La maison de ventes aux enchères Christie's présentera bientôt à Londres l'une des plus grandes collections privées belges d'œuvres d'art. La valeur de l'ensemble est estimée à 46 millions d'euros. Des chefs-d'œuvre d'artistes tels que René Magritte, Gustave De Smet, Panamarenko mais aussi Pablo Picasso et Henry Moore appartiennent à la collection de Roger et Josette Vanthournout, un couple d'Izegem qui collectionnait l'art par passion depuis de nombreuses années. Une partie de leur collection a déjà été vendue après le décès de Roger, le reste sera mis aux enchères début mars à Londres. Josette est en effet décédée l’an dernier.
De Magritte à Picasso : la collection d'art d'un couple d'Izegem, devenue l'une des plus grandes de Belgique, sera vendue aux enchères
"La collection est typiquement belge. Nous y présentons plusieurs grands noms, avec d'importants artistes belges, mais aussi des artistes anglais et d'autres créateurs de renommée internationale", se réjouit Peter Van der Graaf, expert en art pour Christie's. Plus précisément, il s’agit de chefs-d'œuvre des Belges René Magritte, Gustave De Smet et Panamarenko, et de chefs-d'œuvre internationaux de Pablo Picasso, Max Ernst et Henry Moore. Ils ont passé des années dans la demeure de l'ébéniste Roger Vanthournout et de son épouse Josette, à Izegem en Flandre occidentale.
Ce couple a collectionné peintures, sculptures et objets sculpturaux pendant plus de 60 ans, animé par une passion commune, celle de l'art moderne et contemporain.
Voyages dans les années 1950
Roger Vanthournout, formé comme décorateur d'intérieur, dirigeait le magasin de meubles Aurora à Izegem, fondé par son père en 1921. Son épouse, Josette T'Kint, était elle aussi passionnée d'art et artiste.
À partir du milieu des années 1950, le couple voyagea beaucoup. Il se rendait personnellement à des foires d'art où il rencontrait des artistes, des marchands et galeristes.
Roger et Josette Vanthournout commencèrent par collectionner des vases chinois, puis au fil des ans élargirent leurs horizons à l'expressionnisme flamand, au surréalisme et à l'art d'après-guerre. D'après les experts, Roger était ami avec les galeristes les plus influents et avec son épouse il n'achetait que ce qu'ils appréciaient personnellement. Jamais avec l’idée de faire du gain par la suite.
Très tôt, le couple a acheté des œuvres d'artistes qui étaient encore inconnus.
Chantal Pattyn, responsable de la chaine de radio Klara (VRT)
"Il s'agissait d’amateurs d’art qui, très tôt, ont acheté des œuvres d'artistes encore inconnus", explique Chantal Pattyn, responsable et animatrice de la chaîne de radio Klara (VRT). "Ils les ont probablement payées à des prix raisonnables pour l'époque."
"Acheter des œuvres d'art était très différent à l’époque. Les amateurs voyageaient pour se rendre aux foires d'art, en Belgique et à l'étranger, afin d'acquérir des œuvres. C'était un marché de niche. Cette collection fait donc partie d'une histoire personnelle. C'est ce qui la rend tellement exceptionnelle."
L'une des plus grandes collections de Belgique
À son apogée, la collection du couple Vanthournout, comprenant quelque 200 pièces, était l'une des plus grandes de Belgique. Lorsque Roger décéda en 2005 à l'âge de 80 ans et que Josette décida d’aller habiter dans un espace plus restreint, une partie de leur collection a déjà été vendue.
En 2006, quelque 27 pièces furent ainsi mises aux enchères chez Sotheby's à New York, pour un total de près de 20 millions d'euros. Le principal chef-d'œuvre, une œuvre de l'artiste Francis Bacon, fut cédé pour la somme record de 11,7 millions d'euros. Roger l'aurait achetée des décennies plus tôt pour "seulement" 50.000 euros.
Des Magritte et Picasso
À la mort de Josette Vanthournout en avril dernier, à l'âge de 95 ans, sa famille a décidé de vendre aux enchères le reste de la collection. La vente aura lieu début mars chez Christie's à Londres.
Le chef-d'œuvre "La plaine de l'air" (1940) du surréaliste belge René Magritte est estimé entre 4 et 6,3 millions d'euros. Dans la même fourchette de prix figure une sculpture du Britannique Henry Moore : "Goslar Warrior" (1973).
Une autre œuvre de René Magritte, "Le lieu-dit" (1955), est également proposée aux enchères. "Nu debout et femmes assises" (1939), un chef-d'œuvre de l'artiste espagnol Pablo Picasso, est estimé quant à lui entre 3,5 et 5,8 millions d'euros.
Parmi les autres chefs-d'œuvre qui seront mis en vente figurent des œuvres de Max Ernst, Yayoi Kusama, Lucio Fontana, Agnes Martin et de l'artiste gantois Gustave De Smet (1877-1943). La collection qui sera proposée à Londres est estimée à 46 millions d'euros.
Les œuvres étaient exposées tout récemment chez Christie's à l’avenue Louise à Bruxelles. Elles voyageront maintenant à Hong Kong, New York et Paris, avant d'arriver à Londres pour la vente aux enchères qui aura lieu au début du mois de mars.
"C'est incroyable ce qui est exposé", s'exclame Chantal Pattyn, qui a vu la collection à Bruxelles. "C'est d'une beauté exceptionnelle, et la qualité des œuvres est incroyable. Les prix sont astronomiques, mais c'est ce que l’on dépense actuellement dans le monde de l'art."
"Cela démontre une fois de plus que nous sommes une nation de collectionneurs", remarque Chantal Pattyn. "On ne trouve pratiquement nulle part ailleurs au monde autant de collections privées importantes qu'en Flandre. Nous en connaissons certaines, d'autres préfèrent rester discrètes."
Les œuvres seront dispersées à l’étranger
Le revers de la médaille, c'est que la collection quittera très probablement notre pays. "Elle sera sans doute vendue dans le monde entier. Je ne pense pas que les musées belges soient en mesure d'acquérir de telles pièces. Le fait qu'elles risquent de quitter la Belgique à cause de cette vente aux enchères est donc un peu dommage", souligne Chantal Pattyn.
Mais il y a peut-être une lueur d'espoir. "La collection comprend également une petite œuvre de l’Anversois Panamarenko, qui sera mise aux enchères à un prix de départ légèrement inférieur, soit 25.000 euros. Espérons que ce prix sera à la portée de l'un de nos musées et que nous pourrons ainsi conserver une œuvre belge".

