Ce mardi Bart De Wever (N-VA) fête sa première année à la tête du gouvernement belge. A noter qu’il est le premier nationaliste flamand à occuper ce poste. Quelles ont été ses heures de gloire ? Et quels pièges ou obstacles se dressent encore sur sa route ? VRT NWS a posé la question au politologue Dave Sinardet.
Un an de gouvernement De Wever : comment un nationaliste flamand dirige la Belgique sans froisser ni sa base ni les francophones
Quel aura été le moment phare de la première année du gouvernement De Wever ? Dave Sinardet est professeur de Sciences Politiques à la Vrije Universiteit Brussel (VUB) et à l’UCLouvain Saint-Louis Bruxelles, il en distingue en réalité deux, comme il l’a expliqué dans l’émission De Ochtend sur Radio 1.
"Fin novembre, il y a eu l’accord budgétaire que De Wever a finalement réussi à obtenir. Cela a mis fin à une crise profonde au sein de son gouvernement. Cela a rendu sa comparaison avec Jean-Luc Dehaene, qu’il admire, beaucoup plus crédible."
"Certes, sur le fond, c’était un peu du bric-à-brac, sans grande vision sous-jacente, mais c’est justement cela qui en a fait un compromis belge classique à la Dehaene. C’était néanmoins une étape importante dans son évolution vers le statut d’homme d’État belge."
Le second moment est survenu un mois plus tard, lorsque De Wever, après des mois de discussions, a résisté aux pressions des Allemands et de la Commission européenne, en remportant le bras de fer dans le dossier des avoirs russes gelés via Euroclear. "Cela lui a conféré soudain le statut d’ 'homme d’État européen'".
De Wever a montré qu’il pouvait être un dirigeant solide, tant au niveau belge qu’européen.
Dave Sinardet, politologue
“Homme d’État”, c’est peut-être un peu vague et discutable", admet Sinardet. "Mais lors de ces deux moments, De Wever a montré qu’il pouvait être un dirigeant solide, tant au niveau belge qu’européen. Jusque-là, on le connaissait comme un politicien doté d’une forte rhétorique et d’un sens stratégique, mais pas vraiment comme un gestionnaire ou un homme d’État (au-delà du niveau local, ndlr)."
Nationaliste flamand et Premier ministre belge
Le politologue trouve quelque peu ironique et paradoxal qu’un nationaliste flamand puisse être Premier ministre de Belgique. "Au final, Bart De Wever est Premier ministre depuis un an à la tête d’un pays que son parti voulait voir disparaître il y a encore vingt ans. C’est surréaliste, et en même temps très belge. On pourrait, pour plaisanter, dire qu'il est le Premier ministre le plus belge de tous les temps."
Selon le politologue, cela constitue également une étape historique pour la Belgique et pour le nationalisme flamand. "Autrefois, il était totalement tabou pour un nationaliste flamand de se laisser corrompre par le pouvoir belge, à moins de pouvoir réaliser un pas très important vers l’autonomie de la Flandre."
"Pour cette raison, Hugo Schiltz, l'ancien patron de la Volksunie, l'ancêtre de la N-VA, a un jour été rejeté par sa propre base : les mesures n’allaient pas assez loin. Donc, le fait que Bart De Wever soit Premier ministre belge sans réel progrès en matière d’autonomie flamande est historique."
D’après Dave Sinardet, "Bart De Wever a lui-même compris depuis longtemps que de nombreux Flamands sont finalement attachés à la Belgique, ou du moins pas hostiles, et qu’une réforme de l’État n’est pas vraiment une priorité pour beaucoup.
"On le voit aussi dans les enquêtes. Il a donc présenté l’autonomie flamande comme un moyen d’instaurer un gouvernement plus à droite pour les Flamands. Et si cela est possible au niveau belge, beaucoup de Flamands veulent simplement qu’il mette cela en œuvre là où il le peut."
Populaire en Wallonie
Du côté wallon, le climat est actuellement relativement calme. "Il n’y a pas eu beaucoup de controverses sur la question de savoir si Bart De Wever serait “premier ministre de tous les Belges”. Avant même d’être officiellement Premier ministre, il avait toutefois précisé que la limitation des allocations chômage dans le temps, avec un impact majeur, notamment en Wallonie et à Bruxelles, constituait une mesure communautaire. Mais il ne l’a jamais répété par la suite."
Si De Wever a gagné en popularité, c’est parce qu’il a affirmé sa position au niveau international.
Dave Sinardet, politologue
Dave Sinardet constate que De Wever joue bien le jeu et se positionne réellement comme premier ministre belge. "Cependant dans une partie de la presse francophone, il subsiste encore une certaine méfiance. La Libre et Le Soir consacrent ce week-end de longues analyses à la question de savoir si la coalition Arizona et De Wever ne défendent pas avant tout les intérêts de la Flandre."
Les conclusions divergent. "Pour La Libre, il n’y a pas de problème particulier, mais Le Soir appelle à la plus grande vigilance et voit beaucoup de spectres communautaires. Donc la méfiance n’a pas totalement disparu. Mais je pense justement que si De Wever a gagné en popularité, c’est parce qu’il a affirmé sa position au niveau international."
Le budget reste un risque
Dans l’ensemble, c’est donc un bilan positif pour le Premier ministre. Mais quels sont les risques pour lui et son gouvernement ? "Le mécontentement social plus large constitue surtout un problème pour les partis de gauche au gouvernement. Surtout pour Vooruit, dans une moindre mesure pour le CD&V et Les Engagés. Je pense que l’on sent bien que la réforme des pensions, qui doit encore être mise en œuvre, est mal perçue par une grande partie de la population."
Selon Dave Sinardet, il s’agit de la réforme socioéconomique la moins populaire menée par ce gouvernement. "Elle touche énormément de personnes, qui ont pourtant travaillé dur."
Et puis il y a encore le budget. "Cela a toujours été l’une des principales promesses de De Wever : que le budget soit en équilibre. D’ici la fin de la législature, il souhaite que le déficit ne dépasse pas 3 % du PIB, mais nous en sommes encore loin."
"Donc, cette année encore, il faudra probablement trouver de l’argent. De Wever évoque déjà 3 à 4 milliards d’euros. Les mêmes tensions pourraient alors resurgir au sein du gouvernement fédéral, qui avait failli tomber l’an dernier à cause du budget. On risque donc de revivre le même scénario."

