Installée du 25 janvier au 1er février dans les Palais 3, 4 et 8 de Brussels Expo, sur le plateau du Heysel, la 71e édition de la Brussels Art Fair (Brafa) met particulièrement l'accent sur le patrimoine belge. L'invitée d'honneur est la Fondation Roi Baudouin. Quelques 147 galeries et marchands d’art (un record) venus de 19 pays différents exposent cette fois entre 12.000 et 15.000 œuvres au total, profitant de cette foire lancée en 1956 pour montrer au public leurs plus prestigieuses découvertes. Elles sont à vendre, pour les amateurs qui peuvent se le permettre. VRT NWS en a épinglé cinq.
La 71e édition de la Brafa a ouvert ses portes à Brussels Expo : patrimoine belge et œuvres d'exception à l'honneur
Plus de vingt spécialités seront représentées cette année, de la verrerie à l'art contemporain, en passant par les tableaux de maîtres anciens, la céramique, le mobilier ancien et design, l'orfèvrerie, les sculptures, les tapis et textiles, les livres rares, les photographies et la joaillerie. Et même le crâne le mieux conservé jamais découvert d’un jeune tricératops. Pas moins de 12.000 à 15.000 œuvres sont ainsi exposées dans trois palais à Brussels Expo.
L'an dernier, plus de 72.000 collectionneurs, conservateurs, mécènes et amateurs d'art avaient franchi les portes de la Brafa. Elle espère en accueillir au moins 70.000 d’ici dimanche 1er février.
La Fondation Roi Baudouin à l’honneur
Au détour des allées, les visiteurs pourront notamment admirer les récentes acquisitions de la Fondation Roi Baudouin, qui célèbre ses 50 ans d’existence, ainsi que quelques chefs-d'œuvre confiés aux musées et collections publiques belges par cette institution. Alors que les artistes femmes sont largement minoritaires à la Brafa, la Fondation en expose justement plusieurs. "C'est un critère essentiel pour les nouvelles acquisitions", explique Mélanie Coisne, responsable du programme Patrimoine et Culture de la Fondation Roi Baudouin.
On découvrira ainsi notamment au stand 151 un tapis Art Déco d'Elisabeth De Saedeleer, aux côtés d’une peinture Pop Art d’Evelyne Axell. Mais aussi un bracelet de Pol Bury, un châle en dentelle de Bruxelles en point de gaze, ou encore un tableau du maître anversois Willem Key. Le public pourra d'ailleurs en apprendre davantage à la foire sur le processus de restauration de ce panneau, avant qu'il ne soit confié au musée louvaniste M Leuven.
En tant qu'invitée d'honneur, la Fondation organisera également une série de conférences autour de pièces issues de sa collection, ainsi qu'une série de petits concerts.
Parmi les œuvres de femmes présentées cette année figure aussi une toile rare de Michaelina Wautier (née à Mons en 1617 et décédée à Bruxelles en 1689), probablement peinte vers 1650. "Diogène lisant" est l’une des œuvres-phares de cette édition, récemment attribuée à Wautier dont seules une quarantaine d’œuvres sont connues. A voir chez Colnaghi (stand 40).
Cinq découvertes d’exception à la Brafa 2026
"Crow", Hans Op de Beeck
Ceux qui avaient visité l’exposition "Nachtreis" (Voyage nocturne) de Hans Op de Beeck au Musée royal des Beaux-Arts d’Anvers (KMSKA) l’an dernier reconnaîtront sans aucun doute l’œuvre au titre anglais "Crow". Ce corbeau grandeur nature bat des ailes de haut en bas, grâce à un moteur dissimulé. Il était l’un des coups de cœur du public lors de l’exposition anversoise, un magnifique exemple d’art cinétique.
La galerie Almine Rech (stand 94) participe pour la première fois à la Brafa et se distingue immédiatement : un coin de son stand est décoré du gris caractéristique pour Hans Op de Beeck. Outre "Crow", deux autres œuvres de l’artiste sont proposées à la vente. Mais une œuvre qui a déjà été admirée par 250.000 visiteurs a naturellement un prix : "Corbeau" est en vente pour 69.000 euros.
