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Louer en Flandre devient un véritable défi pour les célibataires et les personnes au nom de famille étranger

Au cours des cinq dernières années, le nombre de personnes à la recherche d’un logement en location a doublé, en Flandre. Dans le même temps, l’offre de logements locatifs est de plus en plus limitée, ce qui fait grimper les prix. Les candidats locataires peuvent attendre des mois sur liste d’attente avant de trouver un logement à un prix abordable. Il faut savoir que le prix d’un logement en location a augmenté de 25 % au cours des cinq dernières années. C’est ce qui ressort d’un rapport de la fédération immobilière CIB, que l’émission protection des consommateurs WinWin (VRT) a pu consulter.

Els Kesteleyn Astrid Cornelis Eric Steffens
Publié:

Eva et Lise sont deux mères célibataires, chacune avec deux enfants. Elles ont toutes les deux un emploi stable, un bon revenu et même une épargne sur laquelle elles peuvent compter. Mais elles vivent toutes les deux la recherche d’un nouveau logement, après leur divorce, comme un véritable calvaire.

Un nom de famille étranger et le statut de personne seule : un frein pour louer

En l’espace d’un an, Eva visite 47 logements à louer — et essuie autant de refus. De nombreux propriétaires voient d’un mauvais œil l’arrivée d’une mère célibataire avec deux enfants. Ils se demandent presque à voix haute comment une personne avec un tel profil pourra payer son loyer.

De plus, Eva porte un nom de famille "non belge", ce qui joue aussi, selon elle, en sa défaveur : "Ici, nous ne louons pas à ce genre de personnes", lui a-t-on déclaré régulièrement. "Ce n’est que lorsque j’explique que je dispose d’économies provenant de la vente de notre maison que je suis invitée à une visite". Mais sans résultat.

Finalement, Eva se tourne vers le CPAS. On lui y remet une liste de logements en location. "Mais ce sont tous des logements pour lesquels je m’étais déjà portée candidate ». Le CPAS lui propose alors de se rendre temporairement dans un centre d’hébergement pour sans-abri. "Je sors certes d’un divorce, mais j’ai un emploi et des économies. Et leur solution était un centre pour sans-abri ? À ce moment-là, je me suis dit : “Ça suffit.”

Ce n’est qu’après un an de recherches intensives qu’Eva a enfin déniché un logement décent : "Je suis tellement reconnaissante que quelqu’un ait voulu me donner ma chance."

Pour louer un logement, Lise, une mère célibataire, a dû envoyer des lettres de motivation.

Lise, mère célibataire et enseignante nommée, se reconnaît totalement dans le témoignage d’Eva. "Les propriétaires préfèrent louer à un couple avec deux revenus. J’ai écrit des tonnes de lettres de motivation et fait tout mon possible, comme si je postulais pour le job de ma vie. Finalement, une lettre de recommandation de mon employeur a fait la différence. Après des mois de recherches, j’ai enfin trouvé un nouveau chez-moi."

WinWin a cherché un logement : 45 propriétaires contactés et 29 refus

Les témoignages de Lise et d’Eva sont-elles monnaie courante sur le marché locatif en Flmandre ou relèvent-elles plutôt de l’anecdote ? Une enquête undercover de WinWin sur VRT 1 montre surtout la première hypothèse. Trouver un logement à louer lorsqu’on est célibataire est une tâche extrêmement difficile. Sur les 45 logements pour lesquels la rédaction s’est portée candidate, elle n’a reçu une invitation que pour 16.

Kristophe Thijs, du réseau flamand immobilier CIB, confirme cette problématique : "Nous connaissons des cas de personnes qui ont dû chercher un logement à louer pendant deux ans. Bien qu’un Flamand sur trois soit célibataire, cela joue en votre défaveur sur le marché locatif. Les propriétaires choisissent plus rapidement le candidat disposant des moyens financiers les plus importants, celui dont ils sont certains qu’il pourra payer le loyer."

De plus, les candidats locataires doivent faire face à une concurrence énorme. Agents immobiliers et propriétaires reconnaissent le problème : "150 candidats pour un seul logement à louer, ce n’est pas exceptionnel", affirme un agent immobilier.

Groupe croissant de locataires : les célibataires, les plus de 60 ans et les candidats aux logements sociaux

Au cours des cinq dernières années, le nombre de candidats à la location en Flandre a doublé. Dans les villes, ce chiffre a même été triplé. Mais le nombre de logements disponibles n’a pas suivi, bien au contraire.

Kristophe Thijs explique avant tout cette demande croissante de logements à louer : "Aujourd’hui, une personne sur trois en Flandre est célibataire. Pour eux, il est plus difficile d’obtenir un crédit, et ils se retrouvent donc plus rapidement sur le marché locatif. Il y a également le groupe croissant de plus de 60 ans qui souhaitent vendre leur propriété (souvent trop grande) et se tourner vers la location."

Mais selon Thijs, la principale raison de l’augmentation du nombre de candidats est le besoin en logements sociaux : "Il y a un afflux énorme sur le marché locatif privé de personnes ayant droit à un logement social. Actuellement, 200.000 familles sont sur liste d’attente. Tant qu’elles n’obtiennent pas de logement social, elles doivent pouvoir se loger ailleurs. Il y a des cas où des personnes doivent chercher un logement pendant deux ans."

De plus en plus de propriétaires revendent leur biens locatifs

Ce groupe croissant de candidats doit “piocher” dans un vivier de logements disponibles de plus en plus restreint. "Ce n’est pas parce qu’il n’y a pas de biens disponibles, mais parce que les investisseurs se retirent. Il faut savoir que 90 % du marché locatif privé est entre les mains de particuliers pour qui les avantages fiscaux sur une seconde résidence sont aujourd'hui inexistants"

Enfin, le CIB craint que le nombre de logements disponibles continuera de diminuer en Flandre et que les prix augmenteront, car le gouvernement imposera des normes plus strictes d’ici 2030 : "D’ici 2030, les logements locatifs devront au minimum avoir un certificat PEB D (performance énergétique) et un attestation de conformité. Tous les propriétaires ne souhaitent pas réaliser ces investissements. Nous voyons déjà que certains vendent leur logement locatif."

Des locations plus longues et différentes

On observe également que les logements restent plus longtemps occupés par le même locataire : "Là où la durée moyenne était de deux ans auparavant, elle a aujourd’hui doublé. Enfin, il y a aussi la concurrence des plateformes de location comme Airbnb : certains propriétaires trouvent plus intéressant de louer via ces plateformes. Elles sont conçues pour des périodes courtes, pas pour des années".

+ 25 % en cinq ans

La forte demande de logements locatifs et la baisse de l’offre font monter le prix moyen des loyers.

En cinq ans, le loyer moyen d’un logement a augmenté de 25 %. Concrètement, cela signifie que pour louer un appartement, il faut débourser aujourd’hui près de 200 euros de plus par mois par rapport à il y a cinq ans : on passe donc d’une moyenne de 717 euros à 893 euros par mois aujourd’hui.

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