La Russie continue à intensifier sa menace hybride en Europe, avec des conséquences aussi sur la situation sécuritaire en Belgique, constate la Sûreté de l'État (VSSE) dans son rapport annuel rendu public ce jeudi. Le service civil de renseignement et de sécurité belge étudie encore les liens potentiels entre Moscou et les récents incidents impliquant des drones. Parmi les autres menaces pour la sécurité dans notre pays identifiés dans le rapport annuel de la VSSE figure notamment le terroriste d'inspiration salafiste-djihadiste.
La Russie reste une menace concrète pour la sécurité belge, indique le rapport annuel de la Sûreté de l'État
La menace hybride qui émane de la Russie n'est pas un phénomène nouveau, mais elle n'a cessé de s'amplifier depuis 2022 et l'invasion de l'Ukraine, explique la Sûreté de l’Etat. Dans son "Intelligence Report 2025", le service décrit un arsenal "vaste et diversifié" avec des cyberattaques paralysant certains sites web des autorités, des campagnes de désinformation, une ingérence dans le processus décisionnel et des cas d'espionnage.
Ces actions ont l'objectif d'intimider, de semer la confusion et de faire paraître la menace russe plus importante qu'elle ne le serait en réalité. Elles peuvent aussi causer des dégâts économiques, tester la réaction des autorités, recueillir des renseignements ou encore détourner l'attention des services de sécurité. "De telles actions visent à tester notre résilience, à semer le doute et à saper la confiance dans nos institutions", confirme Francisca Bostyn (photo), administratrice générale de la Sûreté de l'État.
Depuis 2022, la Belgique a d'ailleurs expulsé des dizaines d'officiers de renseignement russes sous couverture diplomatique. La VSSE indique par ailleurs continuer ses investigations au sujet des drones qui ont survolé des aéroports, des domaines militaires et d'autres infrastructures sensibles en Belgique l'automne dernier. Le service cherche à établir si ces survols s'inscrivaient ou non dans le cadre d'une campagne hybride menée par la Russie.
"La prudence reste de mise", souligne néanmoins le service. "S'il peut être tentant de croire que derrière tout objet volant se cache le spectre de la Russie, c'est précisément l'objectif visé par ces actions hybrides."
Menace terroriste d'inspiration salafiste-djihadiste
D’autre part, la plupart des projets d'attentats détectés l'an dernier en Belgique émanaient d'acteurs isolés ou de cellules de taille très limitée inspirées par l'idéologie de l'État islamique (EI), rapporte également la Sûreté de l'État (VSSE) dans son rapport annuel. Il s'agissait souvent de mineurs ou de jeunes adultes, avec même le cas d'un enfant de 12 ans.
La menace terroriste d'inspiration salafiste-djihadiste n'a pas disparu en Belgique et en Europe dix ans après les attentats de Paris, constate le service civil de renseignement et de sécurité belge. Elle reste la première menace en matière de terrorisme et représentait l'an dernier 80% des dossiers discutés lors des Joint Intelligence Centers (JIC) – un mécanisme de coordination nationale permettant aux services de renseignement et de sécurité de se coordonner en cas de détection de menace.
En Belgique, les personnes liées à la planification de telles attaques étaient toutes consommatrices de propagande d'organisations terroristes comme l'EI ou Al-Qaïda (AQ), principalement en ligne. Elles étaient souvent jeunes: l'âge moyen des personnes faisant l'objet de JIC salafiste-djihadiste était de 22 ans et le plus jeune avait 12 ans. Dans la grande majorité des cas, ces personnes avaient cependant un projet "peu avancé, peu sophistiqué ou peu réalisable", précise la Sûreté de l'État.
"L'État islamique et Al-Qaïda n'appartiennent pas au passé, l'attaque du 14 décembre 2025 à Bondi Beach en Australie en est un nouvel exemple tragique", confirme l'administratrice générale Francisca Bostyn. "Les conflits qui persistent au Moyen-Orient restent un terreau de radicalisation."
La VSSE explique d'ailleurs que la situation à Gaza sert tout particulièrement de catalyseur à une nouvelle forme de violence et est activement exploitée par des organisations terroristes à des fins de propagande. "La rhétorique utilisée peut inciter des individus à commettre des actions violentes", prévient la Sûreté de l'État.
Menace terroriste des milieux extrémistes
La Sûreté de l'État continue également de surveiller les éventuels glissements vers la commission d'actions violentes concrètes au sein de mouvements extrémistes en Belgique, indique-t-elle dans son rapport annuel. Si la menace terroriste émanant des milieux d'extrémisme de gauche est évaluée "invraisemblable" dans notre pays, la sous-culture de l'accélérationnisme dans les mouvements d'extrême droite représente par contre une composante dangereuse à court et à moyen terme.
Le milieu d'extrémisme de gauche s'est fait remarquer publiquement par des actions violentes l'année dernière, rappelle la Sûreté de l'État. Elle cite des émeutes lors de manifestations, des actes de résistance à l'encontre de la police et l'intimidation d'adversaires politiques à l'occasion de contre-manifestations antifascistes. Ces actions et la légitimation du recours à la violence constituent "un point d'attention permanent". Le rapport ajoute néanmoins que la majorité des militants d'extrême gauche se consacrent principalement à la diffusion non violente de leur message.
La VSSE indique d’autre part que la majeure partie des activités du milieu extrémiste de droite en Belgique gravite aussi autour de la diffusion de l'idéologie ou du vécu de l'expérience en groupe, bien qu'une menace violente en émane "incontestablement".
Le rapport se fait plus alarmiste au sujet des accélérationnistes, qui diffusent l'idée de précipiter le déclin perçu de la société en déclenchant une guerre civile raciale. Ces groupes représentent la menace la plus importante de violence des milieux d'extrémisme de droite car ils déclarent pouvoir atteindre leur objectif en perpétrant des attentats contre des minorités.
Dans "certains cas limités", la VSSE a détecté l'intention et la capacité de commettre ces violences. Elle estime donc qu'un attentat terroriste inspiré par l'accélérationnisme est "possible à court ou moyen terme". "Il n'en demeure pas moins que faire la part des choses entre intentions réelles et 'grands discours' est une véritable gageure", souligne encore la Sûreté de l'État.
