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Religion et génération Z : la foi est davantage une question de choix personnel 

Bien que l’expérience individuelle de la foi ait diminué chez les jeunes, il y a tout de même une relative augmentation du nombre de jeunes croyants qui participent aux offices. L’aspect pratique et social de la religion semble gagner en popularité, selon une étude de la Plateforme de recherche flamande sur la jeunesse (JOP) menée sur la religion chez les jeunes des grandes villes. On ne peut donc pas parler d’une véritable renaissance religieuse au sein de la génération Z. 

Anna Delaunoit Yo-Lin Van Schepdael
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Durant les dernières années, les médias flamands ont souvent parlé d’un regain religieux chez les jeunes de la génération Z. De plus en plus de jeunes reprenaient le chemin des églises, montraient leur foi sur les réseaux sociaux ou rejoignaient une communauté spirituelle.  

Selon une étude récente du JOP, il semblerait que cette image soit partiellement vraie : la sécularisation chez les jeunes continue d’augmenter, et d'autres formes d'expériences de foi dans des groupes plus restreints et actifs se développeraient.

La sécularisation désigne le transfert de fonctions assumées par les autorités religieuses à des autorités profanes. Ce phénomène se manifeste par la perte d’influence sociale des religions. Plus d’infos 

Une chercheuse de la JOP, Fien Pauwels, explique à la rédaction de l’émission “De wereld van Sophie” : “L’étude a montré que les jeunes croyants accordaient en général moins d’importance à leur religion et à la conception du monde, et qu’ils obéissaient moins strictement aux règles imposées”.  

“De plus, les résultats montrent que les jeunes croyants de 2023 laissent plus de place au doute que ceux de 2018. Tous ces chiffres suggèrent que la religion joue un rôle moins central dans leur vie personnelle et qu’ils l’abordent avec plus de recul.” 

Ces résultats viennent de l’enquête menée sur cinq ans par la JOP, qui a interrogé des jeunes en 2018 et en 2023 à Anvers, Bruxelles et Gand à ce sujet. C’est la seule étude en Flandre qui s’intéresse à la religion à si grande échelle. Les résultats montrent une tendance consistante de sécularisation. La prochaine enquête est prévue pour 2028. 

Plus d’implication sociale dans la religion  

Il y a pourtant une nuance frappante. Parmi les jeunes croyants interrogés, surtout des catholiques et des musulmans, la JOP remarque une augmentation dans la présence aux offices. “Surtout les jeunes catholiques et musulmans affirment se rendre plus souvent aux grandes célébrations religieuses. Ils admettent ressentir plus de pression sociale de leurs parents ou partenaire pour vivre pleinement leur foi.”  

Cela semble, à première vue, contradictoire : l’expérience individuelle de foi en diminution, mais celui qui croit le fait plus activement ? Selon le sociologue des religions, Wim Vandewiele (KU Leuven), c’est bel et bien un paradoxe. Ce sont les signes d’une tendance post-sécularisation. “La religion ne disparaît pas, mais elle change de forme.”  

Les jeunes se distancient d'une religion plus stricte et figée.

Wim Vandewiele, sociologue des religions (KU Leuven)

“Notre époque ne se caractérise pas par une reprise de la religion, mais plutôt par une réinterprétation. Les jeunes se distancient d'une religion plus stricte et figée. Ils voient leur religion comme un choix personnel et libre”, explique le sociologue.  

Des églises bondées vers une expérience individuelle  

Pour Vandewiele, le temps des églises bondées est définitivement derrière nous. L’époque de la tradition catholique romaine, où la religion était collective et obligatoire en Flandre, est révolue. “C’est le passé. Aujourd’hui, les jeunes se sentent moins connectés à la religion et l’interprète à leur façon.”  

"Les croyants choisissent délibérément ce qui a du sens pour eux. La religion est donc devenue moins collective, et plus personnelle. Tout cela peut devenir plus intense, surtout dans les plus petits groupes."

