Bio-ingénieur diplômé de la KU Leuven, qui poursuit actuellement un doctorat en chimie des procédés à l’Ecole Polytechnique fédérale de Lausanne en Suisse, le jeune chercheur belge Tom Nelis a mis au point un système permettant de fabriquer des reçus de caisse exempts de produits chimiques nocifs. Ce système utilise de la poussière de bois à la place des bisphénols, des substances chimiques qui sont potentiellement dangereuses pour la santé, notamment parce qu’elles contiennent des perturbateurs endocriniens. "Chaque fois que vous touchez un ticket de caisse, du bisphénol A ou S pénètre dans votre peau", explique le scientifique originaire de Saint-Trond (Limbourg).
Un chercheur belge développe un ticket de caisse qui ne contient pas de produits chimiques nocifs
Saviez-vous que pour imprimer les tickets de caisse des supermarchés ce n’est généralement pas de l’encre qui est utilisée, mais plutôt du papier thermique ? C'est pratique parce que cela évite aux caissiers de devoir remplacer les rouleaux encreurs.
Cependant, cette technique n’est pas inoffensive : "Les substances chimiques que ces tickets contiennent peuvent être nocives pour la santé", expliquait le bio-ingénieur limbourgeois Tom Nelis au micro de l’émission "Nieuwe feiten" (Faits nouveaux) sur les ondes de Radio 1 (VRT). Il a donc mis au point une alternative plus sûre, en collaboration avec des collègues de l’Ecole polytechnique fédérale de Lausanne, en Suisse.
Le jeune scientifique belge y effectue une thèse au Laboratoire des Procédés Catalytiques et Durables (LPDC) spécialisé dans le fractionnement et la valorisation des déchets de bois. Tom Nelis travaille sur la transformation de ressources renouvelables dans le but de concevoir des alternatives plus sûres aux produits chimiques nocifs utilisés au quotidien.
Dans le cadre de la présentation de son travail à Lausanne, le jeune Limbourgeois expliquait récemment avoir grandi en milieu rural et y avoir développé une passion pour la nature et l’agriculture, mais aussi l’élevage d’animaux et la colombophilie qu’il pratiquait avec son grand-père. Très vite, il a ainsi pris conscience de l’omniprésence des produits chimiques dans son environnement, que ce soit dans les engrais et pesticides pour les cultures ou dans les médicaments pour les animaux. Cette prise de conscience l’a poussé à faire des études de bio-ingénieur à l’Université de Louvain, où il s’est spécialisé en chimie verte.
Un échange universitaire en Norvège a ensuite renforcé son intérêt pour le développement cde solutions durables. Une démarche qu’il mène donc à bien dans le cadre de la thèse de doctorat qu’il effectue au Laboratoire des Procédés Catalytiques et Durables (LPDC) de l’Ecole Polytechnique fédérale de Lausanne.
Eviter une perturbation hormonale
Le papier thermique utilisé pour imprimer des tickets de caisse contient une couche chimique. "Les deux substances chimiques les plus importantes sont un révélateur de couleur, généralement du bisphénol A ou du bisphénol S, et un colorant", expliquait Tom Nelis. "L'imprimante est un élément chauffant très précis qui chauffe la zone brièvement et intensément. Cela met les deux substances en contact, provoquant une réaction chimique qui génère la couleur".
"Tickets de caisse, billets d'avion, étiquettes alimentaires, codes-barres… nous sommes en contact avec ces objets tous les jours", soulignait le jeune chercheur. "Chaque fois que vous touchez un ticket de caisse, du bisphénol A pénètre dans votre peau. Des études récentes montrent également que les gels hydroalcooliques ou les crèmes pour les mains peuvent augmenter cette pénétration". Cela peut être nocif pour la santé. C'est pourquoi les caissiers et caissières portent souvent des gants pour se protéger.
Les études sur les effets nocifs des bisphénols sont de plus en plus nombreuses
Tom Nelis, bio-ingénieur
Une loi européenne datant de 2020 a limité l'utilisation du bisphénol A dans le papier d'impression thermique. Le bisphénol S, une substance similaire, est souvent utilisé à la place. Mais lui aussi peut être nocif. "Le bisphénol A, le bisphénol S et d'autres bisphénols sont des perturbateurs endocriniens", explique Tom Nelis. "Les études sur leurs effets nocifs se multiplient."
La poussière de bois comme alternative
Le papier mis au point par Tom Nelis n'utilise pas de bisphénols potentiellement nocifs, mais la lignine, un polymère également connu sous le nom de poussière de bois. "C'est l'un des trois principaux biopolymères qui composent le bois. La lignine contient des éléments constitutifs très similaires au bisphénol A."
"La principale différence réside dans le fait que le bisphénol A est une petite molécule qui pénètre facilement la peau. La lignine, quant à elle, est un biopolymère volumineux, une longue chaîne, bien trop grosse pour pénétrer dans notre peau."
L'étude du jeune scientifique belge donne des résultats prometteurs : les prototypes sont en effet aussi lisibles que les tickets de caisse actuels et ils le restent même après un an. Seul l'avenir dira si cette technologie pourra être commercialisée.
