillon d’étudiants plus large.
“Chaque génération a sa façon de faire la fête et ses propres besoins. Le secteur et les autorités doivent s’adapter. La tendance évolue, mais nous devons voir les choses avec un regard plus jeune. Les temps changent, les habitudes de sorties aussi”, conclut la chercheuse.
