"La politique d'asile et de migration la plus restrictive jamais mise en place", dont se vante le gouvernement fédéral, nuit à l'économie. C'est ce qu'affirme dans un récent rapport le "think tank" progressiste Minerva - un groupe de réflexion d’experts qui analyse des sujets de société importants et donne des avis sur une politique à adopter, d’un point de vue de gauche. Selon ce dernier, la volonté politique de réduire l'immigration est en contradiction directe avec les besoins économiques en main-d'œuvre de notre pays.
Un groupe d'experts met en garde : la politique migratoire stricte du gouvernement fédéral nuit à son économie
Par le biais d’un durcissement de sa politique migratoire, le gouvernement fédéral espère économiser plus d’un milliard et demi d'euros d'ici la fin de la législature, une somme considérablement supérieure aux recettes issues de la très controversée taxe sur les plus-values.
Mais selon le groupe d’experts Minerva, le coût de ce durcissement pèsera lourdement sur notre prospérité à long terme. À partir de la fin des années 2030, le solde naturel de la population deviendra en effet négatif, si bien que l'immigration restera le seul moyen de maintenir la population en âge de travailler.
"Dans les économies vieillissantes et hautement qualifiées, l'immigration n'est pas une option, mais une nécessité structurelle", affirme Hielke Van Doorslaer, économiste politique et chercheur associé. "Quiconque souhaite réduire l'immigration doit être honnête : cela signifie une pression accrue sur les pensions, des soins de santé inabordables et une économie plus faible. Diminuer l'immigration n'est pas une économie, mais une perte."
Les retombées dépassent les coûts
Selon plusieurs études différentes, la migration procure non seulement une main-d'œuvre supplémentaire dans les secteurs en pénurie (pas moins de 251 secteurs en Flandre), mais elle a également un impact économique positif. En 2020, la Banque nationale de Belgique a calculé que le produit intérieur brut avait augmenté de 3,5 % entre 2012 et 2016, grâce à la migration.
"Contrairement à une idée reçue tenace, le migrant moyen a ainsi généré davantage de recettes fiscales pendant cette période qu'il n'a coûté en prestations et services", indique Van Doorslaer.
Par ailleurs, la contribution nette des migrants aux finances publiques belges est largement déterminée par leur position sur le marché du travail. Selon la Banque nationale, les migrants de première génération contribuent en moyenne légèrement moins que les personnes sans origine migratoire.
En revanche, les migrants de deuxième génération (nés en Belgique d'au moins un parent étranger) contribuent en moyenne davantage aux finances publiques que les Belges sans origine migratoire. Cela s'explique par leur jeunesse et leur taux d'activité élevé.
La rhétorique face à la réalité
Minerva a également examiné trois cas étrangers – le Danemark, l'Italie et le Royaume-Uni – qui s’expriment de façon intransigeante sur la "réduction des migrations" et le "gel des demandes d'asile". Or, cette rhétorique contredit souvent les politiques mises en œuvre par ces pays : "une politique implicitement ouverte qui non seulement ferme les yeux sur les migrations économiques, mais les encourage activement".
De plus, une rhétorique migratoire restrictive conduit rarement à une baisse des chiffres de l'immigration, indique l'étude du think tank. "Dans tous les cas examinés, les promesses d'une politique migratoire stricte et restrictive n'entraînent pas une diminution, mais au contraire une augmentation du solde migratoire."
L'Espagne, qui a annoncé il y a quelques jours la régularisation d'un demi-million de personnes, constitue une exception notable à cette tendance. "En n'érigeant pas les migrations en problématique, mais en les utilisant de manière stratégique, l'Espagne parvient à concilier prospérité économique et inclusion sociale", précise l'étude. La croissance espagnole est nettement supérieure à la moyenne européenne et le ratio d'endettement du pays est en baisse.
Investir dans le marché du travail
"Dans les économies vieillissantes confrontées à une pénurie structurelle de main-d'œuvre, le relèvement systématique des freins à l'entrée de migrants n'est pas un signe de détermination politique, mais plutôt de myopie", estiment les experts du groupe Minerva. "Par conséquent, le débat ne devrait pas porter sur la réduction à tout prix de l'afflux migratoire, mais sur l'exploitation optimale du potentiel positif des migrations".
"Le meilleur moyen d'y parvenir est d'intégrer plus rapidement les migrants et les demandeurs d'asile au marché du travail et à la société." Et il ne s'agit pas uniquement de personnes hautement qualifiées, souligne Van Doorslaer. "Nous avons également besoin d'un grand nombre de migrants peu et moyennement qualifiés pour maintenir l'économie à flot. Le Belge moyen est de plus en plus diplômé. Il y a donc beaucoup d'emplois que nous ne voulons plus ou que nous ne pouvons plus occuper."
"De plus, ce ne sont pas seulement des travailleurs ou des employés, mais aussi des consommateurs : ils augmentent la demande d'emplois et d'investissements. La situation est donc bien plus nuancée que le discours selon lequel ces personnes viennent ici pour "saigner les caisses de la sécurité sociale"."
