Plusieurs figures du monde artistique flamand ont exprimé mardi leur inquiétude face à un "redécoupage arbitraire" du paysage muséal en Flandre. Une analyse juridique commandée par le Musée d'art contemporain d'Anvers (M HKA) révèle que la proposition de la ministre flamande de la Culture, Caroline Gennez (Vooruit), contient des "illégalités flagrantes".
"La proposition de la ministre Gennez contient des illégalités": le M HKA refuse sa transformation en centre artistique
Depuis des mois, le M HKA est préoccupé par son avenir. Le projet de nouveau bâtiment a d'abord été abandonné, puis les craintes se sont portées sur un possible transfert de la majeure partie de la collection à Gand, dans le cadre de la réorganisation du réseau muséal flamand. Le conseil d'administration de l'institution a donc mandaté ces dernières semaines le cabinet d'avocats Allen & Overy pour obtenir un avis juridique.
"La méthode de la ministre est illégale", ont affirmé sans détour les experts juridiques mardi. "Le principe de confiance a été bafoué. La ministre passe directement de la proposition à des conclusions définitives, ce qui est contraire à l'idée d'une bonne gouvernance. C'est aussi une atteinte aux droits des artistes."
Début octobre, la ministre avait présenté une proposition qui modifiera profondément le rôle du M HKA dans le paysage muséal, réorganisé en trois "clusters" avec à chaque fois un seul lieu "de référence". Pour les arts "contemporains et actuels", c'est le SMAK, musée d'art contemporain de Gand, qui sera le lieu central pour toute la Flandre.
"Nous n'avons pas été associés à cette réflexion"
Le Musée d'art contemporain d'Anvers (M HKA)
"Nous n'avons pas été associés à cette réflexion", a déclaré le musée anversois mardi. Le gouvernement flamand souhaitait pourtant bâtir un consensus autour de cette note, mais l'effet inverse s'est produit. Les avocats et le musée demandent donc le report des décisions concernant le M HKA, ainsi qu'une nouvelle audition au parlement.
Des artistes tels que Rinus Van de Velde et Luc Tuymans se sont adressés mardi à la presse à Anvers, aux côtés d'experts juridiques et de membres du conseil d'administration du M HKA. "Aucune discussion n'a eu lieu avec le monde de l'art après la publication de cette note politique", a souligné Rinus Van de Velde. "L'art ne se prête pas à la centralisation, la diversité est justement importante." Luc Tuymans a ajouté que des décisions imposées d'en haut, comme le déplacement de collections, "sont absolument inacceptables".
La ministre flamande de la Culture avait précédemment affirmé que la collection du M HKA ne sera pas transférée en grande partie à Gand. "La collection ne sera pas décrochée des cimaises du M HKA et rangée dans des camions pour être envoyée à Gand. Le musée ne sera pas fermé", avait-elle assuré mi-octobre au parlement flamand.
Selon Caroline Gennez, l'objectif est que les œuvres du M HKA et du SMAK, "renforcent ensemble la collection d'art contemporain de la Communauté flamande" et que le SMAK soit responsable de la conservation de cette collection. Le M HKA deviendrait, lui, un centre artistique comprenant des espaces d'exposition, des lieux de conférence et des ateliers.
Le sujet sera à l'ordre du jour de la commission Culture et du gouvernement flamand ces jeudi et vendredi.
