Dès le 1er janvier, toutes les entreprises de Belgique assujetties à la TVA devront passer à la plateforme Peppol, un système de facturation électronique. Pour Christiane Gheeraert, une habitante de Merkem (Flandre occidentale) âgée de 91 ans et qui tient une épicerie depuis un demi-siècle, ce changement est trop difficile. Elle ferme donc définitivement son magasin, le cœur gros.
Christiane (91) ferme son épicerie à Merkem après 50 ans : "La facturation électronique, ça me dépasse"
Les étagères de la boutique rétro de Christiane Gheeraert se vident de jour en jour. A contrecœur, elle organise en effet une liquidation de son stock. "Je suis sous le choc", expliquait-elle à Radio 2. "Le lundi à 13 h, je dois toujours être au téléphone pour passer mes commandes. Mais il y a quelques semaines, on m'a annoncé que la dernière livraison aurait lieu. C'est étrange, vous savez".
"C'était toute ma vie"
"Après plus de 50 ans, je dois arrêter. Je ne trouve pas que ce soit juste. Je me sens encore bien et j'aurais aimé continuer. Mon magasin c'était toute ma vie".
"Je n'ai jamais eu d'ordinateur. Ils me faisaient peur. Peppol, c'est un peu de tout aussi, non ? Même les agriculteurs doivent l’utiliser, paraît-il. Ah, je vis peut-être trop longtemps, mais pour le temps que ça aurait encore duré… Bien sûr, on ne peut pas le savoir à l'avance".
Ainsi disparaîtra à Merkem l’image emblématique de Christiane, dont la taille ne dépassait pas celle de sa balance, derrière le comptoir. Son magasin était ouvert tous les jours, sauf du dimanche midi au lundi midi. Les habitants du quartier y trouvaient de tout : boissons, café, confitures, mayonnaise, pâtes, conserves et bonbons.
"Mes stocks ont déjà considérablement diminué. Les visites de clients vont maintenant cesser. Cependant, quand tout sera vendu, les gens pourront toujours venir me rendre visite. On m'a déjà demandé où j'allais habiter après le Nouvel An. Mais je resterai ici, bien sûr. Ma porte restera ouverte. Tout le monde est toujours le bienvenu".
Pendant 50 ans, Christiane a maintenu sa boutique ouverte dans la maison de son enfance, près du moulin Beukelare, entourée de champs. Elle y est née et a vu son père élever du bétail. "En 1969, mon père a vendu les vaches. Un an plus tard, il a ouvert la boutique. Je continue d'ailleurs à la gérer, encore aujourd'hui".
Dans le salon, derrière la boutique, sont exposées de vieilles photos des êtres chers disparus. Un portrait de famille en noir et blanc montre une jeune Christiane, à la fleur de l’âge, vêtue d'un chemisier blanc, entre ses parents et ses frères jumeaux. "J'ai connu beaucoup de souffrance et de chagrin", expliquait-elle.
Christiane a perdu ses deux frères, victimes d'un acte désespéré. Sa mère souffrait de problèmes cardiaques, et elle a trouvé son père sans vie à la maison. "Il était allongé sous la table, mort. Une rupture d’artère cardiaque ? Ça a dû arriver très vite. Je ne m’étais absentée que brièvement. Il avait 91 ans et demi".
"J'ai beaucoup travaillé"
Son père a donc vécu aussi longtemps que Christiane aujourd'hui. Dans sa jeunesse, elle n'a pas eu le temps de se marier ni d'avoir des enfants. "J'ai beaucoup travaillé, vous savez. Pendant des années, j'ai trait les vaches, puis j'ai travaillé dans le magasin".
Une photo au mur rend hommage à son chien, mort des suites d'un problème à une patte. "Nous avions aussi un petit oiseau, jusqu'à ce qu'il s'envole et qu'on le retrouve mort dans le quartier".
Sur le rebord de la fenêtre, quelques cartes de Noël et de Nouvel An. "Je les ai reçues de différentes personnes. Mais je ne ferai rien de spécial pour le Nouvel An. Que voulez-vous faire quand vous êtes seule ?"
