Les trajets en train seront fortement perturbés ce lundi et jusqu'à vendredi inclus en raison d'un mouvement de grève de cinq jours lancé dès dimanche soir par les syndicats du rail, qui s'opposent à l'avant-projet de loi réformant les chemins de fer et dénoncent la détérioration du service public. De son côté, le ministre de la Mobilité Jean-Luc Crucke (Les Engagés) a déclaré, ce lundi, que cette grève était "déraisonnable".
Grève sur le rail : un mouvement de cinq jours a débuté dimanche soir
Pour les journées de lundi et mardi, trois trains IC sur quatre et deux trains L et S sur trois circuleront. En revanche, peu de trains P (heures de pointe) rouleront. Tous les trains P du dimanche soir, essentiels pour le retour des étudiants vers leurs kots, étaient en revanche maintenus.
S'il s'agit de la première grève ferroviaire de 2026, le compteur dépassera les 30 jours d'arrêt cumulés depuis début 2025 au terme de la semaine prochaine. Cinq syndicats du rail (CGSP Cheminots, CSC Transcom, SLFP Cheminots, SIC et SACT) ont appelé à débrayer pour protester notamment contre la fin du recrutement statutaire. L'avant-projet de loi du ministre de la Mobilité, Jean-Luc Crucke, prévoit de généraliser la contractualisation à partir du 1er juin.
"Le statut est la garantie d'un service public de qualité, pour les travailleurs comme pour les passagers", soulignent-ils.
Le ministre Jean-Luc Crucke qualifie cette grève de "déraisonnable"
Le ministre de la Mobilité a qualifié cette grève de "déraisonnable", c’est ce qu’il a déclaré ce lundi matin à l’émission De Ochtend sur Radio 1. "Il y a un temps pour tout, mais le temps de la négociation est désormais dépassé". Il a déjà conclu à deux reprises un accord avec les syndicats sur la réforme du statut, mais la base syndicale a rejeté ces textes à chaque fois.
"J’ai négocié pendant des dizaines d’heures avec les syndicats (…), je n’ai obligé personne à signer un accord. C’est le droit de la base de ne pas être d’accord, mais c’est aussi le droit du gouvernement de dire : nous prenons nos responsabilités et nous poursuivons », a déclaré Crucke. "Il y a un temps pour tout, et le temps de la négociation est désormais dépassé."
Jean-Luc Crucke souligne qu’il souhaite préparer la SNCB à la libéralisation obligatoire du rail en 2032. "Je ne veux pas que des personnes au chemin de fer perdent leur emploi parce qu’il n’y a pas assez de souplesse, parce qu’elles n’ont pas vu venir la concurrence."
Un millier de cheminots réunis aux Mont des Arts pour défendre les services publics
Réunis dès 10h00 ce lundi place de l'Albertine, un millier de militants du syndicat socialiste ont symboliquement "allumé les feux rouges" pour soutenir les cheminots et dénoncer les mesures d'économie prévues par le gouvernement fédéral.
Dans une ambiance enfumée par les feux de Bengale et au rythme des tambours, le syndicat socialiste a déploré les 675 millions d'euros d'économies prévues pour le secteur du rail et la réforme des chemins de fer portée par le ministre de la Mobilité, Jean-Luc Crucke.
Sous un ciel gris, les manifestants ont déployé une banderole "L'Arizona déraille" avant de former vers 11h00 une chaîne humaine reliée par un fil rouge, symbolisant la solidarité envers les cheminots. Pour la FGTB, l'enjeu dépasse le rail: c'est l'ensemble des services publics qui sont menacés. "Quand on coupe dans le rail, l'enseignement ou les soins, c'est toute la société qu'on appauvrit", a martelé Selena Carbonero Fernandez, secrétaire générale de la FGTB.
Cette dernière a particulièrement pointé la stratégie de division du gouvernement Arizona, accusé de cibler tour à tour "les sans-emploi, les fonctionnaires, les malades, les immigrés, les antifa". "Dans quelques jours, 25.000 personnes seront exclues du chômage", a-t-elle rappelé, soulignant que parmi celles-ci plus de la moitié sont des jeunes de moins de 30 ans. Avant de conclure par un appel à la mobilisation générale pour les semaines à venir: "Face à ce gouvernement qui divise, toutes nos luttes tiennent ensemble! Resserrons les rangs".
Les cheminots s'opposent à la réforme des retraites qui va impacter le statut et les pensions des cheminots, ainsi qu'à la réforme des chemins de fer. Pierre Lejeune, président de la CGSP Cheminots, a pointé un démantèlement structurel. "On veut transférer les activités de HR Rail vers les entités (SNCB et Infrabel), ce qui affaiblira l'unicité du statut et du dialogue social."
Le président a également dénoncé la contractualisation de l'emploi dès le 1er juin 2026. Tout ceci alors que le gouvernement va imposer aux entreprises et services fédéraux de s'acquitter d'une cotisation patronale de pension avoisinant les 38% pour leurs agents statutaires. "Cela va plomber l'emploi statutaire", s'est indigné le syndicaliste. Le président a par ailleurs déploré la remise en cause de la règle de la majorité des deux tiers au sein au sein de la Commission paritaire nationale, ce qui, selon lui, ouvrirait la voie à des modifications "unilatérales" des conditions de travail et du statut du personnel.
Si le ministre Crucke a récemment affirmé que le temps de la concertation était révolu, la CGSP laisse la porte entrouverte. "Nous avons abouti deux fois à des pré-accords qui n'ont pas été approuvés. La marge de négociation est étroite, mais nous demandons de revenir autour de la table", a indiqué M. Lejeune, déplorant l'absence de contact avec le cabinet du ministre depuis le début de l'année.
Outre la grève du rail en cours, des grèves provinciales sont prévues les 5, 10 et 12 février et une manifestation nationale le 12 mars.
