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Ellen Moons lors de l'annonce du lauréat du prix Nobel de physique en 2024. Déjà membre du comité de sélection, elle en sera désormais également la secrétaire générale.

Ellen Moons, professeure belge de physique, pourra décerner dès cette année trois prix Nobel

Depuis le 1er janvier, la Belge Ellen Moons - professeure de physique formée notamment à l’Université de Gand - est la nouvelle secrétaire générale de l'Académie royale des Sciences de Suède (la Kungliga Vetenskapsakademien ou KVA), qui décerne chaque année pas moins de trois prix Nobel. Ceux de physique, chimie et économie. Elle est la première femme à occuper ce poste : "Il est peut-être un peu étrange que cela ait pris autant de temps", confiait-elle lors d’une interview accordée à VRT NWS juste avant de faire deux jours de route en voiture pour rentrer en Suède.

Anne François Vincent Merckx
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Cette éminente scientifique belge vit en effet depuis 25 ans en Suède. Agée de 59 ans, elle est professeure de physique des matériaux à l'Université de Karlstad et a aussi siégé pendant un an au Conseil suédois des sciences, qui conseille le gouvernement en matière de recherche scientifique. Désormais, elle occupe le poste prestigieux de secrétaire générale de l’Académie des Sciences de Suède (KVA). Fondée en 1739, cette organisation indépendante vise à promouvoir les sciences, principalement les mathématiques et les sciences naturelles. Elle est mondialement connue pour désigner les lauréats des prix Nobel de physique, de chimie et d'économie.

Ellen Moons est sans doute devenue à moitié suédoise, mais elle conserve la nationalité belge. Sa nomination a donc fait la une de nos médias cette semaine. Il faut dire qu'elle a de quoi impressionner : une compatriote qui aura l'honneur d'appeler les lauréats de trois prix Nobel pour leur annoncer leur victoire.

De plus, elle est non seulement la première Belge mais aussi la première femme à occuper le poste de secrétaire générale de la KVA depuis 1739. Mais considère-t-elle cela comme un moment historique ? "Je dirais que oui, dans une certaine mesure. Cela attire beaucoup l’attention en ce moment, mais ce n’est peut-être pas aussi important qu’il y paraît", répond Moons avec hésitation. "La KVA a déjà eu quatre femmes présidentes. Je suis simplement la première secrétaire générale."

Une réponse typiquement féminine, diraient certains, que de s’effacer ainsi. Ellen Moons rit. "Ce sont les faits. Mais bon, c’est un peu étrange qu’il ait fallu autant de temps pour avoir une femme secrétaire. Alors, peut-être que c’est un moment historique après tout."

Briser la glace

L'histoire de l'Académie royale des Sciences de Suède compte pourtant des figures féminines remarquables. L'agronome suédoise Eva Ekeblad devint la toute première femme membre de la KVA en 1748. Elle découvrit comment fabriquer de la farine à partir de pommes de terre et sauva ainsi nombre de ses compatriotes de la famine. Plus tard suivirent, notamment, la physicienne et chimiste Marie Curie, qui découvrit l'uranium et le polonium, et la physicienne Lise Meitner, qui joua un rôle majeur dans la découverte de la fission nucléaire.

Pourtant, même aujourd'hui, les femmes restent largement minoritaires au sein de l’Académie des Sciences de Suède. Elles ne représentent que 20 % des membres. "L'Académie a longtemps été le reflet du monde universitaire", souligne Ellen Moons pour expliquer ce déséquilibre entre les sexes. "En Suède, 30 % des professeurs sont des femmes. Mais une évolution rapide s'est amorcée. Parmi tous les nouveaux membres élus ces cinq dernières années, 45 % sont des femmes."

Je veux briser la glace pour les jeunes femmes qui pensent que les portes resteront closes pour elles

Ellen Moons, secrétaire générale de la KVA

Être une femme dans un monde d'hommes n'a rien de nouveau pour la scientifique belge. "En tant que femme en physique, j'ai toujours été en minorité. Dans mon nouveau rôle, c'est peut-être un peu plus visible qu'en tant que professeure, mais j'ai l'habitude de devoir être la première à soumettre des demandes importantes pour la recherche, par exemple."