Signification sociale plutôt que dogme  

Ce qui est frappant, c’est que la religion joue de plus en plus un rôle social et symbolique. Les jeunes s’organisent en fonction des pratiques religieuses et les utilisent pour créer un sentiment communautaire, comme lors de retraites spirituelles, de semaines au monastère ou d’activisme inspiré par la religion.  

“Ce que nous observons, ce n’est pas un retour aux dogmes. C’est plutôt une recherche de liens sociaux. La religion a retrouvé du sens, mais les jeunes la pratiquent moins souvent dans les églises, les mosquées ou les synagogues”, ajoute l’expert.  

Pauwels conclut avec les résultats de l’enquête. Pour les jeunes, la religion est moins une ligne de conduite imposée. “Celui qui croit recherche surtout les aspects sociaux et porteurs de sens.”  

Pourquoi parle-t-on de renaissance alors ?

Comme on le voit sur les réseaux sociaux, des leaders religieux ou commentateurs aiment faire référence à une sorte de renaissance religieuse. Mais d’où vient cette image ?  

“Certains chiffres clairs montrent que la religion gagne en popularité chez les jeunes. La question est donc de savoir s’il s’agit d’une mode, ou si cela vient de groupes plus restreints qui bénéficient d’une grande visibilité sur les réseaux sociaux par exemple.  

“La pression sociale de la religion et la présence des jeunes aux offices donnent à penser qu’il y a plus de croyants chez les jeunes”, précise Pauwels.  

La religion ne disparait pas, mais elle change de forme.

Wim Vandewiele, sociologue des religions (KU Leuven)

Vandewiele nuance toutefois : “Le mot “renaissance” n’est pas approprié. La religion n’a jamais disparu, elle vivait plus cachée. Aujourd’hui, elle remonte à la surface, parce que les jeunes montrent ouvertement leur foi sur les réseaux sociaux, comme avec les influenceurs”.  

Le sociologue prône pour davantage de réalisme et d’indulgence dans les débats publics : “Nous ne devons pas craindre de retourner dans la Flandre catholique d’antan. Ce qui se passe aujourd’hui est tout à fait différent”. 

Une recherche de soutien  

La religion tente souvent d’apporter une réponse aux incertitudes actuelles. “Les jeunes grandissent dans un climat de crise. Ils sont en quête de quelque chose pour les guider”, ça pourrait être la religion, l’activisme climatique ou une communauté.   

“Dans un monde rempli d’incertitudes, la religion peut apporter un soutien et une structure”. Ceci explique pourquoi certains jeunes ressentent un lien profond avec un cadre religieux, parfois sous une forme très stricte. “Cela ne signifie pas pour autant un retour en arrière. On parle plutôt de choix individuels, qui peuvent être très variables.”   

La religion comme option à une offre plus large  

Selon les deux experts, la religion n’est pas le soutien le plus important chez les jeunes, mais reste l’une des options pour donner du sens à la vie, tout comme le sport, l’art, la pop culture et l’activisme.  

Les jeunes recherchent de l’authenticité, quelque chose qui les touche.

Wim Vandewiele, sociologue des religions (KU Leuven)

“Pourquoi est-ce que quelqu’un va plutôt choisir la religion, et non la K-pop (musique et danse coréenne) ou le football ?”, demande Vandewiele. “Cela me fascine. Les jeunes recherchent de l’authenticité, quelque chose qui les touche. Certains le trouvent dans la religion, et ils se l’approprient.”  

Et après ?

Y aura-t-il plus de sécularisation chez les jeunes ? Il semblerait que oui, selon Vandewiele. “La génération en plein développement, la génération Alpha, grandit avec une éducation moins religieuse, et je pense que cette tendance va se poursuivre.”  

L’étude JOP montre surtout que les jeunes d’aujourd’hui en Flandre sont davantage croyants par choix conscient que par obligation. “On observe en même temps que les jeunes croyants accordent moins d’importance à leur foi qu’avant. Les non-croyants, quant à eux, insistent sur le fait qu’ils ne croient pas”, conclut le chercheur du JOP.  

La croyance, ou la non-croyance, est de ce fait devenu un choix personnel, ce qui est peut-être bien plus porteur de sens. 

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