"Baby Jane"
Ce nom est attribué à un crâne de dinosaure vieux de plusieurs millions d'années. Baby Jane est considéré comme l'un des crânes de jeune tricératops les plus complets jamais découverts. Environ 75 % de la tête ont été mis au jour lors de fouilles à la fin des années 1990 dans le Dakota du Sud, aux États-Unis. Le reste a été restauré.
Mais cette restauration et les recherches menées sur le crâne suscitent la controverse. Selon le quotidien De Tijd, un paléontologue bruxellois menace d'intenter une action en justice si son rapport d'expertise est utilisé. D'après la galerie (stand 138) qui l’expose, tout a été dûment documenté.
Une mauvaise publicité reste une publicité : elle attire certainement l'attention. Et le prix de cet objet hors du commun? "Une voiture de luxe", déclare de manière énigmatique le propriétaire de la galerie, Karim Grusenmeyer. Il faut dire que le système utilisé pour fixer le crâne de 250 kilos au mur a coûté à lui seul 11.000 euros. L'effet est spectaculaire. Baby Jane ressemble à un trophée de chasse, mais vieux de 66 millions d'années.
Un Rubens redécouvert
La Brafa est une foire pour et par les marchands d'art. Son président, Klaas Muller (stand 4), y est présent avec une belle sélection de peintures du 17e siècle. Trois magnifiques portraits des Trois Grands d'Anvers - Rubens, Van Dyck et Jordaens - sont exposés côte-à-côte.
C'est le vieil homme barbu à gauche qui attire particulièrement l’attention. Klaas Muller a acheté la peinture sur papier aux enchères, l'a fait restaurer et encadrer. Les experts y voient la patte de Rubens, qui s'est probablement inspiré de cette tête pour d'autres tableaux vers 1609.
Le second visage, qui transparaît dans la barbe de l'homme (quand on le met la tête en bas) depuis la restauration, est particulièrement saisissant. L'artiste était-il moins satisfait du visage de la femme et a-t-il retourné le papier pour y faire une nouvelle peinture ? Le prix de cette œuvre magnifique est "sur demande", mais il faut s'attendre à six chiffres.
Fleurs de porcelaine
La galerie Artimo Fine Arts (stand 150) a accordé une attention particulière à la conception de son stand. "Nous souhaitions évoquer l'atmosphère de Versailles", explique l'artiste Anna Volkova. Originaire de Saint-Pétersbourg, elle vit aux Pays-Bas depuis 25 ans. Elle s'est inspirée de Madame de Pompadour, maîtresse de Louis XV à la cour de France.
La galerie associe des sculptures et des natures mortes du 19e siècle aux œuvres récentes d'Anna Volkova. Le grand bouquet au centre du stand semble plus vrai que nature, mais il est entièrement réalisé à la main. Ce sont des fleurs en porcelaine sur lesquelles Volkova a travaillé pendant plus d'un an. "Très fragiles et très précieuses", explique le galeriste Georges Van Cauwenbergh. La pièce maîtresse coûte la somme impressionnante de 350.000 euros.
L'artiste s'est également penchée sur un buste original en marbre du sculpteur Carlo Nicoli, datant de 1889, auquel elle a ajouté une guirlande de fleurs en porcelaine.
"La Mort de Marat" en Lego
La toile "La Mort de Marat" du peintre néoclassique français Jacques-Louis David, appartenant aux Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique, a inspiré "La Mort de Marat", une création de l'artiste Ai Weiwei réalisée à partir de 75.000 briques Lego ! Ce n'est pas le premier projet de l'artiste chinois. Depuis plus de dix ans, Weiwei utilise les briques Lego pour créer des portraits de dissidents politiques ou recréer des œuvres d'art célèbres.
L'œuvre est exposée à la galerie bruxelloise Patrick Derom (stand 43). Elle organisera d’ailleurs une exposition consacrée à Ai Weiwei à partir du 16 septembre, qui fait déjà sensation. Le prix demandé pour "La Mort de Marat" est 475.000 euros. À 10 euros le kilo, on atteint rapidement 47,5 tonnes de briques Lego.
La BRAFA Art Fair est à visiter jusqu’au 1er février, aux palais 3, 4 et 8, sur le plateau du Heysel à Bruxelles.