"Le rôle de pionnière est toujours un peu délicat, un peu tendu. Mais quand ça fonctionne, c'est très gratifiant."

"C'est ainsi que je vois mon rôle maintenant : ouvrir la voie à d'autres jeunes femmes qui pourraient penser que les portes leur resteront fermées. Plus il y a d'exemples de jeunes qui réussissent, plus la confiance grandit."

Ellen Moons

L'essentielle liberté scientifique

Dans ses nouvelles fonctions, Ellen Moons sera responsable de bien plus que la simple annonce des lauréats du prix Nobel. L'Académie suédoise des Sciences remplit également de nombreuses autres missions. Institution indépendante composée de membres issus de divers instituts de recherche, elle assure la communication scientifique auprès du grand public suédois et répond aux questions des élus politiques.

Moons considère cette "voix forte et indépendante" comme essentielle. Après tout, elle est gage de confiance. Les Suédois savent que lorsque la KVA s'exprime, elle ne représente ni un parti politique ni un chercheur isolé.

"Pourtant, la liberté scientifique est aujourd'hui restreinte partout dans le monde", met en garde Ellen Moons. "Prenons l'exemple des États-Unis, où les études de genre sont interdites. Les scientifiques sont contraints de supprimer des termes comme diversité ou polarisation de leurs demandes de recherche. Le gouvernement américain s'ingère également dans la recherche sur le climat et l'énergie."

"C'est grave. Les scientifiques cherchent à découvrir les faits, à comprendre comment les choses fonctionnent. Si on est limité à certains sujets de recherche, on obtient une vision de plus en plus biaisée. On aboutit alors à une société qui diffuse des opinions plutôt que des faits. Si les deux se confondent, la situation devient très compliquée. Car sur quelle base peut-on alors même encore discuter ?"

"Contrairement aux opinions, la recherche suit un processus très rigoureux. Les scientifiques s'auto-évaluent constamment grâce à l'avis des pairs. D'autres scientifiques examinent les résultats avant leur publication. Ils sont analysés en profondeur, et parfois même reproduits. Lorsque les résultats sont confirmés et publiés, on sait qu'ils sont soutenus par plusieurs scientifiques et chercheurs. Mais peut-être que trop peu de gens savent que la science fonctionne ainsi ?".

Tout commence par l'expérimentation

D'où lui vient cette passion pour les sciences ? "D'un professeur de physique très compétent", se souvient Ellen Moons. "Il faisait beaucoup de démonstrations en classe, des expériences avec des bobines et le magnétisme, la lumière et les spectres. Et nous pouvions tous participer. Je trouvais cela passionnant. C'est d'ailleurs la voie que j'ai suivie plus tard, cette approche expérimentale."

"Il savait aussi exprimer des phénomènes très complexes par des formules simples. Montrer le lien. Si on modifie ceci, qu'est-ce qui change ? Et si on multiplie une chose par deux, le résultat est quatre fois plus grand, incroyable ! Ce genre de choses. Je pense que c'est une excellente façon de susciter l'intérêt pour les sciences, de donner confiance en ses capacités."

"C'est là le problème, je crois, pour beaucoup de gens qui ont peur des mathématiques, ou des sciences en général. Trouver la simplicité dans la complexité, voilà la clé."

Ellen Moons mène des recherches sur les matériaux flexibles et organiques pour le photovoltaïque. Actuellement, les panneaux solaires sont encore fabriqués en silicium, mais cela nécessite des températures élevées et donc beaucoup d'énergie. Avec des cellules solaires organiques, il devrait être possible de s'affranchir des coûts énergétiques liés au silicium. De plus, ces panneaux solaires flexibles pourraient être installés à de nombreux endroits, comme sur les toits de voitures ou les manches de manteaux.

Les expériences qui la passionnaient tant à l’école secondaire en Belgique restent ce qui plaît encore le plus aujourd'hui à Ellen Moons. "Je ne les fais plus moi-même, par manque de temps. Mais lorsque des doctorants ont l’occasion de faire des mesures dans le synchrotron de Lund" - où les chercheurs peuvent étudier les matériaux jusqu'au niveau atomique grâce aux rayons UV et X -, "je les y accompagne toujours".

"Bien que même cela ne devrait plus être possible pour moi dorénavant", conclut Ellen Moons en riant.

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