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Le procès contre Jeroen Piqueur et 9 autres prévenus a commencé

Affaire Optima Bank : l'ancien CEO Jeroen Piqueur tente, à nouveau sans succès, de contester la composition du tribunal

Jeroen Piqueur, ancien administrateur-délégué de la banque gantoise Optima - déclarée en faillite en 2016 - et principal suspect dans l'affaire de la fraude à la banque Optima, a tenté ce mercredi matin, par le biais de son avocat Hans Rieder, de remettre en cause la composition du tribunal correctionnel de Gand en déposant une nouvelle conclusion. Le président du tribunal a décidé de ne pas y donner suite. Les plaidoiries sur cette affaire ont donc pu débuter, près de 10 ans après la faillite. Le parquet a requis une peine de cinq ans de prison, 250.000 euros d'amende, la confiscation de 32,8 millions d'euros et une interdiction d'exercer de 10 ans à l'encontre de Jeroen Piqueur.

Anne François Belga
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L'ancien patron d'Optima Jeroen Piqueur, son fils Ruben et sa fille Rebecca ont été placés sous mandat d'arrêt en décembre 2017, alors que la banque gantoise avait été déclarée en faillite en juin 2016. Le principal suspect dans ce dossier a été inculpé d'abus de propriété, de blanchiment d'argent, d'insolvabilité frauduleuse et d'infraction à la législation bancaire.

D'après les enquêteurs, 100 millions d'euros auraient été extraits de la banque belge via des structures étrangères au Liechtenstein, en Suisse, au Luxembourg et aux Pays-Bas. Plusieurs anciens dirigeants d'Optima, dont l'ex-ministre socialiste Luc Van den Bossche (photo), sont également poursuivis en justice. Ce dernier a été CEO d'Optima de 2011 à 2015, avant de devenir président de la société immobilière Optima Global Estate.

Jeroen Piqueur avait déjà contesté la composition du tribunal correctionnel en février dernier, avant d'introduire une requête en récusation à l'encontre des trois juges du tribunal correctionnel. La cour d'appel de Gand avait rejeté cette demande. Le prévenu a alors introduit un pourvoi auprès de la Cour de cassation, qui a été rejeté ce mercredi. Le procès a donc pu débuter ce mercredi, avec les plaidoiries.

L'ancien ministre flamand Luc Van den Bossche, a présidé le comité exécutif d’Optima Bank, puis le conseil d’administration d’Optima Global Estate, la branche immobilière d’Optima.

Qui doit comparaître devant le tribunal ?

En mars 2024, douze suspects ont été déférés devant le tribunal correctionnel, à savoir dix personnes physiques et deux sociétés. Parmi eux figurent l’ancien CEO Jeroen Piqueur, et son fils qui était administrateur d’Optima Bank. Luc Van den Bossche a également été déféré. Cet ancien ministre socialiste flamand a présidé le comité exécutif d’Optima Bank, puis le conseil d’administration d’Optima Global Estate, la branche immobilière d’Optima.

Les accusations sont importantes. Elles comprennent faux et usage de faux, escroquerie, détournement de fonds, blanchiment d’argent, tromperie de la Banque nationale et dépôt tardif de bilan. Cependant, tous ne sont pas poursuivis pour l’ensemble des chefs d’accusation.

Bien que la fille de Jeroen Piqueur ait également été détenue un temps dans le cadre de l'enquête, elle n'a pas été déférée devant le tribunal. La Banque Nationale est également restée indemne, malgré les accusations d'extorsion portées par Piqueur. Dans une interview accordée en 2020 à l’émission Terzake (VRT), Piqueur avait critiqué la Banque Nationale. Il ne comprenait pas pourquoi sa banque "avait dû s'effondrer".

"Je suppose que les grandes banques auraient préféré nous voir hors du marché. Je pense que c'est pourquoi la Banque Nationale a exercé des pressions", a-t-il déclaré. Mais le juge qui présidait l'audience a rejeté ce raisonnement. Selon le tribunal, la Banque Nationale n'avait fait que son travail.

Des dizaines d'anciens clients de la banque Optima, qui ont perdu des sommes importantes, se sont portés partie civile et assistent au procès. 

Le procès contre Jeroen Piqueur et 9 autres prévenus a commencé. Maitre Geert Lenssens (à g.) défend 31 clients de la banque Optima victimes de l'escroquerie.

Le procureur requiert 5 ans de prison pour Piqueur

Le parquet a requis, ce mercredi devant le tribunal correctionnel de Gand, une peine de 5 ans de prison, 250.000 euros d'amende, la confiscation de 32,8 millions d'euros et une interdiction d'exercer de 10 ans à l'encontre de Jeroen Piqueur. "Optima était une vache à lait dont on tirait le plus d'argent possible. Ce n'était jamais assez pour Jeroen Piqueur", a déclaré le procureur.

"L'affaire Optima Bank est une histoire d'enrichissement personnel qui remonte très loin dans le temps (…). En 2020, Jeroen Piqueur déclarait à la presse qu'il ne voulait pas que les faits soient prescrits et qu'il voulait éviter l'image d'un voyou échappant à la justice grâce à la prescription. Le législateur a répondu à ses souhaits et, en raison de la dernière modification de la loi, l'affaire ne peut désormais plus se prescrire."

L'affaire est "un dossier très complexe qui a demandé énormément de temps", a poursuivi le procureur. "Avant Optima Bank, il y a eu l'histoire d'Optima Financial Planners. À l'époque, il n'y avait pas encore de banque ni de contrôle par la Banque nationale de Belgique. Entre 2004 et 2009, des commissions occultes de plus de 47 millions d'euros ont été versées (…). L'argent transitait par diverses structures et permettait à Piqueur de mener un train de vie luxueux. Un bateau de 20 millions d'euros, un avion et un parc automobile. Mais ce n'est pas ce style de vie exubérant que nous visons. Il a tout simplement trompé tout le monde et bafoué la législation", a poursuivi le procureur du Roi.

Pour l'ancien ministre Luc Van den Bossche, CEO d'Optima Bank de 2011 à 2015 puis président de la société immobilière Optima Global Estate, une peine de six mois de prison avec sursis et une amende ont été requises. "Il savait très bien ce qui se passait", a déclaré le procureur.

Ruben Piqueur, le fils de Jeroen Piqueur, risque 18 mois de prison, une amende de 150.000 euros, une interdiction professionnelle de huit ans et la confiscation de 1,4 million d'euros. Pour plusieurs anciens dirigeants d'Optima, des peines de prison pouvant aller jusqu'à trois ans ferme ont été requises.

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